AUDACE MASCULINE
Examinons maintenant quelques phénomènes psychiques plus ou moins en rapport avec l'amour. Pour les raisons que nous avons indiquées, les irradiations de l'amour sexuel sont en somme moins développées chez l'homme que chez la femme.
a) Irradiations psychiques de l'amour cliez l'hotntne.
Audace masculine. — Chez le mâle normal, le sentiment de la puissance sexuelle favorise l'exaltation du moi, tandis que le sentiment contraire de -l'impuissance ou même celui d'une puissance sexuelle médiocre déprime ce sentiment d'exaltation. Et cependant, en réalité, la puissance sexuelle de l'homme n'a nullement pour une femme normale et vierge l'importance capitale que les hommes s'imaginent, en général, devoir lui attribuer, poussés qu'ils sont par la forfanterie due à l'exaltation de leur moi masculin : ce qui en impose à la femme, c'est avant tout et surtout l'audace masculine, et, dans les choses sexuelles, celle-ci croît principalement avec l'expérience et la pratique. La fréquentation des prostituées rend souvent l'homme incapable de comprendre la psychologie féminine, car les prostituées ne sont guère que des automates dressés à l'usage de la sensualité du mâle. Lorsque les hommes cherchent chez elles la psychologie sexuelle de la femme, ils n'y trouvent en réalité que leur propre miroir.
Le flirt de l'homme, son art de faire la cour aux femmes, se combinent tout naturellement avec son audace, comme nous le voyons déjà chez les oiseaux et les mammifères, même chez certains animaux inférieurs. Le mâle cherche à plaire à la femelle pour gagner ses faveurs. De brillantes couleurs chez les papillons et les oiseaux, le chant, l'adresse et les épreuves de force, viennent souvent en aide à l'instinct sexuel du mâle. Même chez certains animaux, des sons suppliants et plaintifs viennent seconder les instances réitérées du mâle éconduit, soit en apparence, soit en réalité, par la femelle. Nous verrons au chapitre VI les hommes sauvages avoir une tendance très marquée à se parer et à se tatouer plus que les femmes.
L'art que rhomme déploie pour séduire et conquérir la femme a été décrit à satiété dans les romans et les nouvelles, ainsi que dans les ouvrages ethnographiques; nous n'y insisterons pas ici. Nous constaterons par contre que, dans les civilisations supérieures, l'homme est en général plus recherché que la femme, de sorte que cette dernière a fini par le dépasser dans l'art du flirt, c'est-à-dire de la conquête sexuelle.
Il est, en outre, important de remarquer à quel point l'augmentation de la complication mentale de l'homme transforme sa tactique sexuelle. La façon simple, naturelle, et en même temps gauche et pudique avec laquelle un jeune homme naïf cherche à conquérir un cœur ne produit plus d'ordinaire aucun effet sur une élégante élevée pour les salons, expérimentée dans tous les plaisirs raffinés et saturée de romans malsains. Ces jeunes femmeslà se laissent d'autant plus facilement séduire par l'art des don Juan et des vieux roués qui leur sont plus adéquats, parce qu'ils ont étudié et sondé pratiquement la psychologie de la femme moderne.
Instinct de la piociéation. — LIne autre irradiation de l'instinct sexuel mâle, en rapport avec la précédente, est l'instinct de la procréation. Si la chose n'offrait pas d'autre difficulté et ne tirait pas à conséquence, l'homme serait sans le moindre doute instinctivement poussé à s'accoupler avec autant de femmes qu'il le pourrait et à procréer autant d'enfants que possible. Plus il est capable de satisfaire son instinct procréateur, plus il exalte son moi, qui se voit ainsi multiplié et sent s'étendre sa puissance par la possession d'un grand nombre de femmes et d'enfants. C'est là une des causes principales qui poussent des hommes riches ou puissants et les peuples polygames à posséder beaucoup de femmes.
Un coït sans but, comme celui de la prostitution, ne peut en effet assouvir que l'appétit sexuel le plus bas et ne satisfait aucune des irradiations supérieures de celui-ci. Il est bien connu que d'heureuses fiançailles, reposant sur un amour véritable, non sur des intérêts pécuniaires, transforment souvent un jeune homme de pessimiste en optimiste, de misogyne en philogyne. Les calculateurs et les sceptiques rient de cette transformation et ne veulent y voir que l'ivresse passagère de l'amour. Le cas peut être fréquent, mais, comme nous l'avons vu plus haut, lorsque l'amour est ennobli par une profonde compréhension et par une