‹ La question sexuelleChapitre 49 sur 190 · LE VIEUX GARÇON · texte numérisé non relu

LE VIEUX GARÇON

ment conventionnel, et l'homme n'a aucune raison valable pour juger honteuse une partie quelconque de son corps. L'homme normal ne devrait avoir honte que des pensées et des actions mauvaises ou basses, c'est-à-dire contraires à sa conscience morale. De son côté, cette dernière devrait être basée sur l'altruisme humain naturel seul et non artificiellement dévoyée par tel ou tel dogme. Tel est le domaine légitime et vrai d'une pudeur justifiée.

Le vieux garçon. — L'importance des irradiations psychiques de l'amour ressort peut-être plus clairement des résultats de leur présence chez les vieux garçons que de toute autre considération. De nos jours, sans doute, l'état de vieux garçon répond rarement au renoncement à satisfaire ses appétits sexuels, bien qu'il entraîne ordinairement le renoncement à l'amour. Il existe, si l'on veut, deux sortes de vieux garçons, ceux qui sont chastes et ceux qui ne le sont pas. Les deux groupes sont cependant plus semblables l'un à l'autre au point de vue psychologique qu'ils ne ressemblent à l'homme marié ou au père de famille. Sans doute le vieux garçon a une existence moins vide que la vieille fille, mais le vide n'en existe pas moins. L'homme a besoin, lui aussi, de trouver une compensation à l'amour et à la famille qui lui font défaut. Mais son cerveau est plus capable que celui de la femme de chercher et de trouver complètement cette compensation dans le travail intellectuel intense ou dans toute autre utilisation de sa vie. Comme la femme, il trouve quelque consolation avec les chiens, les chats, les perroquets, les souvenirs, les collections, les enfants adoptifs et la culture de ses manies, ce qui ne l'empêche pas de se courber facilement à l'occasion sous la férule de ciuelque vieille gouvernante. S'il n'a pas de gouvernante, il se laisse souvent tomber, comme aussi son intérieur, dans le désordre et la saleté; ou bien il devient, au contraire, le jouet d'un souci ridicule de soins personnels minutieux.

Le vieux garçon est ordinairement pessimiste et morose; il devient facilement l'esclave de ses habitudes et de ses marottes. Les singularités de son caractère sont proverbiales. Son égoïsme ne connaît aucun contrepoids et ses impulsions altruistes trouvent ordinairement trop peu d'objets ou d'écho.

La chasteté de plus d'un vieux garçon dissimule des anomalies sexuelles, mais, même en dehors de ce cas, le vieux célibataire devient facilement pudibond, maniéré, misanthrope et surtout

misogyne, à moins qu'un dérivatif énergique ne l'amène à utiliser sa puissance de travail dans un domaine utile. D'autres fois il prodigue aux femmes une admiration exagérée et leur voue un culte emphatique.

Nous ferons toutefois une catégorie à part pour ceux des vieux garçons que des raisons de morale élevée poussent au célibat et à la chasteté, et dont la vie se dépense en dévouement et en travail social, bien qu'eux-mêmes soient des hommes et ne puissent s'affranchir à ce titre de toutes les particularités dont nous avons parlé. En un mot, la vie manque en partie son but pour le meilleur des vieux garçons, et cette lacune ne trouble pas seulement ses sentiments, mais tout son être mental. Ne serait-ce que sa tendance générale au pessimisme et à l'égoïsme, que cela suffirait pour provoquer de notre part une énergique protestation contre l'abandon du pouvoir social aux célibataires.

Quant au vieux garçon qui n'est pas chaste, il tombe en général dans la pornographie, n'apprenant guère à connaître la femme que par ses plus mauvais côtés. Il devient misogyne, tant par dépit, que parce qu'en l'attribuant à toutes les femmes, il généralise h tort le caractère de celles avec lesquelles seules il entretient des rapports intimes. Nous avons déjà signalé ce phénomène en parlant de l'érotisme masculin. Tel fut. par exemple, le philosophe Schopenhauer.

âj Irradiations psychiques de l'amour chez

la femme.

En parlant de l'amour chez l'homme, nous avons déjà touché à beaucoup de points qui le différencient de celui de la femme. Chez celle-ci. la particularité la plus saillante de l'amour est le rôle dominant qu'il joue dans le cerveau. Bien plus encore que chez l'homme, il constitue chez elle le but même de la vie. Sans amour, la femme renie sa nature et cesse d'être normale.

Les vieilles filles. — Ce que nous venons de dire des vieux garçons se rapporte à un degré plus marqué encore, aux vieilles filles. Plus encore que les hommes, elles ont besoin d'une puissante

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