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EXCITATION ET REFROIDISSEMENT DE L'APPÉTIT SEXUEL

L'appétit sexuel perd donc de son intensité par suite de la longue habitude des rapports avec une seule et même femme, mais, sinon chez tous les hommes, du moins chez la plupart, il se dirige avec d'autant plus d'intensité sur d'autres femmes. Pareils désirs peuvent être en général maîtrisés à l'aide des bonnes mœurs, d'un amour vrai et noble, ainsi que des sentiments de devoir et de fidélité envers la famille et envers une épouse respectée. On ne peut nier cependant qu'ils n'existent, ni qu'ils ne soient la cause des pires excès et des scènes passionnelles les plus violentes souvent avec issue tragique. Nous y reviendrons plus tard.

Excitation et refroidissement de l'appétit sexuel. — Sans toucher au domaine de la pathologie, nous devons encore insister ici sur l'énorme diversité individuelle des objets de l'appétit .sexuel mâle. Ce sont, en général, les formes féminines plantureuses florissantes, jeunes, mais sorties de l'enfance, d'aspect sain, et surtout la vue de la nudité de certaines portions du corps ordinairement couvertes, tout particulièrement des seins et des organes sexuels, qui excitent le plus fortement l'appétit sexuel de l'homme Il en est de même des odeurs correspondantes. La voix, la physionomie, les vêtements, et toute sorte d'autres détails, peuvent aussi provoquer ses désirs. Il y a cependant des liommes qui sont plutôt excités par des femmes maigres ou pâles.

Certains attributs excitent l'un et pas l'autre : ainsi les clieveux. leur couleur, certaines odeur?, certaines formes du visage, une certaine façon de s'habiller, la forme des seins, etc. Les particularités qui font défaut aux femmes avec lesquelles on a frayé d'habitude dans sa jeunesse sont, en général, celles qui attirent le plus. En matière sexuelle, les contrastes tendent aussi à s'attirer mutuellement. Les gens maigres s'amourachent souvent des gens gras, les nez courts des nez longs, et inversement. On ne peut cependant fixer de règles. On voit souvent de jeunes hommes s'exciter à l'aspect de femmes d'un certain âge, et des vieillards s'amouracher de très jeunes femmes, et même d'enfants. Toutes ces divergences constituent les points de départ les plus importants de la pathologie sexuelle. Malgré tout, il existe encore un grand nombre d'hommes tranquilles, d'instincts assez monogames et peu friands de changement, c'est-à-dire d'autres femmes que de leur femme légitime. N'oublions pas enfin qu'une nourriture surabondante et le désœuvrement exaltent l'appétit sexuel et poussent a la poly-

garnie, tandis (iiiiin travail intense, surtout i)li.vsi(HK'. d iiiu' nourriture frugale l'apaisent.

Il va san.s dire que les qualités de Tesiinl et du cœur réagissent puissamment sur l'appétit sexuel. L'humeur querelleuse, la froideur et la répulsion de la part d'une femme refroidissent les désirs de l'homme, tandis qu'au contraire un désir sexuel ardent de la part de la femme, son amour, ses tendresses, tendent ;i les augmenteiet à les maintenir. Nous traitons ici de l'instinct .sexuel purement animal, et nous devons constater f|ue l'appétit sexuel de la femme excite, en 2:énéral, fortement celui de l'homme et augmente considérablement sa jouissance pendant le coït. Il y a cependant des exceptions en sens inverse, exceptions cliez lesquelles la froideiuet le dégoût de la part de la femme excitent la passion de certains hommes, qui sont, au contraire, sans aucun goût pour les femmes libidineuses. On trouve dans ce domaine toute une échelle de nuances.

Actif dans l'acte sexuel, riiojnme cherche, il est vrai, des sentiments correspondants chez la femme, c'est-à-dire son amour. Mais, d'un autre côté, tout manque de réserve naturelle, de sentiments délicats, et toute provocation sexuelle cynique de la part d'une femme, protluisent chez l'homme normal un effet répulsif. La femme normale possède un instinct admirable de ces nuances et sait trahir ses sentiments d'une façon suffisamment fine et délicate poiu- ne pas blesseï- ceux de l'homme.

Un phénomène, que nous apprendons à connaître au Chapitre VIII sous le nom d'impuissance psychique, tient à l'interférence puissante et perturbatrice des sentiments sur le déchaînement autotnatique de l'activité sexuelle instinctive. Une inii)uissance psychique momentanée n'est pas nécessairement i)|Ldh()logi,que. Tandis que des sensations volu|)tueuses alternent pendant le coït avec le désir et les représentations erotiques correspondantes, une idée subite du ridicule de la situation, une impression pénible de douleur ou de mauvaise humeur de la part de la femme, la simple idée de l'impuissance ou de l'intention raisonnée du coït, enfin (luoi que ce soit qui vienne contraster avec l'enchaînement des sensations et des impulsions du coït, peut interrompre ce dernier de telle façon que momentanément les sensations voluptueuses et l'appétit sexuel disparaissent, ce qui fait cesser l'érection. Les efforts volontaires sont souvent incapables de remettre les choses au point. Le charme est rompu, et seules de nouvelles images et de

INFLUENCE DE LA CIVILISATION MODERNE. - PORNOGRAPHIE }-)l

nouveaux sentinionts associés instinctivement avec Tappétit sexuel peuvent le rétablir, en faisant prépondérer l'état subconscient sur lu conscience riui raisonne.

Influence de la civilisation moderne. — Pornographie. — La

sexualité humaine a été malheureusement dénaturée et en partie grossièrement altérée par nos mœurs civilisées, qui l'ont même développée artificiellement dans un sens pathologique. On en est arrivé au point de considérer comme normaux des rapports qui sont en réalité absolument anormaux. On prétend, par exemple, que la prostitution procure à Thomme un coït normal. Peut-on sérieusement employer ce terme en parlant de l'accouplement payé à une femme publique, qui y est absolument insensible et qui cherche seulement à exciter ses clients artificiellement et pour gagner de l'argent, à l'aide de simulacres appris dans ce but, sans parler des maladies vénériennes dont elle les gratifie si souvent en plus! Oublieuse du but naturel de l'appétit sexuel, la civilisation lui a fait subir des dressages spéciaux pour le transformer en jouissance artificielle, et elle a inventé tous les moyens possibles pour laugmenter et lui procurer de la diversité.

x\us'si loin que l'histoire de la civilisation des peuples remonte, nous y voyons ce fait se produire, et en ce sens nous ne sommes ni meilleurs ni pires que nos ancêtres. Mais nous possédons des moyens bien plus divers et bien plus raffinés que les peuples barbares et (fue nos proj^res ancêtres directs pour satisfaire nos jouissances malsaines. L'art moderne en particulier est devenu un grand fournisseur de moyens servant à exciter l'érotisme. Avouons-le franchement : il s'est souvent abaissé à devenir l'allié de la pornographie. Une indignation hypocrite contre ceux qui osent le prétendre sert souvent simplement à couvrir du nom d'art et à faire admirer comme tel les plus indignes excitants de l'érotisme.

La photographie et toutes les méthodes si perfectionnées de reproduction fidèle des images, les moyens croissants de transport, qui facilitent les raports sexuels clandestins, l'art industriel qui orne nos appartements et nos meubles, le luxe raffiné et le confort toujours plus grand des habitations, des lits. etc.. sont, à notre époque, autant de facteurs mis au service de la volupté erotique. La prostitution elle-mêmes'estadaptéeàtoutes les excroissances pathologiques du vice. En un mot, la culture artificielle de l'appétit .sexuel de l'homme a donné naissance a une véritable haute, école de la

débauche. On ne peut en douter; les représentations aujourd'hui si répandues, à la fois artistiques et profondément réalistes de scènes sexuelles erotiques, sont bien autrement capables d'exciter l'appétit sexuel que les images souvent informes et peu naturelles du <( bon vieux temps », dans lequel, du reste, les objets d'art erotiques demeuraient en général l'apanage de quelques personnes riches et de rares musées.

Influence des excitations sexuelles répétées. — La répétition artificielle, perpétuelle et variée de l'excitation sexuelle, au moyen d'objets appropriés qui la provoquent, augmente l'appétit sexuel. Ce fait ne peut être mis en doute, car la loi de l'exercice est une règle tout à fait générale de la physiologie du système nerveux. Cette loi, qu'on appelle aussi loi de l'entraînement, nous montre que toute espèce d'activité nerveuse s'augmente et se fortifie par l'exercice. On devient glouton en s'habituant à manger beaucoui). gourmand en s'habituant à manger trop bien, bon marcheur et passionné des courses en exerçant ses muscles. L'habitude de porter de beaux vêtements ou de se laver à l'eau froide fait que les beaux habits ou l'eau froide deviennent un besoin. En s'occupant pei-pétuellement d'une chose, on y prend goût et l'on y devient souvent virtuose. En pensant toujours à une maladie, on finit par s'imaginer î'avoir. Une mélodie qu'on répète trop souvent devient automatique, et on la siffle ou la fredonne subconsciemment.

En sens inverse, l'inactivité dans un domaine affaiblit l'effet des irritations qui y correspondent. En négligeant certaines activités ou la provocation de certaines sensations, celles-ci diminuent d'intensité, et l'on cesse de plus en plus d'y être poussé. On devient paresseux dans les domaines où l'on est inactif, car les résistances cérébrales s'y accumulent, et la paresse rend le renouvellement de l'activité correspondante de plus en plus difficile. Il ne faut donc pas s'étonner de retrouver cette loi C. us phénomènes de l'appétit sexuel, qui diminiue par suite de l'abstinence et avigmente par suite d'excitations et de satisfactions répétées. Une autre force néanmoins, celle de l'accumulation du sperme dans les vésicules séminales, associée à la puissance d'un vieil instinct naturel hérité, vient combattre ici souvent la loi de l'exercice du système nerveux, comme le vide de l'estomac vient exciter l'instinct de la nutrition. Mais, si impérieuse que soit la faim, et si indispensable au maintien de la vie que soit sa satisfaction, cela n'empêche pas d'être

vrai le vieux proverbe français qui dit : L'appétit vient en mangeant. Les gloutons dont nous parlions le prouvent, lors même que l'obésité et la goutte viennent les punir.

Le besoin exagéré de sommeil qu'éprouvent les gens paresseux est un phénomène analogue. Autant un sommeil suffisant est la condition absolue d'une vie cérébrale saine et productive, autant il demeure vrai qu'on peut artificiellement développer un besoin exagéré de sommeil.

Ces phénomènes présentent une importance fondamentale dans la question de l'appétit sexuel. Ici, l'axiome bien connu de la modération, axiome qui dit : « L'abus n'exclut pas l'usage », trouve sa parfaite application. Un commentateur anglais de Cicéron lui fait dire par erreur ce qui suit : La vraie modération consiste dans la domination absolue de la raison sur les passions et les appétits, ainsi que sur tous les désirs injustes du cœur. Elle exige l'abstinence totale de toutes les choses qui ne sont pas bonnes et dont le caractère n'est pas tout à fait innocent. Sans être de Cicéron, cette définition demeure excellente. Elle exclut par exemple l'usage dans l'alimentation d'une substance toxique comme l'alcool, qui ne constitue pas un aliment naturel, mais nullement la satisfaction modérée de l'appétit sexuel, qui est normalement adapté à la conservation de l'espèce, car cette satisfaction peut être selon les cas bonne ou mauvaise, normale ou vicieuse, innocente ou criminelle. Dans l'espèce, l'application de la juste mesure et le choix de l'objet approprié soulèvent des questions aussi délicates que compliquées. Les grandes indignations et les prédications dites morales ne conduisent à rien du tout dans ce domaine.

Après de nombreuses expériences personnelles, faites sur des individus très divers qui m'ont consulté à propos de questions sexuelles, je crois cependant pouvoir affirmer que. lorsqu'un homme veut être loyal vis-à-vis de lui-même, il arrivera la plupart du temps à distinguer entre le besoin naturel et l'excitation artificielle de l'appétit sexuel. Être poursuivi et tourmenté par des images et des désirs sexuels, lors même qu'on les combat, et parce qu'on n'a pas l'occasion légitime et normale de les satisfaire, n'est pas la même chose que de passer son temps à inventer les moyens de s'exciter artificiellement par passion de la jouissance et de l'orgie en menant une vie de paresseux et d'égoïste. Je parle ici de l'homme normal et non de certaines natures pathologiques, chez lesquelles l'appétit sexuel prend le caractère d'une obsession perpétuelle,

même contre la volont('> du malade. En travaillant sérieusement et avec persévérance, et en détournant sou attention de tous les moyens d'excitation, on arrivera ordinairement à endiguer Tappétit sexuel dans des limites modérées, ce qui sera déjà un bienfait.

Nous avons désigné plus liant l'art poi-nographique c;onniie l'un des moyens qui excitent artificiellement l'appétit sexuel. Pour les hommes de nature fruste, ce sont ici les variétés simplistes et grossières d'un art de mauvais aloi, tendant à exciter l'appétit sexuel dans un but de lucre, (lui sont seules à considérer. Le lucre î Ce simple mot désigne la source fondamentale du mal. A côté de l'exploitation intéressée de l'tiabitude de prendre des boissons alcooliques, celle des appétits sexuels constitue Fun des plus grands champs de ce que l'on pourrait appeler le brigandage social. Outre les images pornographiques, les moyens principaux employés pour exciter artificiellement les faiblesses sexuelles de l'homme sont les suivants :

Les romans pornographiques, dans lesquels le désir sexuel se trouve excité par tous les artifices du romancier, et dont les illustrations rivalisent souvent avec les images dont nous venons de parler pour séduire l'acheteur;

L'alcool, qui, tout en paralysant la réflexion, la volonté, ainsi que les conceptions et les sentiments moraux inhibiteurs, excite l'appétit sexuel et rend grossièrement impulsif. Ses premières fumées rendent l'homme entreprenant et en font la proie facile du proxénétisme et de la pro.stitution, bien qu'il affaiblisse dès l'abord la puissance sexuelle proprement dite.

Mais c'est l'arsenal moderne de la prostitution qui joue le l'ôle le plus considérable. Le grand art y est représenté par le métier des proxénètes, qui exploitent d'un côté l'appétit .sexuel de l'homme et de l'autre la faiblesse et la vénalité de la femme Leur plus forte source de gain consistent dans l'excitation artificielle de l'appétit mâle par tous les moyens possibles, leur art consiste à dresser leur marchandise, c'est-à-dire les prostituées, avec tout le raffinement désirable, surtout lorsqu'il s'agit de clients riches qui paient bien. C'est sur ce terrain que se cultivent les artifices les plus dégoûtants, destinés à exciter des appétits même profondément pathologiques.

D'autres causes viennent s'ajouter au lucre, ou en sont les conséquences. Un gamin poussé à la masturbation par des images pornographiques, ou par la séduction d'un individu corrompu, deviendra à son tour le séducteur de ses camarades. Certaines femmes libi-

clineiises et sans scrupules ont souvent entraîné des adolescents, et même des classes scolaires entières, à coucher avec elles, éveillant ainsi chez ces gamins des appétits sexuels précoces et malsains.

Pareilles habitudes, qui excitent Tappétit sexuel et le font dégénérer artificiellement, développent à leur tour parmi les hommes un mode de fanfaronnade sexuelle dont les effets sont déplorables. Pour faire l'homme, le gamin devenu pubère croit devoir, on le sait, se plant^a- un cigare dans la bouche, lors même qu'il en a des nausées. Ainsi l'esprit d'imitation entraîne la jeunesse à la }jrostitution. comme il pousse toujours le mouton de Panurge à imiter celui qui le précède. La peur de ne pas faire le grand comme les autres, la terreur du ridicule surtout, constituent un levier puissant dont on abuse et qu'on exploite. Craignant la moquerie, le jeune homme se laisse d'autant plus facilement séduire par les mauvais exemples, qu'il est moins mis en garde par des parents sensés ou par de vrais amis. Au lieu de lui expliquer à temps, et avec sérieux et affection, ce que sont les rapports sexuels et quels sont leurs effets et leurs dangers, on l'abandonne au hasard des pires séductions, et Ton peut penser si les gens du métier en profitent !

C'est ainsi que l'appétit sexuel n'est pas seulement artificiellement renforcé et souvent dirigé dans des voies contre nature, mais qu'il vient, en outre, empoisonner et perdre la jeunesse à l'aide de l'armée des maladies vénériennes, sans parler de l'alcoolisme.

Nous venons de parler surtout de la jeunesse instruite. Mais les jeunes prolétaires se trouvent dans une situation pire encore peutêtre, par suite de la triste promiscuité dans laquelle la pauvreté et les logements misérables les font vivre. Souvent ils sont témoins oculaires du coït de leurs parents, ou dressés eux-mêmes systématiquement aux mauvaises mœurs pour servir d'objet d'exploitation.

Si l'on doit s'étonner d'une chose, c'est surtout de ce que les suites d'une déviation aussi abominable de l'appétit sexuel ne soient pas pires encore qu'elles ne sont en réalité. Sans doute, les excès désagrègent les liens du mariage et de la famille, et provoquent souvent l'impuissance et d'autres troubles des fonctions sexuelles. Il faut pourtant avouer que leurs satellites, les maladies vénériennes, et leur compagnon le plus fréquent, l'alcoolisme, sont en réalité les plus grands destructeurs de la santé et font des ravages bien autrement considérables dans la société que l'accroissement artificiel et les déviations anormales de l'appétit sexuel lui-même.

Ces derniers empoisonnent cependant fort souvent à eux seuls la vie de l'âme et la morale sociale, comme nous aurons Toccasion de le voir.

Le désir sexuel immodéré, provoqué chez les hommes par les excitations artificielles de la prostitution, etc., est une méchante acquisition. Il rend bien difficile Faccoutumance au mariage, à la fidélité, à un amour idéal de toute la vie pour une seule et même femme. On objecte, il est vrai, que beaucoup d'anciens roués et habitués de maisons publiques deviennent plus tard de bons et fidèles maris et pères de famille, surtout lorsqu'ils ont eu la chance d'échapper aux maladies vénériennes.

Quiconque sait voir derrière les coulisses peut cependant bientôt s'assurer que le bonheur de la plupart des unions de ce genre est fort relatif. Le chat ne peut s'empêcher de sauter sur les souris. L'avilissement du sentiment sexuel d'un homme qui s'est longtemps habitué à vivre avec les prostituées, ne s'efface jamais entièrement' et laisse ordinairement des traces profondes et indélébiles dans le cerveau humain. Nous accordons sans peine qu'un homme à dispositions héréditaires de bon aloi, et qui a seulement cédé quelque temps à certaines influences séductrices, pourra être relevé par un amour vrai et profond survenu à temps. Même chez lui cependant les excès laissent des traces, qui plus tard pourront facilement le faire dévier, en le rassasiant de la monotonie des rapports conjugaux avec une seule et même femme. D'un autre côté, nous devons aussi reconnaître que les rapports sexuels en euxmêmes, même dans le mariage, créent une liabitude qui souvent pousse à elle seule l'homme marié au coït extra-nuptial, alors qu'il était demeuré continent avant le mariage.

Les tours que l'appétit sexuel de l'homme, surtout ses instincts polygames lui jouent, et que nous venons de mentionner en dernier lieu, ne doivent cependant pas être confondus avec le dressage systématique artificiel et anormal du même appétit, dressage dont nous avons parlé tout d'abord. Les attraits physiques et psychiques d'une femme sont capables de détourner complètement les désirs sexuels d'un homme de leur objet primitif et de les diriger avec violence sur la sirène qui vient accaparer ses sens. Les éléments de l'appétit sexuel forment ici avec ceux de l'amour un mélange inextricable, et constituent le grand et inépuisable iJhème des romans et de la plupart des histoires véritables et sensationnelles d'amour.

Les dispositions héréditaires pathologiques jouent un rôle considérable dans beaucoup de cas de ce genre. Aussi les mariages d'amour passionné et subit (nous ne parlons pas ici des mariages d'amour conclus après une réflexion suffisante et une connaissance mutuelle approfondie) ne sont-ils pas plus stables que les mariages dits de raison ou de convenance, car les natures passionnées, ordinairement plus ou moins pathologiques, sont portées à tomber d'un extrême dans l'autre. La puissance exercée par la passion sexuelle en pareil cas est terrible. Elle produit des états affectifs tels qu'ils peuvent conduire au suicide et à l'assassinat. Chez les hommes dont la raison n'est ni forte ni indépendante, les opinions et les conceptions se transforment fréquemment. On voit chez eux l'amour se changer en haine et la haine en amour, le sentiment de justice amener à l'injustice, l'homme loyal devenir menteur et intrigant, etc. En un mot. l'appétit sexuel se déchaîne comme un ouragan dans le cerveau et devient le despote de l'âme entière. On a souvent comparé avec raison la passion sexuelle à l'ivresse ou à la maladie mentale. Même sous ses formes plus paisibles, elle rend souvent le mari incapable de rapports sexuels avec sa femme, à moins qu'il ne parvienne à se représenter en elle l'objet de sa passion, s'imaginant l'étreindre dans ses bras.

Un homme chérit par exemple sa femme, la respecte, l'adore même, et pourtant son aspect et son attouchement n'attirent plus ses sens, n'excitent plus ni appétit, ni érection, tandis qu'une sirène quelconque aux sentiments bas et souvent à l'âme bornée produit sur lui une attraction sensuelle irrésistible, lors même qu'il n'éprouve pour elle ni estime, ni véritable amour. En pareil cas, nous voyons donc l'appétit sexuel se mettre en opposition plus ou moins radicale avec l'amour. Sans être rares, des phénomènes aussi extrêmes ne sont pas très ordinaires. Inviciblement excité au coït avec la sirène en que.stion, le mari dont nous parlons ne voudrait en aucun cas l'avoir pour femme, ni même produire avec elle des enfants, car au fond et à la moindre réflexion il la méprise et la craint. Ici, l'appétit sexuel représente l'ancien instinct animal atavique, attiré avec puissance par les regards libidineux, par les formes exubérantes, en un mot par l'aspect sensuel de la femme.

Dans un domaine plus élevé de l'âme humaine, par contre, les sentiments de sympathie de l'amour vrai, profondément associés aux idées de fidélité, de reconnaissance, d'intimité intellectuelle et morale, suivent de tout autres voies et se révoltent contre la puissance élémentaire de l'instinct animal. C'est ici qu'on voit

dans la même poitrine (ponr parler plus exactement, dans le même système nerveux central) habiter fleux âmes qui, plus ou moins séparées l'une de l'autre, se combattent. Le dieu d'amour a perdu son union et a cessé de se comprendre lui-même. 11 va sans dire que nous ne parlons pas ici de cas où une nouvelle passion amoureuse e.st venue détourner l'iiomme de ses anciennes affections, le plus souvent de sa femme, tant au point de vue de l'amour qu'à celui des sens. Sans doute, les cas extrêmes dont nous venons de parler ne sont, encore une fois, pas ordinaires, mais on voit se produire chez la plupart des hommes des mélanges plus ou moins considérables de sentiments analogues à tous les degrés possibles, sourtout lorsqu'une femme aimée perd ses attraits physiques par suite de l'âge ou d'autres causes.

Instinct prociéateur. — L'appétit sexuel de l'homme ne consiste pas exclusivement dans le désir du coït. Dans beaucoup de cas du moins, s'y ajoute et s'y combine, d'une façon plus ou moins puissante et plus ou moins consciente, l'envie de procréer des enfants. Malheureusement, cette envie est loin d'être toujours associée à des sentiments élevés et à l'amour de l'enfant ou a l'instinct paternel. Le raisonnement conscient y joue, en somme, un rôle moindre que l'instinct animal de l'expansion du moi. Nous ne faisons qu'indiquer ici le fait. Nous verrons plus tard que l'instinct procréateur joue un rôle souvent fort malheureux dans notre civilisation actuelle.

§ 2. — L*appétit sexuel de la femme.

Dans l'acte sexuel, le rôle de la femme diffère de celui de l'homme non seulement par sa passivité, mais encore par l'absence d'éjaculation séminale. Malgré cela, les analogies restent considérables. L'érection du clitoris et ses sensations voluptueuses, la sécrétion des glandes de Bartholin, f[ui rappelle l'éjaculation masculine, l'orgasme vénérien lui-même enfin, qui dès cju'il a eu lieu, ne le cède pas en intensité à celui de l'iiomme et le dépasse même souvent, sont autant de phénomènes qui établissent l'harmonie dans la volupté commune.

Quoique le phénomène organique de l'accumulation du sperme dans les vésicules séminales fasse défaut à la femme, il se produit, en cas d'abstinence prolongée, dans ses centres nerveux une accumulation d'appétits libidineux correspondant à celle de l'homme. Une femme mariée, grossière il est vrai, me déclara sans ambages, un jour que je lui reprochais ses infidélités envers son mari, qu'elle avait besoin du coït au moins tous les quinze jours, et que, si son époux n'était pas là, elle prenait tout bonnement le premier venu. Sans doute, les sentiments de cette femme étaient peu féminins, mais son appétit sexuel était relativement normal.

Fréquence de l'appétit sexuel chez la femme. — Au point de vue de l'appétit sexuel pur, les extrêmes sont beaucoup plus fréquents et considérables chez la femme que chez l'homme. Chez elle cet appétit se développe bien moins constamment d'une façon spontanée que chez lui, et lorsqu'il le fait, c'est en général plus tard. Les sensations voluptueuses ne sont éveillées le plus souvent que par le coït.

Chez un nombre considérable de femmes, l'appétit sexuel fait complètement défaut. Pour ces dernières, le coït est un acte désagréable, souvent dégoûtant, ou tout au moins indifférent. Ce qu'il y a de plus singulier, de moins compréhensible pour l'âme masculine, ce qui donne lieu aux quiproquos les plus fréquents, c'est le fait que pareilles femmes, absolument froides au point de vue des sensations sexuelles, sont souvent malgré cela fort coquettes, qu'elles surexcitent les appétits sexuels de l'homme, et qu'elles ont fréquemment un besoin profond d'amour et de caresses. On comprendra mieux la chose, si l'on réfléchit au fait que les désirs inassouvis de la femme normale se portent bien moins vers le coït et vers sa volupté que vers l'ensemble des conséquences de cet acte, conséquences si importantes pour toute sa vie. Lorsique l'aspect d'un certain homme éveille chez une jeune fille des désirs et des transports sympathiques, celle-ci aspire à procréer des enfants avec cet homme seul, à se donner à lui souvent comme une esclave, à recevoir ses caresses, à être aimée de lui seul, à ce qu'il devienne à la fois le soutien et le maître de sa vie entière. Il s'agit là de sentiments généraux de nature indéfinie, d'un puissant désir d'être mère et de jouir du bonheur de la famille, de voir

se réaliser un idéal poétique et chevaleresque de l'honirae, d'assouvir un besoin général de sensualité réparti dans tout le corps et nullement concentré de prime abord dans les organes sexuels ou dans l'envie du coït.

Néanmoins il est aujourd'hui démontré par la psychanalyse (Freud, Frank et autres) que, chez les prédisposés nerveux, des émotions anxieuses ou autres, surtout dans l'enfance, peuvent supplanter l'appétit sexuel, chez la femme plus souvent encore que chez l'homme, le faire dévier sous des formes pathologiques (homosexualité, etc.), ou le transformer en extase religieuse ou autre. On prend alors par erreur ces femmes pour des natures froides.

Nature de l'appétit sexuel chez la femme. — La zone d'excitation sexuelle est moins spécialement limitée aux organes sexuels chez la femme que chez l'homme. Les bouts des seins constituent chez elle une zone érogène; leur friction excite la volupté. Tout son corps a besom de caresses. Si l'on tient compte de l'importance capitale qu'ont dans la vie de la femme la grossesse, l'allaitement, et tout le cercle des fonctions et des devoirs maternels, on est obligé de comprendre pourquoi la combinaison de ses sentiments et de ses sensations est si différente de celle de l'homme. Sa taille plus petite et sa force moindre, jointes à son rôle passif dans le coït, expliquent pourquoi elle aspire à un soutien masculin fort et puissant. Il s'agit là d'une simple adaptation naturelle phylogénique. Voilà pourquoi la jeune fille normale soupire après un homme courageux, fort, entreprenant, qui lui soit supérieur, qu'elle soit obligée de respecter, et au bras duquel elle se sente en sûreté. La force et l'adresse de l'homme sont l'idéal de la jeune fille sauvage ou sans culture, sa supériorité intellectuelle et morale est celui de la jeune fille cultivée.

En général, les femmes sont encore bien plus esclaves de leurs instincts et de leurs habitudes que les hommes. Chez les peuples primitifs, la hardiesse et l'audace étaient les qualités qui faisaient le mieux réussir les hommes. Ce fait explique pourquoi, aujourd'hui encore, les don Juan les plus hardis et les plus audacieux excitent le plus fortement les désirs sexuels de la femme, et parviennent à tourner la tête de la plupart des jeunes filles nvec une facilité relative, malgré leurs pires défauts à d'autres égards. Rien

ne répnigne à l'instinct de la femme comme la timidité et la maladresse de Tliomme. De nos jours, les femmes raisonnables s'enthousiasment, du reste, de plus en plus pour la supériorité intellectuelle de l'homme, qui excite alors leur désir. Sans qu'elles y soient indifférentes, la simple beauté corporelle masculine excite moins l'appétit des femmes. Il est étonnant de voir à quel point ces dernières peuvent souvent s'amouracher d'individus vieux, laids ou difformes. Nous verrons plus loin que la femme normale est beaucoup plus difficile que l'homme dans l'attribution de son amour. Tandis que l'homme normal se sent attiré sensuellement au coït par presque chaque femme plus ou moins jeune et saine, ce n'est nullement le cas de la femme normale vis-à-vis de l'homme. Aussi est-elle bien plus constante que ce dernier au point de vue sexuel. Il lui est rarement possible d'éprouver des désirs sexuels pour plusieurs hommes à la fois; ses sens ne l'attirent presque toujours que vers un seul bien-aimé.

L'instinct de la procréation est bien plus fort chez la femme que chez l'homme, et il se combine au besoin de se donner passivement, de jouer le rôle de celle qui se dévoue, souffre et supporte, qui est vaincue, maîtrisée et subjuguée. Ces aspirations négatives font partie de l'appétit sexuel normal de la femme.

Une particularité des sentiments sexuels de la femme se reflète dans un phénomène pathologique mal délimité chez elle d'avec les sensations normales, phénomène qui, chez l'homme, forme, au contraire, avec ces dernières un contraste très accentué. Je veux parler de l'appétit dit homosei'vel, c'est-à-dire dont l'objet se trouve être un individu du même sexe. Normalement, l'homme adulte produit sur un autre homme, au point de vue purement sexuel, un effet absolument répulsif: seuls des êtres pathologiques ou excités par les privations sexuelles sont pris de désirs sensuels vis-à-vis d'autres hommes. Mais chez la femme, un certain désir sensuel de caresses, désir qui repose plus ou moins sur des sensations sexuelles inconscientes et mal définies, ou qui en est tout au moins un dérivé, ne se limite pas nettement au sexe masculin, mais s'étend volontiers à d'autres femmes, à de petits enfants, à des animaux même, sans reposer cependant sur des appétits sexuels pathologiquement invertis. Les jeunes filles normales aiment souvent à coucher ensemble dans le même lit, à se caresser et à se baiser, ce que de jeunes hommes normaux n'aiment

pas faire. Chez le sexe mâle, pareilles caresses sensuelles généralisées sont presque toujours accompagnées d'appétit sexuel et sont provoquées par ce dernier, ce qui n'est pas le cas chez la femme. Comme nous l'avons vu, l'homme peut séparer le véritable amour de l'appétit sexuel, à un point tel que, chez lui, deux individus, sentant chacun d'une façon différente à cet égard, peuvent habiter le même cerveau. Un homme peut être un époux dévoué et aimant, aux petits soins avec sa femme qu'il chérit, et à côté de cela satisfaire ses appétits animaux avec des prostituées. Chez la femme, un pareil dualisme sexuel est infiniment plus rare et toujours contre nature, la femme normale étant bien moins capable que l'homme de séparer l'amour de l'appétit sexuel.

Ces faits expliquent les singuliers caprices de l'appétit sexuel et de l'orgasme chez la femme normale, chez laquelle ces phénomènes ne se produisent pas facilement sans amour. La même femme qui aime un homme et n'en aime pas un autre est susceptible de l'appétit sexuel et des sensations voluptueuses les plus intenses lorsqu'elle cohabite avec le premier, tandis qu'elle demeure souvent, sinon le plus souvent, absolument froide et insensible aux étreintes les plus passionnées du second. Ce fait explique seul la possibilité de la prostitution féminine telle qu'elle existe. Les pires femmes publiques qui s'accouplent sans interruption avec d'innombrables clients payants, sans ressentir la moindre volupté, possèdent, en général, un souteneur quelconque dont elles sont éprises, et auquel elles vouent tout leur amour et leurs orgasmes sincères, tout en se laissant piller et exploiter par lui.

Ce que la femme normale exige clone de l'homme, ce sont avant tout l'amour, la tendresse, un appui ferme pour la vie, une certaine nature chevaleresque et des enfants. Elle renonce facilement aux sensations voluptueuses du coït, elle y renonce du moins infiniment plus facilement qu'aux exigences que je viens d'indiquer, et qui sont pour elle le principal. liien ne peut indigner une femme autant que l'indifférence de son mari, lorsque celui-ci la traite, par exemple, comme une personne simplement préposée au ménage. D'aucuns ont prétendu que la femme est en moyenne plus sensuelle que l'homme; d'autres, au contraire, qu'elle l'est moins. Ces deux affirmations sont fausses; elle l'est, en réalité, d'une autre façon.

Toutes les particularités de l'appétit sexuel de la femme sont donc le produit combiné : 1° de l'influence profonde des fonctions sexuelles sur son existence entière ; 2P de son rôle sexuel passif et 3° de ses facultés mentales spéciales. Par là, et plus particulièrement par son rôle sexuel passif, s'expliquent sa coquetterie si instinctive, son besoin de se parer, de minauder, de se farder, en un mot de plaire aux hommes par son extérieur, par ses regards, par ses mouvements et sa grâce. Ces phénomènes trahissent les désirs sexuels instinctifs de la jeune fille, désirs qui, du reste, nous venons de le voir, ne correspondent souvent aucimement à une envie directe du coït.

Tandis qu'une vierge éprouve dans sa jeunesse les sensations que nous venons de décrire, les choses changent en partie dans le mariage et, d'une façon générale, à la suite de rapports sexuels répétés. Si ces derniers ne provoquent jamais de sensations voluptueuses chez toute une catégorie de femmes, ils en provoquent chez le plus grand nombre, et c'est là, sans doute, le cas normal. L'habitude produit alors un besoin croissant du coït et de ses sensations, et ce n'est pas rare de voir, au cours d'une longue vie en commun, les rôles s'intervertir et la femme devenir plus libidineuse que l'homme. Voila en partie pourquoi beaucoup de veuves tiennent tant à se remarier. Elles y parviennent facilement, les hommes succombant vite au désir sexuel de la femme, dès qu'il s'exprime d'une façon non équivoque.

Chez la veuve, deux sentiments puissants luttent l'un contre l'autre, avec un succès variable selon les individus : d'un côté, la persévérance et la constance féminines dans l'amour, le culte de l'époux défunt; d'autre part, l'habitude prise des rapports sexuels, et de leurs sensations voluptLieuses, habitude qui laisse un vide et appelle une compensation. A égalité de l'appétit sexuel le premier sentiment l'emporte en général chez la femme religieuse ou d'un caractère profondément moral ou sentimental, tandis que c'est le second chez les femmes de nature plus matérielle ou moins affinée, ou encore simplement plus guidées par leur raison. Dans ces combats intérieurs, les sentiments plus délicats et la volonté plus forte, en moyenne du moins, de la femme ressortent distinctement du fait que, quand elle le veut, celle-ci maîtrise bien mieux que l'homme ses appétits même violents. Il va sans dire que, malgré cela, la puissance de l'appétit sexuel joue un rôle consi-

dérable clans la lutte intérieure dont nous venons de parler. Lorsque cet appétit fait défaut, il n'y a pas de lutte, et la conduite de la veuve lui est dictée soit par ses convenances, soit par l'instinct qui porte naturellement la femme à céder aux instances amoureuses d'un homme.

L'âge critique, c'est-à-dire l'époque où les règles cessent, ne fait nullement disparaître l'appétit sexuel, ni les sensations voluptueuses de la femme, quoique cependant l'âge provoque aussi normalement chez elle un apaisement des désirs. Il est curieux de noter à cet égard que les vieilles femmes ne possèdent plus pour l'homme aucun attrait sexuel, tandis qu'elles éprouvent souvent des désirs libidineux presque plus violents que les femmes jeunes. C'est là une sorte d'anomalie naturelle.

Gomme nous l'avons dit, les différences individuelles de l'appétit sexuel sont encore plus fortes chez la femme que chez l'homme. 11 existe des femmes extrêmement excitables, qui, dès leur première jeunesse, ressentent des désirs sexuels violents, se mettent à se masturber, ou se jettent au cou des hommes. De pareilles femmes sont d'ordinaire naturellement polyandres, bien que l'appétit sexuel féminin soit normalement d'essence beaucoup plus monogame que celui de l'homme. Pareils excès prennent chez la femme un caractère pathologique bien plus marqué que chez l'homme, et ils sont désignés en médecine sous le nom de nymphomanie. L'insatiabilité de ces malades, et on en rencontre dans toutes les classes de la société, peut devenir fabuleuse. Nuit et jour, avec de courtes interruptions pour le sommeil et les repas, elles sont, dans les cas extrêmes, disposées au coït. Elles s'épuisent moins que les hommes, car leur orgasme n'est pas accompagné de perte séminale, et elles acquièrent une virtuosité et un entraînement incroyables.

Quoique à l'état normal la femme soit naturellement pleine de délicatesse et de sentiments de pudeur, rien n'est facile comme de les faire disparaître tous deux complètement chez elle, en la dressant systématiquement à l'impudicité sexuelle ou à la prostitution. Ici, se montrent les effets du caractère routinier et suggestible de la psychologie féminine, de la tendance de la femme à devenir esclave de la mode et de l'habitude, ainsi que de sa persévérance, quand sa volonté, une fois déterminée, poursuit un

but précis. La prostitution nous fournit de tristes preuves de ce fait.

La psychologie des prostituées est quelque chose de très particulier. Les efforts tentés pour ramener les prêtresses de l'amour vénal à une vie morale échouent presque toujours piteusement; bien rarement on les voit couronnés d'un succès durable. C'est donc là une tâche des plus ingrates. Il est vrai que la plupart de ces femmes ont une hérédité de mauvais aloi, qu'elles sont de caractère faible, menteuses, paresseuses et libidineuses. Elles trouvent alors fort commode de gagner leur vie par la prostitution et désapprennent absolument le travail, si jamais elles l'ont appris. La pauvreté, l'ivresse ou la honte qui suit une séduction et surtout une naissance illégitime ont, sans doute, conduit plus d'une prostituée à son triste métier, mais les mauvaises dispositions naturelles de ces femmes constituent sans aucun doute leur mobile principal. L'alcool, les maladies vénériennes et les mauvaises habitudes prises, combinés avec une dégradation sexuelle continuellement répétée, déterminent ensuite leur déchéance progressive.

Il arrive pourtant que certaines de ces femmes, de meilleure nature, ne se sont livrées à la prostitution que de contrainte et forcées, qu'elles souffrent de cette existence et s'efforcent d'en sortir. Les grisettes et les lorettes (1) constituent un groupe intermédiaire entre la prostitution et l'amour normal; ce sont des femmes qui se louent pour un certain temps à un homme en particulier, pour se faire entretenir et payer par lui, tout en satisfaisant ses appétits sexuels. Ici encore, les désirs sexuels ne jouent qu'exceptionnellement le rôle principal. La conduite de ces femmes résulte surtout de leur caractère léger et de l'intérêt pécuniaire.

Si donc nous devons d'un côté admettre que les excès sexuels du sexe féminin viennent surtout se greffer sur une disposition héréditaire du caractère, ou sont dus éventuellement à de forts appétits, nous sommes obligés de reconnaître d'un autre côté que

(1) Les termes de grisette et de lorette sont actuellement tout à fait Aieillis, la mode se plaisant à varier à chaque instant la façon de nommer ce genre de femmes. Nous les emploierons néanmoins dans le cours de cet ouvrage, parce qu'ils désignent clairement et simplement certaines nuances spéciales du concubinage rémunéré.

le rôle immense "joué par la sexualité dans le cerveau de la femme lui rend plus difficile qu'à l'homme de rentrer dans le bon cliemin lorsqu'elle s'est une fois prostituée, ou qu'elle s'est livrée d'une façon quelconque à des désordres sexuels, alors même que sa qualité originaire n'était pas mauvaise.

Chez l'homme, l'appétit sexuel se sépare bien plus facilement que chez la femme du reste des instincts, des sentiments et de la vie intellectuelle en général, et il possède chez lui, si puissant qu'il soit, un caractère bien plus passager, l'empêchant de dominer toute la vie mentale.

Si j'ai tant insisté sur ce point, c'est qu'il est fondamental de connaître les différences qui existent entre l'homme et la femme à cet égard, et d'en tenir compte, si l'on veut porter un jugement juste et sain sur la question sexuelle au point de vue social. Autant nous avons le devoir de donner les mêmes droits aux deux sexes, autant il est absurde de méconnaître la profondeur de leurs différences ou de s'imaginer que celles-ci puissent jamais s'effacer.

§ 3. — Le flirt.

Si l'on cherche dans un dictionnaire anglais le sens du mot flirt, on le trouve défini par les termes de coquetterie, fantaisie, boutade, caprice, etc. Mais ce terme anglais a été fixé et modernisé plus tard dans un autre sens devenu international, pour exprimer la notion ancienne d'une série de phénomènes fort connus et qui doivent être nettement distingués de la coquetterie.

La coquetterie, attribut spécialement féminin, n'est pas sous la dépendance de l'appétit sexuel en lui-même; il en est une irradiation indirecte, purement psychique, et nous en parlerons plus loin. Le flirt, tel qu'on le comprend aujourd'hui, appartient, au contraire, directement à l'appétit sexuel; il en constitue l'expression extérieure dans toute la richesse de ses formes, tant chez l'homme que chez la femme. En un mot, le flirt est un langage polymorphe qui exprime clairement les désirs sexuels d'un individu à celui qui fait naître ces désirs, le coït proprement dit étant seul excepté.

Le flirt peut se pratiquer d'une façon plus ou moins consciente. Il n'est par lui-même ni un attribut psychique, ni l'appétit sexuel, car un être humain peut si bien cacher et maîtriser ses appétits que personne ne les remarque, et. au contraire, il peut feindre l'appétit sexuel sans l'éprouver le moins du monde, ou tout au moins se comporter de façon à tout faire pour exciter l'appétit sexuel chez son partenaire. Le flirt consiste donc dans une activité propre aussi bien à trahir le propre érotisme du sujet qu'à exciter celui des autres. 11 va sans dire que la nature même de la coquetterie dispose au flirt.

Débutant par un léger regard provocateur et timidement amoureux, un frôlement insensible et paraissant fortuit, le flirt comprend toutes sortes de jeux d'amour, de baisers, de caresses et d'embrassements, jusqu'à des attouchements taxés d'impudicité et à toute sorte d'excitations sexuelles pouvant conduire même à l'orgasme, sans arriver à la consommation du coH. On peut ici noter toutes les nuances, et, selon la sensibilité et la chaleur des tempiéraments, le flirt peut se limiter à des excitations légères et lentes de l'appétit sexuel ou, au contraire, en venir à des épanchements violents et rapidement croissants. Les différences individuelles considérables qui existent dans la sensibilité sexuelle font que la même perception ou le même acte laisse tel individu relativement assez froid et en excite un autre au plus haut degré. Dans ce dernier cas, surtout chez l'homme, le flirt pourra conduire même à l'orgasme vénérien sans coït et même sans manipulations qui y ressemblent. Une femme à formes exubérantes, prenant des attitudes sensuelles et voluptueuses, peut ainsi provoquer une éjaculation par le frottement léger mais répété de ses vêtements contre la verge d'un danseur excitable.

Des faits analogues se produisent souvent, lorsqu'un couple passionné se caresse et s'embrasse sans que les organes génitaux soient ni touchés, ni mis à découvert. La femme est à cet égard mieux protégée que l'homme, mais, lorsqu'elle est très excitable l'orgasme peut se produire chez elle, pendant les caresses d'un flirt passionné, par la pression ou le frottement de ses jambes l'une contre l'autre (variété de la masturbation chez la femme).

D'ordinaire, les choses ne vont -pas si loin dans le flirt. On y utilise alternativement la vue et le toucher. Le regard y joue un

grand rôle, car il peut beaucoup exprimer et par conséquent agir puissamment. Une pression des mains, un mouvement qui paraît fortuit, le frôlement des vêtements et de la peau, certains signes provocateurs, sont les petits moyens ordinaires du flirt. Dans les situations où les liommes sont très rapprocliés ou même pressés les uns contre les autres, comme dans les coupés de chemins de fer, autour des tables où les convives sont serrés, les jambes jouent un rôle bien connu, par la pression des genoux, des pieds, etc.

Cette conversation muette de l'appétit sexuel s'engage d'abord d'une façon prudente et d'apparence innocente, de sorte que la partie qui provoque ne risque pas de se voir taxée d'inconvenance; mais dès que celui qui commence le flirt s'aperçoit que ses légères invites sont accueillies, si peut que ce soit, il s'enhardit, un accord tacite mutuel s'établit, et le jeu continue sans qu'un seul mot trahisse les sensations réciproques. Beaucoup de praticiens du flirt, hommes et femmes, se gardent en toute occasion de se trahir par la parole, et ils se plaisent à cette excitation mutuelle, si incomplète qu'elle puisse être, de leur sensibilité génitale.

Le flirt peut revêtir des formes très diverses selon l'éducation et le tempérament. x\u cabaret, la fille amuse les habitués en les chatouillant et en se faisant caresser et pincer par eux; le flirt est alors de forme commune et grossière. L'action de la narcose alcoolique sur le cerveau développe le flirt sous les formes les plus lourdes et les plus brutales. Chacun connaît ces invites stupides, souvent même crapuleuses, ces embrassements à la fois lents, maladroits, répétés et grossiers, qu'on observe le soir, les dimanches et les jours de fêtes, souvent en pleine rue, dans les voitures de chemins de fer, etc.. et dont nous gratifie presque toujours la gent masculine en goguette. Je me permets de les désigner par le terme de flirt alcoolique. Même dans la société la meilleure et la plus raffinée, le flirt perd de sa délicatesse dès que se fait sentir l'excitation causée par les fumées, même les plus légères, de l'alcool.

Le flirt prend un caractère bien plus délicat, plus nuancé, plus compliqué, caractère qui le rend gracieux et plein de charme, chez les personnes qui ont reçu une éducation fine et choisie, surtout quand elles possèdent, en outre, de hautes facultés intellectuelles ou artistiques.

Mentionnons aussi la variété intellectuelle du flirt, variété qui ne s'exprime ni par le toucher, ni par les yeux, mais par le langage. Des propos légers, quelque peu lascifs, des allusions sexuelles

délicates, excitent Térotisme tout autant ciue les attouchements et les regards. Selon l'éducation des individus, ces propos peuvent être grossiers et sales, ou au contraire fins et pleins d'esprit, lancés avec plus ou moins de savoir-vivre, ou, par contre, de maladresse. Ici. la finesse naturelle de la femme joue un rôle considérable. Les hommes qui manquent de tact, sont gauches et blessants dans leurs essais de flirt, et ils éteignent ainsi l'érotisme de la femme, au lieu de l'exciter. Ce sont ceux qui, comme on dit, n'ont pas de chance auprès du beau sexe. La façon dont le flirt alcoolique se traduit en propos cyniques, lourds, importuns et stupides, correspond à ses formes d'expression. La femme désire le flirt, mais elle ne veut pas qu'il revête une forme inconvenante. Elle le désire gentiment et galamment habillé, et c'est ainsi seulement qu'il a l'heur de lui plaire.

On peut tout dire à une femme; tout dépend de la façon dont on le lui dit. J'ai vu des femmes médecins, avec lesquelles on pouvait aborder sans crainte les sujets les plus scabreux, se montrer profondément choquées par certaines plaisanteries déplacées qu'un professeur sans tact lançait avec des mines peu équivoques, et cela uniquement, parce cjue le malheureux s'y prenait d'une façon lourde et maladroite, et laissait percer son intention de blesser les convenances. En elles-mêmes, ces plaisanteries étaient fort innocentes pour des oreilles médicales; mes confrères dames furent finalement bien obligées de me l'accorder en riant, lorsque je leur fis remarquer le caractère tout spécialement féminin de leur réaction psychique, en leur prouvant qu'elles écoutaient sans sourciller des choses dix fois pires, lorsque l'orateur s'entendait à leur donner un certain apprêt moral sur le ton voulu.

Du reste, les hommes aussi se sentent, en général, dégoûtés et blessés de la forme plate, cynique ou maladroite de l'érotisme féminin, quoiqu'ils n'aient pas l'habitude de se montrer d'une sensibilité raffinée dans ce domaine.

Le phénomène dont nous avons parlé en dernier lieu nous amène à distinguer le flirt chez l'homme et chez la femme. Le flirt est mis en œuvre d'une façon active par les deux sexes. Pour la femme il constitue la seule forme admise de l'expression des sentiments erotiques, et même ici la plus grande retenue lui est imposée. Ces circonstances ont développé chez elle l'art du flirt et lui ont donné une finesse tout à fait remarquable. A moins de s'exposer à de grands dangers, la femme ne peut que laisser deviner sa sensualité. Toute provocation audacieuse ou louche,

sans tact, manque le but; elle éloigne les hommes honnêtes et détruit la réputation d'une jeune fille. Même lorsqu'elle est obsédée par les désirs erotiques les plus violents, la femme ne peut donc sortir ostensiblement de son rôle passif sans se comp^'omettre. Néanmoins elle réussit en somme très facilement à exciter la sensualité de l'homme, à l'aide de quelques petits artifices. Sans doute elle ne le met pas de ce fait encore entièrement sous sa domination. Il faut donc qu'elle sache être très délicate et très^ adroite, au début du moins, dans l'art provocateur du flirt. Ces qualités lui sont énormément facilitées par toute sa nature et par le caractère de son érotisme habituel.

L'homme, par contre, peut être bien plus audacieux et plus violent dans l'expression de sa passion. Nous renvoyons ici à ce qui a été et sera encore dit sur les différences sexuelles.

On pourrait écrire un volume entier sur les formes du flirt. Le flirt est l'expression indispensable de tout désir sexuel, dans quelque but qu'il se produise. Chez les fiancés officiels, il revêt un caractère légal et même une forme conventionnelle. La façon dont les filles d'auberge flirtent avec les clients du local a aussi quelque chose de conventionnel, bien que dans un genre tout différent. Dans les salons, le flirt est, en général, assaisonné de t)lus de sel attique, soit qu'il ne se permette pas de dépasser certaines limites, soit, au contraire, qu'il conduise à des liaisons libres dans le genre de celles des hétaïres grecques. Il va sans dire qu'à la campagne, chez les filles et les garçons de paysans, il prend une forme plus lourde et plus grossière, sinon plus sensuelle, que chez les gens cultivés ; chez ces derniers, le langage assume le rôle principal. Chez nos riches fainéants modernes, dans les villes d'eaux, de jeu et autres amusements, dans les hôtels grand genre, et surtout dans certains sanatoriums, le flirt joue un rôle tout à fait dominant et constitue sous toutes ses nuances l'occupation principale d'une grande partie des hôtes, sinon de la majorité. Il pousse comme la mauvaise herbe dans toutes les circonstances où l'homme a une occupation exclusive et monotone ou s'ennuie par désœuvrement.

Chez certains individus, le flirt remplace le coït au point de vue sensuel et l'amour au point de vue du sentiment; ce sont ces natures modernes détraquées, dont l'existence se consume dans toutes les nuances de l'excitation artificielle des sens, créatures des deux sexes incapables d'une action forte et utile.

En tant qu'expression momentanée et passagère de toutes les nécessités de l'amour, le flirt a donc sa place normale au soleil et son droit à l'existence. Mais cultivé pour son propre compte et demeurant toujours flirt, il ne constitue plus qu'un symptôme de dégénérescence, c'est-à-dire de dépravation de la vie sexuelle, dans les sociétés de désœuvrés, de détraqués et de vicieux de toute espèce.

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