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LA JALOUSIE

éducation mntuelles, lorsqu'on se connaît et se respecte l'un l'autre, la transformation demeure définitive, et elle se fortifie même si bien que souvent la lune de miel des noces d'argent est plus heureuse et plus exaltée que celle qui a suivi le mariage. On peut bien dire alors que l'optimisme créé par une union sexuelle cimentée d'un amour véritable repose sur l'accomplissement normal du but de la vie. Je ne puis asse.^ répéter que le travail commun, surtout le travail social des deux époux, est nécessaire pour que leur bonheur soit complet et subsiste chez celui qui survit à son conjoint.

La jalousie. — La pire irradiation, ou plutôt la pire réaction de contraste de l'amour, que nous ayons héritée de nos ancêtres animaux, celle qui possède les racines les plus profondes, est la jalousie. La jalousie est un héritage des animaux et de la barbarie; voilà ce que je voudrais crier à tous les héros qui, au nom de l'honneur offensé, veulent lui octroyer des droits et même le placer sur un piédestal. Mieux vaut dix fois pour une femme un mari infidèle qu'un mari jaloux. Au point de vue phylogénique, la jalousie a son origine dans la lutte pour la possession de la femme, à une époque où le droit ne reposait que sur la force brutale. La ruse et la violence luttaient entre elles, et lorsque le vainqueur était en possession d'une femelle, il devait mettre un soin jaloux à empêcher qu'elle ne lui fût ravie. De furieux combats s'ensuivaient. Dès qu'une approdlie inaccoutumée, un regard ou quoi que ce soit d'analogue éveillait le moindre soupçon de la présence d'un rival, le mâle éprouvait un sentiment continuel et instinctif de défiance et d'ombrage, avivé souvent par les souvenirs de la tristesse d'anciennes défaites et de la rage impuissante qui s'était ensuivie.

Les résultats de la jalousie du mâle dans l'histoire du mariage sont vraiment incroyables. Je rappellerai ici les ceintures de fer à serrure, dites de chasteté, que nous trouvons encore dans certains musées d'antiquités, et dont les chevaliers du moyen âge revêtaient leurs femmes lorsqu'ils partaient en guerre, afin de tranquilliser leur jalousie. Beaucoup de peuples sauvages ne se contentent pas de punir sévèrement, même de mort, l'adultère de la femme, mais jusqu'à de simples conversations ou raprochements entre elle et un homme étranger. La jalousie transforme le mariage en enfer. Elle s'exalte souvent chez l'homme d'une façon

maladive jusqu'à la manie de la persécution, à laquelle elle est analogue. Elle est de même un symptôme très frélquent de l'alcoolisme. Alors la vie de la malheureuse femme qui en est l'objet devient un martyre ininterrompu. Des offenses et des soupçons perpétuels, accompagnés d'insultes, de menaces, de paroles violentes et de voies de fait pouvant aller jusqu'à l'homicide, peuvent être le résulat de cette atroce passion.

Même sous sa forme plus modérée et plus normale, la jalousie est déjà un supplice, car la défiance empoisonne l'amour, même sur ses apparences les plus anodines. On parle souvent d'une jalousie justifiée. Je prétends au contraire que la jalousie n'est jamais justifiée et qu'elle n'est que la stupidité brutale d'un héritage atavique ou un symptôme pathologique. Un homme raisonnable, qui a des doutes fondés sur la fidélité de sa femme, a certainement le droit de s'assurer prudemment de leur exactitude. Mais à quoi lui sert-il d'être jaloux? S'il se trouve que son soupçon est faux, il a, par sa manière d'être, rendu sa femme inutilement malheureuse et détruit la fleur de la confiance conjugale, par conséquent l'intimité de son bonheur. Si par contre son soupçon est fondé, il n'a qu'à choisir entre deux voies. Ou bien il s'agit d'une ivresse amoureuse suggérée par un autre homme à sa femme, qui au fond en est souvent très malheureuse. Elle peut alors être ramenée à son mari et mérite qu'il lui pardonne, car dans ce cas l'affection seule peut la guérir, jamais la jalousie. Ou bien tout amour est véritablement éteint chez elle pour son époux, ou encore elle n'est qu'une intrigante fausse et sans caractère. Dans cette seconde alternative, la jalousie est encore plus absurde, car le jeu n'en vaut pas la chandelle, et le divorce s'impose à bref délai.

Malheureusement, l'homme ne possède que bien peu de puissance sur ses sentiments, lorsque ceux-ci sont violents. Le jaloux par nature, c'est-à-dire par hérédité, est en général incurable, et il empoisonne sa propre existence en même temps que celle de sa moitié. De pareils individus ne devraient jamais se marier.

Dans les asiles d'aliénés, dans les procès et dans les romans, la jalousie joue un rôle immense, car elle est une des sources les plus fécondes des tragédies et des malheurs de l'existence humaine. Les efforts combinés et persévérants de l'éducation et de la sélection sont nécessaires pour qu'on en arrive à l'éliminer graduellement du cerveau humain.

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