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LA COQUETTERIE

plaire. Les femmes vaniteuses profitent de la grâce et de la beauté naturelles de leur sexe et de leur personne, non seulement pour amorcer les hommes et pour leur plaire, mais encore pour briller parmi leurs égales, pour faire pâlir les autres femmes devant leur éclat et leur élégance. Les femmes coquettes emploient à cet art des soins infinis. Tous leurs efforts, toutes leurs pensées ne tendent qu'à augmenter leur charme par l'éclat de leur toilette, le raffinement de leurs atours, les combinaisons de leur coiffure, leurs parfums, leur fard, etc. C'est ici que l'étroitesse d'esprit de la femme se dévoile dans tout ce qu'elle a de mesquin. La coquetterie se trahit en outre dans le langage, dans le jeu de la physionomie, et dans ces mille riens dont la femme qui veut plaire a le secret.

Décrire la coquetterie féminine m'obligerait à tomber dans la banalité. Qu'on étudie un bal, une soirée du grand monde, qu'on observe les femmes au théâtre, leur toilette, leur regard, leur physionomie, leurs propos, ou qu'on lise un roman de Guy de Maupassant, Fort comme la Mort ou Notre Cœur par exemple, et l'on pourra étudier tous les degrés et toutes les dégénérescences de cette partie de la psychologie sexuelle des femmes. Beaucoup d'entre elles brillent par un tel mauvais goût, qu'elles se transforment en caricatures, en s'imaginant s'embellir par leurs fanfreluches. Elles se fardent, se teignent les cheveux, se peignent les paupières, les lèvres même, pour se donner l'air de ce qu'elles ne sont pas, pour se faire paraître jeunes, belles et florissantes.

Pour être à la mode dans les pays civilisés, ces artifices n'embellissent souvent guère plus nos femmes que le tatouage des femmes sauvages, les anneaux du nez et des pieds ou les colliers des hanches dont s'ornent les beautés noires ou brunes. Ces derniers se retrouvent du reste dans nos salons sous forme de boucles d'oreilles, de bracelets et de colliers. Toutes ces coutumes constituent des irradiations de l'appétit sexuel, c'est-à-dire le désir de plaire aux jiommes. Les invertis sexuels mâles (voyez chap. VIII) en font tout autant, souvent aussi certains dandys qui ont d'ailleurs des in.stincts sexuels normaux.

L'esprit pornographique chez la femme. — L'esprit pornographique est absolument contraire à la nature féminine normale, ce qu'on ne peut nullement dire de l'érotisme. Chez les prostituées.

nous l'avons vu, Tesprit pornographique n'est que l'écho de l'essaim des mâles qui les assiègent, et, malgré cela, même chez elles, nous trouvons un vestige encore notable de pudeur. Sans doute, chez les femmes très erotiques, l'excitation sexuelle peut conduire à des actes tels que l'attouchement des organes génitaux des hommes, l'exhibition des leurs, etc. Mais ce sont là, sauf dans le coït, des exceptions plutôt pathologiques.

L'érotisme féminin naturel et non artificiellement dévié ne se montre ouvertement que dans l'intimité la plus complète, et même ici la pudeur et l'esthétique naturelles à la femme le corrigent et l'atténuent. Normalement, toute obscénité ou tout cynisme dégoûte la femme et ne tend qu'à lui inspirer du mépris pour le sexa, masculin. Par contre, elle s'exaltera facilement à l'érotisme des tableaux ou des romans, dès qu'il sera suffisamment revêtu d'un caractère esthétique ou même moral. C'est là le grand danger qu'offre pour les deux sexes, mais surtout pour la femme, l'érotisme habilement dissimulé sous des formes hypocrites, destinées a idéaliser des intentions malhonnêtes. (V. Maupassant : Ce cochon de Marin et les histoires de séductions.)

La pudeur et la pruderie chez la femme. — Chez la femme, le sentiment de la pudeur et la pruderie ont un caractère particulier qui résulte de son dégoût naturel pour la pornographie et d'autre part de son attachement à la mode et aux préjugés. Beaucoup de femmes éprouvent une véritable terreur lorsqu'il s'agit de mettre à découvert certaines parties de leur corps, même en présence du médecin, et elles sont horriblement surexcitées lorsque cela devient nécessaire; ce fait repose surtout sur la convention et l'habitude, parfois sur l'absence ou la déviation des sensations sexuelles. Élevées à la pruderie, comme cela se fait d'une façon si absurde surtout en Angleterre, les femmes perdent leur naturel et souffrent souvent beaucoup des excitations, des indignations et des frayeurs perpétuelles qui en résultent. Les exagérations de la pruderie conduisent en outre facilement aux excès contraires, ou bien elles dégénèrent en hypocrisie. La prude perd sa liberté d'esprit; elle a honte des choses les plus naturelles, ce qui lui fait subir des supplices continus.

Par l'éducation, on peut créer ou guérir la pruderie chez les enfants. On la crée en les séparant des autres, en couvrant anxieusement toutes les parties de leur corps, et surtout par l'exemple et

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l'enseignement, en leur faisant considérer la nudité comme honteuse. On la guérit, au contraire, par des bains en commun, en habituant Fenfant à considérer le corps humain, toutes ses parties et toutes ses fonctions comme quelque chose de naturel dont on n'a pas à avoir honte, enfin en leur faisant connaître les rapports des sexes à temps et d'une façon sérieuse, au lieu de répondre à leurs questions ingénues par de pieux mensonges ou par des équivoques et des airs mystérieux.

Le chapitre de l'amour est infini, et ses rapports avec l'appétit sexuel le rendent encore plus complexe. Nous nous bornerons à indiquer encore deux de ses irradiations particulières à chaque sexe, quoique revêtant pour chacun d'eux une physionomie correspondant à sa mentalité propre.

c) Fétichisme et antifétichisitie.

« On entend par fétiches des objets, des portions d'objets ou même simplement des qualités d'objets qui, par suite de leur association avec une certaine personne ou avec l'idée de cette personne, produisent une sorte de charme ou tout au moins une impression très profonde qui ne correspond nullement à la nature de l'objet en elle-même » (von Krafft-Ebing). Le fétiche symbolise donc une personne à laquelle nous portons un intérêt si profond que tout ce qui se rapporte à elle ébranle notre sentiment. C'est nous-mêmes qui plaçons dans le fétiche le charme venant de celui ou de celle qu'il symbolise pour nous.

Dans beaucoup de religions, on le sait, le fétichisme joue un rôle immense, si bien que les fétiches, par exemple les amulettes ou les reliques, en arrivent à produire l'extase des fidèles.

Binet, von Krafft-Ebing et d'autres nomment fétichisme erotique le charme que certains objets ou certaines parties du corps exercent d'une façon tout analogue sur les désirs sexuels et même sur l'amour, en ce sens que leur simple représentation s'associe puissamment à l'image erotique d'une personne de l'autre sexe ou à une variété particulière d'excitation sexuelle. Chez l'homme, comme chez la femme, certaines parties du vêtement, des cheveux, du corps, ou certaines odeurs de la personne aimée, son pied ou sa main, peuvent prendre le caractère de fétiches.

Il en est de même de certaines particularités intellectuelles, de certains jeux de physionomie, de certains regards. Pour l'homme, les cheveux de la femme, ses mains, ses pieds, son mouchoir, ses parfums, ses seins, etc., jouent très souvent le rôle de fétiches erotiques.

On peut appeler antifétiches certains objets ou certaines qualités qui, au contraire, détruisent Térotisme. Certaines odeurs, un timbre de voix, un nez mal fait, un vêtement de mauvais goût, un tour d'esprit maladroit ou grossier, suffisent souvent pour détruire l'érotisme en amenant le dégoût d'une personne, et leur simple représentation suffit pour la rendre insupportable. Symbolisant le dégoût, l'antifétiche paralyse l'appétit sexuel et l'amour.

Dans l'amour normal, c'est surtout par association d'idées, en rappelant à l'esprit l'image de la personne aimée, que le fétiche joue le rôle d'agent excitateur. Souvent cependant il devient luimême l'objet plus spécial de l'appétit sexuel, tandis que l'antifétiche produit l'effet contraire. Mais, chez les dégénérés (voir chap. VIII), c'est parfois exclusivement au fétiche lui-même que s'adresse un appétit sexuel irrésistible, dont l'irradiation devient une véritable caricature ridicule de l'amour.

Nous voyons donc que l'amour normal repose sur une synthèse extrêmement complexe, sur une véritable symphonie de sensations, de sentiments et de conceptions harmoniques, combinés de tons et de nuances de toute sorte, comme L. Brun l'a si bien fait remarquer. Les aberrations pathologiques dont nous parlerons en fournissent pour ainsi dire la démonstration, en forçant tantôt un ton tantôt l'autre, à l'exclusion plus ou moins marquée du reste.

d) Rapports psychologiques de l'afnour avec la religion.

L'amour et l'érotisme jouent, on le sait, un grand rôle dans la religion, et beaucoup de dérivés du sentiment religieux sont intimement associés avec l'appétit sexuel. Comme le dit von Krafft- Ebing, Vextase religieuse est proche parente de Vextase amoureuse, et elle se produit très souvent en guise de consolation et de compensation d'un amour malheureux ou déçu, ou simplement encore en l'absence d'amour sexuel. Chez les aliénés, la religion et l'éro-

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