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ROLE DU SENTIMENT ET DU CALCUL DANS LA SÉLECTION SEXUELLE

§11. — Rôle dvi sentiment et du calcul dans la sélection sexuelle.

La jeunesse, la beauté, la santé, la parure et le flirt excitent l'appétit sexuel. Beaucoup d'autres sentiments accessoires viennent s'y ajouter, tels que l'admiration, le plaisir de la possession, le respect, la pitié, le contentement de soi. etc. L'inclination est un élément important, mais nullement nécessaire de l'union sexuelle.

Dans les étapes inférieures du développement de l'humanité la tendresse envers les enfants est bien plus forte que l'amour mutuel des sexes. Chez beaucoup de sauvages l'amour de l'homme pour sa femme fait complètement défaut, de môme que celui de la femme pour son mari. Là, le mariage repose uniquement sur des convenances réciproques, sur le désir d'avoir des enfants, et il profite à la fois à la commodité personnelle et à la satisfaction d'un appétit sexuel purement animal. On voit pourtant chez ces mêmes peupiles les parents aimer tendrement leurs enfants. Le mari a le droit de battre sa femme, mais la femme est considérée comme criminelle ou comme dénaturée si elle bat ses enfants Chez les Indiens de l'Amérique du Nord, par exemple, l'amour conjugal est pour ainsi dire inconnu. Par contre, chez d'autres peuples sauvages, ainsi chez les Touaregs, les Niam-Niams, les Néo-Galédoniens. les Tonganais et les Australiens entre autres, les époux ont l'un pour l'autre une affection profonde, et l'on voit même souvent le mari se tuer à la mort de sa femme. En somme, les sentiments d'affection des époux sont plutôt le résultat d'une longue vie sexuelle commune, et ils sont surtout cimentés par l'amour des parents pour les enfants.

En général, l'inclination mutuelle des époux l'un pour l'autre s'est développée, chez les peuples cultivés, parallèlement à l'altruisme en général. La tendresse et raffinement de l'amour, tels qu'ils existent aujourd'hui chez les peiuples modernes hautement civilisés, étaient inconnus de la plupart des sauvages et des anciennes civilisations. En Chine, il est de bon ton de battre sa femme, et lorsqu'un Chinois pauvre traite celle-ci avec ménagement, c'est pour n'être pas obligé d'en acheter une autre. Ce que l'Arabe entend par amour n'est que l'appétit sexuel et chez les anciens Grecs il en était à peu près de même.

Dans l'Europe civilisée la culture de l'esprit progresse dans le sens de l'égalité de droits entre les deux sexes, de sorte que l'homme considère de plus en plus sa femme comme une compagne, qui est son égale et non plus son esclave. La communauté des intérêts, des opinions, des sentiments et de la culture constitue une condition préalable pour les sentiments de mutuelle sympathie et favorise l'inclination. Sans doute, l'excitation de l'appétit sexuel par des contrastes agit ici comme force antagoniste; mais le contraste ne doit donc pas être tel qu'il arrive à exclure la sympathie.

Une trop grande différence d'âge est dangereuse pour l'inclination, car elle fait trop diverger les intérêts et les buts de la vie. Un degré d'éducation et un niveau social analogues favorisent aussi l'amour, ce qui tend à conserver les classes. Il est rare qu'un homme bien élevé devienne amoureux d'une paysanne, ou un ouvrier d'une femme de haute éducation, autrement que par pure sensualité. Les hommes évitent, en général, de se marier avec des individus d'une autre race ou d'une autre religion.

L'endogamie et l'exogamie ne forment pas non plus un contraste aussi absolu qu'on pourrait le croire à première vue. Même chez les peuples exogames, il existe une limite qu'on ne doit pas dépasser. Ces peuples interdisent même souvent le mariage avec des individus d'une autre race. Chez les Arabes, par exemple, l'instinct de la séparation ethnique est si fort et si puissant que la même femme bédouine, qui se prostituera sans sourciller pour de l'argent avec des Turcs ou des Européens, se croirait déshonorée en épousant l'un deux. C'est ainsi encore que les mœurs arrivent à produire une endogamie de caste et de classe chez le même peuple : tel est le cas de la noblesse. Dans l'ancienne Rome il était interdit à un patricien d'épouser une plébéienne. On rencontre parfois une endogamie du même genre d'origine religieuse, par exemple chez les Juifs.

Les enfants sont une richesse pour l'homme de basse culture, tandis qu'ils deviennent un fardeau pour l'homme cultivé. Malgré cela, l'homme naturel désire ardemment des enfants. En Suisse, les deux cinquièmes des divorces se produisent dans les unions stériles, bien que ces dernières ne constituent qu'un cinquième de tous les mariages.

Le calcul étouffe souvent les sentiments lorsqu'il devient la base du mariage. Nous vivons aujourd'hui sous l'empire de Mammon et il en résulte que l'influence de l'amour, de la force, de la beauté,

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