‹ La question sexuelleChapitre 58 sur 190 · CULTE DES VIERGES — SAINTETÉ DU CÉLIBAT · texte numérisé non relu

CULTE DES VIERGES — SAINTETÉ DU CÉLIBAT

C'est la civilisation qui nuit le plus au mariage, surtout dans les villes; l'âge auquel se concluent les unions matrimoniales s'y élève de plus en plus, bien qu'en Europe nous ayons plus de femmes que d'hommes. Le manque d'argent et les salaii-es insuffisants, diminuent de plus en plus le nombre des mariages dans les grands centres, tandis que chez les sauvages, et en partie aussi chez nos paysans, les femmes et les enfants sont une des sources principales de la richesse, parce qu'ils travaillent et ont peu de besoins. Chez le bourgeois, au contraire, la femme est avant tout coûteuse, de même que l'éducation des enfants. Pour l'homme, la durée de l'éducation intellectuelle et professionnelle, ainsi que le service militaire, rendent le mariage de plus en plus tardif, et le célibat est pour lui obligatoire au moment où ses appétits sexuels sont le plus puissants. Donc, plus la civilisation s'élève, plus les deux sexes se marient tard. Le raffinement et la multiplicité des plaisirs enlèvent aussi au mariage une grande partie de son attrait dans les milieux cultivés.

Enfin, et avant tout, la culture intellectuelle exalte le besoin d'idéal, de sorte que les hommes et les femmes bien faits l'un pour l'autre, pour se comprendre et s'entendre, se rencontrent de moins en moins facilement, leur adaptation mutuelle devenant de plus en plus compliquée.

Je répéterai cependant ici ce que j'ai déjà dit sur la façon dont les romanciers recherchent les passions extrêmes des déséquilibrés et nous les décrivent comme types. l'Jiomme normal réel étant trop prosaïque et trop ennuyeux pour allécher leurs lecteurs. Pourrie comme elle l'est de dégénérés névrosés, notre société moderne ne laisse certes pas manquer les romanciers de modèles pathologiques. Il n'en demeure pas moins faux de mettre toujours ces derniers en vedette L'homme cultivé et hautement doué, lorsqu'il est bien équilibré, s'adapte, en somme, fort bien dans le mariage et n'est pas toujours si difficile. Cependant il faut reconnaître que le mariage devient peu facile si on exige de lui un idéal trop élevé. Avec la prudence qui le caractérise, Westermark ne répond pas à la question de savoir si le mariage diminuera encore progressivement dans l'avenir.

Cnlte des vierges. — Sainteté du célibat. — Chez beaucoup de sauvages règne l'idée singulière que quelque chose d'impur se rattache aux rapports sexuels, ce qui leur fait recouvrir ces der-

niers fin voile de la honte. Le célibat ordonné par plusieurs religions dérive d'idées de ce genre.

Beaucoup de peuples ont voué un culte aux vierges, ainsi les Romains aux Vestales. La mère de Bouddha fut déclarée sainte et pure, Bouddha ayant été conçu, d'après la légende, d'une façon surnaturelle. Il est interdit à un moine bouddhiste consacré d'avoir des rapports sexuels, même avec les animaux! Le célibat de certains prêtres existe aussi en Chine.

Chez les Hébreux, en particulier chez les Esséniens, l'idée de l'impureté du mariage avait pris pied, ce qui a sans doute fortement influencé le christianisme. C'est ainsi que saint Paul place le célibat au-dessus du mariage, et voilà comment s'implanta chez les Pères de l'Eglise l'idée que la répression de toute sensualité était une vertu céleste cardinale, et que Dieu avait projeté dans le paradis une reproduction asexuée du genre humain, projet qui fut mis à néant par la chute d'.A.dam. Les hommes demeurés purs auraient été immortels. « La terre est remplie de mariage et le ciel de virginité », dit Jérémie. Telles sont les idées qui ont donné naissance à l'obligation du célibat pour les prêtres.

WestermarR pense que l'idée d'impureté attachée aux rapports sexuels est peut-être dérivée de la répugnance instinctive qu'éprouvent les membres d'une même famille à avoir entre eux des rapports sexuels. Bannis du cercle de la famille, ces rapports s'entacheraient d'un stigmate qui blesse la pudeur, et, par une association d'idées fréquente chez les humains, ce stigmate s'étendrait au mariage légal hors de la famille. Du reste, le célibat religieux se complique de conceptions ascétiques, et l'idée de l'impureté des rapports sexuels n'est nullement générale.

Pour mon compte, je crois plutôt que la jalousie naturelle aux deux sexes les a poussés peu à peu à limiter les rapports sexuels à l'intimité et à les cacher. Or, l'homme a honte de tout ce qu'il cache, et nous verrons dans un instant que le sentiment de la pudeur se rapporte à toutes les parties du corps que l'on tient cachées, quelles qu'elles soient. Ce simple fait suffit pour faire considérer le coït comme impur, et je ne crois pas qu'il faille aller chercher plus loin pour expliquer l'idée dont il s'agit.

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