‹ La question sexuelleChapitre 60 sur 190 · SENTIMENT DE HONTE DES ORGANES GÉNITAUX · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE HONTE DES ORGANES GÉNITAUX

autres les femmes qui, selon la coutume, vont absolument nus. A l'origine, les vêtements n'ont été employés que comme parure ou pour se protéger contre le froid. Les Massais seraient honteux de cacher leur pénis, et ils trouvent très convenable de le montrer. D'autres sauvages revêtent seulement le gland d'un petit capuchon; ils se cachent pour uriner, mais se croient en tenue de salon dès qu'ils ont habillé leur gland. Les ceintures et autres vêtements des femmes sauvages servent de parure et de moyen d'attraction; ils n'ont rien à faire avec la pudeur. Dans une société où tout le monde va nu, la nudité semble toute naturelle et ne provoque ni érotisme, ni honte. La coutum.e d'orner les organes sexuels sert, par contre, alors de puissant moyen d'attraction, chez l'honmie comme cliez la femme. En réalité, les courtes robes transparentes d'une danseuse de ballet sont bien plus impudiques que la nudité des femmes sauvages. Un grand naturaliste a dit que certains voiles provoquent bien autrement l'appétit sexuel que la nudité. Snow remarque avec raison que le commerce avec des sauvages nus excite beaucoup moins la sensualité que la société des dames élégantes plus ou moins complètement habillées dans les salons. Read dit même : « Rien n'est plus moral ni moins propre à exciter les passions, que la nudité. » Il va sans dire que cette assertion n'est exacte que lorsque la nudité est complètement entrée dans les coutumes, car, en matière sexuelle, c'est toujours le nouveau qui attire.

Des personnes pieuses ont cru rendre les sauvages pudiques en les habillant; elles ont produit l'effet contraire. Les femmes sauvages trouvèrent scandaleux et lionteux de recouvrir leurs organes sexuels. Le naturaliste Wallace trouva chez une peuplade une jeune fille qui possédait une petite robe, mais qui avait aussi honte de s'en revêtir qu'une de nos dames aurait honte de se déshabiller devant des étrangers.

Ce n'est que par suite de l'habitude de se vêtir que la nudité provoque l'appétit sexuel. Cette habitude provoque artificiellement et relativement à la nudité un sentiment de pudeur, qui augmente progressivement d'intensité et qui est surtout marqué chez les femmes âgées. Ce n'est souvent pas tant une longue habitude que le sentiment du délabrement progressif de leurs charmes, tiui pousse ces dernières à se couvrir d'autant plus soigneusement qu'elles vieillissent davantage. Cela est dû en partie au sentiment esthétique instinctif de la femme.

Chez les sauvages on observe des orgies, des festins et des fêtes à l'occasion desquels ils recouvrent leurs organes sexuels de certains objets, en particulier de tabliers, moyen qui sert aux femmes à exciter l'appétit sexuel des hommes. En somme, on trouve chez les sauvages la nudité complète plus fréV^uemment chez la femme que chez l'homme, qui, lui, se revêt souvent de quelques misérables haillons.

Plus tard, lorsque le vêtement entra dans les mœurs, la nudité devint attrayante et fut considérée comme honteuse. C'est ainsi que les Chinoises ressentent de la honte à montrer leurs pieds, les Mahométanes leur visage, quelques sauvages même le bout de leurs doigts.

Certaines coutumes, comme la circoncision (excision du prépuce des garçons) chez les Juifs, les Polynésiens, les Australiens, etc., l'allongement artificiel des petites lèvres de la vulve chez les Hottentotes, les Malaises et les Indiennes de l'Amérique du Nord, tirent leur origine, d'après Westermark, de l'intention d'exciter l'appétit sexuel des hommes ou de leur fournir de la variété dans la jouissance. Plus tard seulement la routine, qui sanctifie tout, transporta ces coutumes dans le culte religieux. Il est possible cependant que chez les Juifs, qui sont une race pratique, l'avantage hygiénique de la circoncision ait été pour une part dans sa transformation en rite.

En résumé, tout ce qui déroge à un usage entré dans les mœurs excite le sentiment de la honte ou de la pudeur, non seulement dans le domaine sexuel, mais encore dans d'autres. La plupart des enfants ont honte de ne pas agir exactement comme leurs camarades ou comme leurs frères ou sœurs, et ils sont très gênés s'ils sont obligés d'agir autrement qu'eux. Tous les sentiments de pudeur sexuelle reposent sur des conventions. Des femmes sauvages éclatèrent de rire, lorsque les compagnons nus de Livingstone leur tournèrent le dos par pudeur. Le sentiment de la pudeur repose donc uniquement sur l'infraction exceptionnelle commise envers une coutume ancienne. Voilà pourquoi toute manière d'être inaccoutumée de l'un des sexes (surtout de la femme) tend à offenser les sentiments de pudeur et excite très ordinairement l'appétit sexuel de l'autre sexe, toutes choses égales d'ailleurs.

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