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INCONVÉNIENT DE L'ABSTINENCE DES RAPPORTS ENTRE EPOUX

L'amour, a-t-on dit. est Végoïsme à deux. L'adulation réciproque de deux êtres humains dégénère facilement en effet en inimitié égoïste contre le reste du genre humain, ce qui réagit souvent d'une façon nuisible sur la qualité de l'amour. La solidarité humaine est trop grande, aujourd'hui surtout, pour qu'un pareil exclusivisme de l'amour ne s'expie pas.

Je voudrais définir l'idéal de l'amour comme suit : Après avoir lié mure connaissance, un homme et une femme sont amenés, par l'attrait sexuel joint à l'harmonie de leurs caractères, à conclure une union dans laquelle ils s'incitent l'un l'autre au travail social, prenant pour point de départ de ce travail leur éducation mutuelle et celle des êtres qui leur sont le plus proches, c'est-à-dire celle de leurs enfants. Une pareille conception de l'amour affine ce sentiment et le purifie à un tel point, qu'il en perd toutes ses petitesses, et ce sont précisément les petitesses qui le font si souvent dégénérer, même sous ses formes les plus loyales. Le travail social en commun d'un homme et d'une femme unis par une affection vraie, pleins de tendresse et de dévouement l'un pour l'autre, mais s'encourageant sans cesse mutuellement à la persévérance et à l'action, triompliera facilement des petites jalousies et de toutes les autres réactions instinctives de l'exclusivisme phylogénique de l'amour naturel. Les sentiments d'amour deviendront ainsi toujours plus idéaux et ne fourniront plus à l'égoïsme à deux le terrain de paresse et de confort sur lequel il croît, comme la mauvaise herbe.

Inconvénient de l'abstinence des rapports sexuels entre époux par ordonnance médicale. — C'est un fait d'observation que dans le mariage, du moins pendant la période de maturité de la vie. les rapports sexuels fortifient l'amour et le maintiennent, lors même qu'ils ne constituent qu'une partie de ce qui cimente la tendresse et l'affection. Dans beaucoup de cas du moins, j'ai pu constater qu'une ordonnance médicale, donnée dans de bonnes intentions sans doute, à cause de certains états maladifs, et interdisant les rapports sexuels entre deux époux, a eu pour effet de refroidir entre ces derniers les sentiments d'amour et de sympathie et de produire une indifférence devenue bientôt incurable. Les médecins devraient toujours songer à de pareils résultats de leurs ordonnances, dont ils ne voient trop souvent que le but immédiat. L'interdiction médicale des rapports sexuels dans le mariage ne devrait

avoir lieu qu'en cas de nécessité absolue. Exemple : Un homme honnête et capable épousa par amour une brave jeune fille d'intelligence assez peu développée. Le mariage fut heureux et ils eurent plusieurs enfants. Mais un beau jour, certaines lésions locales de la femme engagèrent son médecin à lui interdire tout rapport sexuel avec son mari. Les époux commencèrent à coucher dans des chambres séparées, si bien que peu à peu l'amour intime se refroidit et que plus tard la reprise des relations sexuelles devint impossible. Les sentiments du mari en furent assez affectés pour le rendre infidèle à ses principes moraux et pour l'amener à visiter occasionnellement des prostituées. Quoique devenus au fond étrangers l'un à l'autre, le mari et la femme continuèrent à mener ensemble une existence d'apparence heureuse. C'est loin d'être toujours le cas.

Amour durable. — On peut poser comme principe que l'amour vrai et élevé est durable, et que la passion subite que déchaîne l'appétit sexuel envers un individu de l'autre sexe, jusque-là inconnu, ne donne en aucune façon la mesure de l'amour véritable. La passion fausse le jugement, dissimule les travers les plus évidents, colore tout en pourpre céleste, rend les amoureux aveugles et voile à chacun d'eux le véritable caractère de l'autre. Nous ne parlons ici, cela va sans dire, que des cas où chacun est loyal et où l'appétit sexuel n'est pas associé aux froids calculs de l'égoïsme. La raison ne revient que lorsque se calme la première tempête d'une passion sexuelle qui semblait ne devoir jamais être assouvie, lorsque la lune de miel du mariage ou d'une union libre est passée. Alors seulement on peut voir si ce qui reste est un amour véritable, de l'indifférence, de la haine, ou encore un mélange de ces trois sentiments, pouvant ou non conduire à une adaptation graduelle plus ou moins supportable. Voilà pourquoi les amours subites sont toujours dangereuses, et pourquoi une connaissance mutuelle, longue et approfondie des intéressés avant leur mariage peut seule faire espérer une union heureuse et durable.

Et même en ce cas l'imprévu ne manque pas, car il est bien rare que l'on connaisse complètement un homme et son ascendance, et, en outre, des maladies ou anomalies mentales acquises peuvent faire dégénérer plus tard son caractère.

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