‹ La question sexuelleChapitre 67 sur 190 · FORMES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

FORMES DU MARIAGE

Elle existe chez beaucoup d'animaux, mais surtout chez les animaux inférieurs, chez lesquels l'instinct sexuel du mâle n'est lié à aucun souci, ni de sa femelle, ni de sa progéniture. La promiscuité est encore plus naturelle lorsque la femelle ellemême ne s'inquiète plus de sa couvée dès qu'elle a pondu ses œufs. Néanmoins, chez la plupart des animaux, la femelle se contente d'un accouplement avant chaque dépôt d'œufs ou avant chaque portée de petits, de sorte que la promiscuité pure n'est pas du tout si fréquente qu'on le croirait au premier abord. Chez l'homme par contre, elle atteint son apogée dans la prostitution, qui est la seule forme absolument complète de la promiscuité. Or, les suites de la prostitution pour la conservation de l'espèce, c'est-à-dire pour le but proprement dit de toute union sexuelle, sont de nature absolument destructive.

La polygamie ou polyç/ynie était licite chez la plupart des anciens peuples, et elle l'est encore aujourd'hui chez la plupart des sauvages et chez plusieurs nations civilisées; mais elle offre diverses variétés.

Au Mexique, au Pérou, au Japon, en Chine, l'homme ne possède qu'une femme légitime, mais à côté d'elle plusieurs concubines, dont les enfants sont considérés comme aussi légitimes que ceux de son épouse La polygamie a existé légalement chez les Juifs jusqu'au moyen âge. Le roi Salomon possédait sept cents épouses et trois cents concubines. Dans les pays islamites, les Juifs sont aujourd'hui encore polygames. Le Coran permet à ses croyants quatre femmes et autant de concubines qu'ils veulent. Ces dernières ne jouissent pas de la protection de leur père: à part cela, elles ont les mêmes droits que les femmes légitimes. Les Hindous et les Persans sont polygames. Les Romains étaient strictement monogames, mais ils avaient des concubines.

Dans l'Europe chrétienne, la polygamie a été occasionnellement permise ou tolérée. Saint Augustin ne la condamne pas. Luther permit au Landgraf Philippe de Hesse d'épouser deux femmes, et après le traité de Westphalie, par suite du dépeuplement de l'Allemagne, la bigamie fut permise. Les maîtresses des princes actuels sont un reste de polyganjie. Jésus ne s'étant nulle part exprimé sur la polygamie, Luther ne l'a pas interdite.

Les Mormons l'ont introduite dans leur religion. Le roi nègre de Loango nous montre à quel degré peut en arriver la polygamie chez les princes et chez les chefs, car il possède sept mille épouses,

tandis que les chefs des naturels des îles Fidji se contentent de vingt à cent.

Parmi les peuples sauvages, on trouve la monogamie légale chez les naturels des îles d'Andaman et des Nicobares, chez les Touaregs, les Weddas, les Iroquois, les Wyandotés, même chez quelques tribus australiennes. Chez d'autres, la polygamie n'est permise qu'aux chefs. Mais la plupart des gens du peuple sont) monogames, même chez les peuples polygames. Il y bien peu de peuples chez lesquels tous les hommes possèdent plusieurs femmes. Dans l'Inde, 95 p. 100 des Islamites sont monogames, et en Perse même 98 p. 100. Presque partout, la polygamie effective est un privilège des chefs, des princes et des gens riches.

Les deux faits suivants dénotent, en outre, chez les peuples polygames une tendance à la monogamie :

1° Une des femmes, en général la première, a des prérogatives sur les autres;

2** En réalité, l'homme polygame donne presque toujours ses préférences sexuelles à une seule ou à un petit nombre de ses femmes. Il existe cependant certains peuples polygames chez lesquels le mari est tenu d'avoir des rapports sexuels avec chacune de ses femmes en suivant un programme régulier, c'està-dire en se consacrant à chacune d'elles pendant quelques jours, semaines ou mois consécutifs, à tour de rôle. Chez beaucoup d'autres, au contraire, nombre de femmes mariées demeurent en réalité vierges, parce que le mari ne veut pas d'elles; elles ne sont au fond que des domestiques. Le plus souvent, chez ces peuples, le mari ne prend une seconde femme que lorsque la première est devenue vieille, ce qui fait que la bigamie devient chez eux la forme ordinaire du mariage.

Les Singalais étaient polyandres avant la conquête anglaise, et jusqu'à sept hommes avaient une femme en commun; mais la polyandrie règne surtout au Thibct. Chez les peuples polyandres les maris ne sont pas tous sur le pied d'égalité; quelques-uns ont une situation inférieure, correspondant à peu près à celle des concubines, nouveau signe de la tendance à la monogamie.

Chez les Todas, le mariage jiar groiijjes est constitué comme suit. Tous les frères sont les époux de la femme de l'aîné, et toutes les sœurs de cette femme sont en même temps les femmes de leurs beaux- frères. Si nous exceptons la prostitution, ce cas est, chez l'homme, le seul qui se rapproche de la promiscuité. Le mariage

Page 1