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L'IDÉALISME CHEZ LA FEMME

Ce ne sont pas toujours l'audace ou les actions héroïques du genre de celles des preux chevaliers des anciens temps qui excitent l'amour chez la femme. Les avantages extérieurs de l'homme, tels que la beauté, la noblesse des attitudes, la barbe, agissent de leur côté, quoique leur effet soit moins décisif que celui des avantages corporels de la femme pour exciter l'amour chez l'homme. La supériorité intellectuelle, les belles actions morales, en général les productions mentales, enthousiasment très facilement le cœur de la femme, qui s'exalte sous leur influence. Mais aussi tout homme qui est en vue, qui acquiert un renom de bon ou de mauvais aloi, Facteur à la mode, le ténor célèbre, etc., a le don d'enflammer d'amour le cerveau des femmes, de beaucoup d'entre elles du moins. Les femmes sans éducation ou de mentalité médiocre sont naturellement plus accessibles aux charmes de la force corporelle de l'homme et, en général, de son aspect extérieur. Beaucoup de femmes succombent surtout sous l'influence de tout ce qui est mystique. Celles-là s'enthousiasment pour les prédicateurs, pour les exaltés religieux, sans exclure les hypocrites.

Rien n'est triste comme le contraste qui existe entre l'amour exalté du cœur honnête et chaste d'une jeune fille et la vie débauchée, avec ses traits de pornographie cynique, à laquelle la plupart de nos jeunes gens se livrent.

Il est difficile de décrire ce contraste d'une façon plus saisissante que ne l'a fait Guy de Maupassant dans son roman intitulé : Une Vie. Je connais moi-même nombre de cas dans lesquels, d'un côté l'ignorance complète de jeunes mariées touchant les rapports sexuels, et de l'autre la lubricité cynique de leurs époux, ont transformé l'amour exalté de la jeune fille en un dégoût profond et ont parfois même provoqué l'aliénation mentale. Sans être précisément fréquentes, les psychoses résultant de la déception et de l'ébranlement de la première nuit de noces ne sont pas très rares. Mais ce qui est bien pire que cette douche d'eau froide qui vient subitement substituer la réalité du coït à l'exaltation idéale du sentiment, ce sont les découvertes subséquentes que fait la jeune épouse, lorsque la mentalité cynique de son mari au sujet des rapports sexuels et de l'amour se dévoile à elle dans toute sa grossièreté, suite de la vie de débauche qu'il a menée. Déchirée et salie dans ses fibres les plus profondes, l'âme féminine devient alors le siège d'une lutte désespérée entre la réalité pleine de déceptions et les illusions d'un bonheur rêvé.

S'il ne s'agit chez le mari que de mauvaises habitudes, de quelques maladresses ou d'un certain manque de tact, derrière lesquels existe pourtant un amour véritable, les plaies du sentiment de la femme peuvent se cicatriser et l'intimité se développer après coup; mais lorsque le cynisme est trop accentué, lorsque les habitudes de débauche sexuelle sont trop invétérées, l'amour de la femme honnête est bientôt étouffé, et il se transforme en résignation et en dégoût, souvent même en martyre ou en haine.

Dans d'autres cas, la femme est faible, peu développée, et elle se laisse abaisser au niveau des sentiments de son mari. D'autres fois encore la crise s'accentue et conduit au divorce. Dans Une vie, Maupassant décrit avec une vérité profonde les déceptions continues d'une jeune fille innocente et sentimentale qui épouse un roué égoïste, et dont la vie gâchée et transformée en martyre est ainsi complètement ruinée. Les nouvelles et les romans de Maupassant contiennent une psychologie si fine et si vraie de la vie. sexuelle et de l'amour sous toutes leurs formes, souvent même clans leurs aberrations exceptionnelles, qu'ils fournissent une illustration admirable au chapitre qui nous occupe.

Le sceptre de la pantonfle. — Les femmes aigries. — Une

série des irradiations les plus importantes de l'amour de la femme découle du besoin qu'elle éprouve de se sentir sinon dominée, du moins protégée par son mari. Pour être heureuse, la femme doit pouvoir respecter son mari et même le considérer avec plus ou moins de vénération, du moins à un certain égard; il faut qu'elle voie réalisé en lui un idéal quelconque, soit de force corporelle, soit de courage, soit de désintéressement, soit de supériorité intellectuelle, etc. Si ce n'est le cas, le mari tombe facilement sous le gouvernement de la pantoufle, ou bien l'indifférence et l'antipathie se développent chez la femme, à moins qu'un malheur ou une maladie de son mari ne vienne exciter sa pitié et transformer l'épouse en infirmière résignée.

Le sceptre de la pantoufle ne peut guère rendre un ménage vraiment heureux, car ici les rôles sont intervertis : la femme règne, parce que le mari est faible. Or, l'instinct normal de la femme veut bien régner sur le cœur de l'homme, mais pas sur son intelligence, ni sur sa volonté. Le règne dans ces derniers domaines peut flatter la vanité féminine et la rendre dominatrice, mais jamais il ne

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