MARIAGES CONSANGUINS
naires, pour ne citer qu'un chiffre. On peut souvent se demander, il est vrai, si le préjudice dû à la consanguinité ne repose pas sur l'accumulation de certaines tares pathologiques.
Westermark est obligé d'accorder qu'il est très difficile de démontrer clairement que les mariages consanguins soient préjudiciables chez l'homme. Il ne faut pas s'en étonner. La consanguinité dont nous pouvons prouver l'effet pernicieux chez les animaux se rapporte à des unions longtemps perpétuées entre parents et enfants ou frères et sœurs. Or, ce fait ne se produit pour ainsi dire jamais chez l'homme. On a pu perpétuer des animaux et des plantes pendant plusieurs années dans la consanguinité la plus concentrée sans qu'ils aient dégénéré. Chez les Perses et les Egyptiens, les unions intimes ont longtemps duré sans produire de dégénération.
D'un autre côté, les éleveurs d'animaux nous apprennent qu'une seule goutte de sang, c'est-à-dire de .sperme, étranger suffit pour dissiper les effets nuisibles de la consanguinité. Or. chez l'homme, les incestes même les plus fréquents sont toujours interrompus dans leur lignée par quelque union étrangère. Les Ptolémée, qui épousèrent presque toujours des sœurs, des nièces ou des cousines, vécurent longtemps et furent loin d'être inféconds. A Ceylan, les Weddas perpétuent leurs unions consanguines. L'aliénation mentale est rare chez eux, mais ils sont petits, peu féconds et tendent à s'éteindre.
En Europe, on a beaucoup discuté la question des mariages entre cousins germains, et on a constamment cherché à prouver qu'ils étaient préjudiciables. Néanmoins, lorsqu'on examine la question sans parti pris, on finit toujours par découvrir que les préjudices qu'on leur attribue ne proviennent pas de la consanguinité, mais de certaines tares pathologiques prononcées, telles qu'aliénation mentale, hémophilie, etc., qui naturellement se perpétuent par des unions consanguines lorsqu'elles sont accumulées dans une famille, aussi bien qu'elles le font lorsque deux aliénés ou deux hémophiles de familles différentes se marient. Ce ne sont donc pas les unions consanguines en elles-mêmes unions toujours accidentelles chez l'homme et interrompues par d'autres, mais la reproduction héréditaire de tares pathologiques d'origine souvent blastophthorique, qui sont la véritable cause du mal. Les relevés statistiques faits sur les aliénés, par exemple, ont nettement prouvé que les unions entre cousins germains ne jouent aucun rôle dans les causes de l'aliénation mentale.
Influencé encore, sans doute, par l'opinion générale, Westermark cherche malgré tout à croire à quelque répulsion instinctive de l'homme pour les unions consanguines. Si dans notre société moderne de pareilles unions, perpétuées entre parents, enfants, frères et sœurs, se produisaient encore comme chez tant d'animaux, je lui accorderais qu'elles pjeuvent nuire à l'espèce. Mais, en considérant notre société moderne si profondément cosmopolite, mêlée et métissée, il m'est impossible de lui faire cette concession. Je dois, au contraire, affirmer que les unions isolées qui ont encore lieu entre parents dans nos pays civilisés constituent de telles exceptions qu'elles n'offrent pas le moindre danger, sauf, comme je l'ai dit, chez les familles de dégénérés. Il ne s'agit donc là que d'une superstition. Ce dont nous avons à nous défendre, c'est des unions entre individus pathologiques et des influences blastophthoriques. N'oublions pas, comme je l'ai dit, que beaucoup de dégénérés et d'idiots offrent une grande tendance patliologique à l'inceste, et c'est là, sans doute, ce qui a fait confondre l'effet avec la cause.
Westermark lui-même nous fournit un exemple frappant. Depuis les temps les plus reculés les habitants de la commune de Bats, qui se compose de trois mille trois cents âmes, se marient tous entre eux. Pourtant cette population est très saine et très vigoureuse et ne donne aucun signe de dégénérescence.
D'un autre côté, nous avons vu les contrastes produire un effet mutuel attractif dans le domaine de l'amour, tandis que les grandes ressemblances se repoussent plutôt. Bernardin de Saint-Pierre a dit que l'amour naissait des contrastes, et que plus ces derniers sont grands, plus l'amour est fort. Schopenhauer, de son côté, nous dit ce qui suit : « Tout individu recherche chez l'autre sexe des particularités qui contrastent avec les siennes; l'homme le plus mâle recherche la femme la plus femme, tandis que les hommes petits et faibles aiment les femmes grandes et fortes; les gens au nez plat ou camus préfèrent les longs nez, les hommes grands et maigres recherchent les femmes trapues et plantureuses. Tout cela augmente la fécondité. » Cet instinct suffit déjà à protéger l'humanité contre la consanguinité, chaque sexe recherchant instinctivement les contrastes que cette dernière affaiblit.