RAPPORTS DE L'AMOUR ET DE L'APPÉTIT SEXUEL
sexuel prend le nom d'amour dans le sens proprement dit. Pour mieux comprendre les rapports de l'amour avec l'appétit sexuel, il faut nous reporter au chapitre II. Commençons par une courte exposition de la phylogénie des sentiments de sympathie ou sentiments altruistes, c'est-à-dire sociaux. Pour ne pas nous perdre en diversions, nous nous contenterons d'un court aperçu.
Tant que chez les animaux inférieurs il n'existe pas de sexes séparés, l'égoïsme règne en maître absolu. Chaque individu mange autant qu'il peut, puis se partage, bourgeonne ou se conjugue, remplissant ainsi le but entier de son existence. I^e même principe règne encore à peu près seul dans les stades inférieurs de la reproduction à sexes séparés. Les araignées nous en offrent un bon exemple. Chez elles, l'accouplement est un acte fort dangereux pour le mâle, car si celui-ci n'y fait pas preuve d'une circonspection et d'une prudence extrêmes, il est dévoré par la femelle avant même d'avoir atteint son but, souvent aussi après, afin que rien ne soit perdu. Pourtant, déjà chez ces mêmes araignées, la femelle déploie un certain sens de dévouement pour ses œufs et parfois même pour ses petits peu après leur éclosion.
On peut observer, dès les étages un peu plus élevés du règne animal, des sentiments de sympathie, plus ou moins accentués, sentiments dérivés de l'union sexuelle des individus. Ce sont des sentiments d'attachement du mâle pour la femelle, et surtout de la femelle, parfois aussi du mâle, pour leur progéniture.
Pareils sentiments se développent plus ou moins et peuvent se transformer en amour intense et de longue durée entre les sexes. Les couples d'oiseaux, par exemple, se demeurent souvent fidèles pendant de nombreuses années ou même toute la vie. De ces simples faits découle déjà l'intime parenté qui existe entre l'amour sexuel et les autres sentiments de sympathie, c'est-à-dire l'affection, ou amour dans le sens plus vague et plus étendu du terme.
A tout sentiment de sympathie entre deux individus — la sympathie fait partie des sentiments de plaisir — correspond nécessairement un sentiment corrélatif contraire de chagrin, lorsque l'objet de la sympathie meurt, devient malade, s'enfuit ou est enlevé. Ce sentiment de peine prend souvent la forme de simple tristesse, mais il peut atteindre le degré d'une mélancolie incurable. Chez certains singes et perroquets, nous voyons souvent la mort de l'un des conjoints entraîner le refus de toute alimen-
tation et finalement la mort du survivant, par suite d'une tristesse et d'une dépression croissantes. L'enlèvement de ses petits produit chez la guenon une tristesse profonde. Mais lorsqu'un animal découvre la cause de la peine qui le menace ou qu'il vient d'éprouver, lorsque par exemple un étranger vient tenter de lui ravir son conjoint ou son petit, il se produit en lui une réaction mixte du sentiment, c'est-à-dire la colère, la fureur même, contre l'auteur du mal qui lui est fait.
La jalousie n'est qu'une forme spéciale de cette colère. Le sentiment de colère et son expression violente et hostile constituent donc la réaction affective naturelle contre celui qui vient troubler un sentiment de plaisir, réaction qui tend à rétablir ce dernier. La puissance des sentiments de colère croît avec les facultés défensives et offensives, tandis que chez les êtres faibles et pacifiques la frayeur et la tristesse prennent en grande partie la place de ceux-ci. D'un autre côté, l'aspect d'une proie sans défense suffit pour provoquer chez le rapace qui se sent fort et bien armé, par simple association réflexe, un sentiment cruel et sadiste de colère voluptueuse, qu'on observe aussi chez l'homme.
Sentiment du devoir. — Un autre dérivé du sentiment de sympathie est celui du devoir, c'est-à-dire le sens moral ou la conscience morale. Tout sentiment d'amour ou de sympathie pousse celui qui aime à certains actes destinés à augmenter le bien-être de l'objet aimé. C'est ainsi que la mère nourrira ses petits, les caressera et s'arrachera les plumes ou les poils pour leur faire un lit douillet; ou encore que le père apportera des aliments à sa femelle et à ses petits, et les défendra contre leurs ennemis. Tous ces actes, qui ne sont pas à l'avantage de l'individu, mais à celui de l'objet ou des objets de sa sympathie, exigent des efforts plus ou mons pénibles, le courage en face du danger, etc. Ils provoquent donc une lutte intérieure entre le sentiment de sympathie et l'égoïsme, c'est-à-dire le déplaisir d'entreprendre des choses pénibles et désagréables pour l'individu lui-même. De cette lutte entre deux séries opposées de sentiments dérive un troisième groupe de sentiments complexes ou mixtes, celui des sentiments du devoir ou de la conscience morale. Lorsque le sentiment de sympathie l'eiriporte, lorsque l'animal fait son devoir envers ses petits ou son conjoint, il éprouve un sentiment de plaisir, celui du devoir accompli. S'il a été au contraire négligent, les instincts