‹ La question sexuelleChapitre 68 sur 190 · FORMES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

FORMES DU MARIAGE

par groupes constitue cependant une promiscuité extrêmement restreinte.

En résumé, c'est donc la monogamie qui en fait est la forme de mariage de beaucoup la plus répandue. Cela s'explique par le nombre relatif des hommes et des femmes. On a souvent prétendu que le nombre des individus des deux sexes était à peu près le même et on en a tiré un argument en faveur de la monogamie. Le fait est cependant inexact. Tantôt ce sont les hommes, tantôt et le plus souvent ce sont les femmes qui prédominent. Chez les Nez-percés de l'Orégon on trouve sept cents hommes pour onze cent quatre-vingt-cinq femmes. Chez les Punkas et chez d'autres peuples, le nombre des femmes est deux ou trois fois plus grand que celui des hommes. A Kotcha-Hamba on ne trouve même qu'un seul homme pour cinq femmes. Chez quelques autres peuples on trouve, au contraire plus d'hommes que de femmes, surtout en Australie, en Tasmanie et à Taïti. Dans cette dernière île on ne trouve même qu'une femme pour cinq hommes. Au Cachemire, il y a trois hommes pour une femme. Chez les nègres, au contraire, les femmes prédominent, jusqu'à atteindre la proportion de trois femmes pour un homme, mais elle est, en général, seulement de une et demie pour un homme.

En Europe, il naît en moyenne plus de garçons que de filles. Mais dès l'âge de quinze à vingt ans les nombres s'égalisent, et, au-dessus de vingt ans, ce sont les femmes qui prédominent. Ce phénomène est dû à la plus grande mortalité des hommes, laquelle à son tour provient des guerres, des dangers plus grands que présentent les métiers masculins et surtout des habitudes alcooliques de l'homme. Dans les quinze plus grandes villes de la Suisse l'alcoolisme est la cause directe ou indirecte de la mort chez 10, 5 p. 100 des hommes au-dessus de vingt ans (Bureau fédéral de statistique).

Chez les peuples tout à fait sauvages, on voit souvent les femmes prendre part à la guerre; telles sont les amazones du Dahomey. Puis les deux sexes boivent tous deux ou aucun d'eux ne boit, ce qui égalise les chances Là où les hommes prédominent, le fait provient souvent de l'infanticide commis sur les petites filles et aussi de la façon dont les femmes sont surchargées de travail. Chez les Singalais, la nativité des garçons est certainement supérieure à celle des filles, tandis qu'en Asie Mineure, au contraire, deux filles, en Arabie même quatre filles, naissent pour un garçon.

L'Arabe dit: « Allah nous a donné plus de femmes que d'hommes; il est donc bien clair que la polygamie est un commandement divin. »

Production des sexes à volonté. — Nous voulons toucher en deux mots la question des causes de la production des sexes. Il ne manque certes ni d'hypothèses, ni d'assertion, ni même d'expériences sur ce sujet Mais nous sommes obligés d'avouer que jusqu'ici nous ne savons rien de certain à cet égard. On n'a pas encore réussi à produire expérimentalement chez les animaux des mâles ou des femelles à volonté. On a fait beaucoup de bruit autour d'une théorie d'après laquelle la superalimentation ferait produire des femelles, et le jeûne ou l'alimentation insuffisante des mâles. Quoique le fait paraisse se produire dans certains cas chez quelques animaux, il n'est encore nullement prouvé d'une façon positive.

On a eu recours à la sélection, qui produirait chaque fois, dit-on, le sexe dont le nombre est insuffisant. Ici encore les preuves manquent. On prétend que les forts croisements tendent à produire des femmes, les mariages consanguins, par contre, des hommes. En fait, les peuples métis offrent un excédent assez considérable de naissances féminines, tandis que les peuples où les mariages sont très consanguins et les tribus polyandres offrent un nombre supérieur de naissances mâles. Il vaut beaucoup mieux laisser cette question pendante jusqu'à ce que la science nous ait fourni des preuves concluantes. Certains résultats obtenus chez les animaux inférieurs font espérer que l'avenir jettera plus de lumière sur ce point.

Polygamie et monogamie. — Les coutumes du mariage ne sont du reste pas toujours en rapport avec l'excès de naissances de l'un des sexes. Les peuples chez lesquels les hommes prédominent ne sont pas toujours polyandres, et ceux chez lesquels les femmes sont en excès ne sont pas toujours polygames. Le contraire existe même parfois, sans qu'on puisse cependant nier l'influence du nombre des naissances. La polygamie n'est donc pas toujours due au surplus des naissances de filles ou à la mort de beaucoup d'hommes, mais souvent aussi à des prescriptions religieuses; il en est ainsi chez les Mormons et les Islamites. Dans la polyandrie, la pauvreté joue souvent un rôle plus grand que les mariages consanguins et le surplus des naissances mâles. La prescription reli-

giease de la continence du mari pendant les règles, la grossesse et même la période d'allaitement de ses femmes, période qui dure souvent de deux à quatre ans chez les sauvages, est une cause importante de polygamie. A Sierra-Leone, le coït du mari avec sa femme, accompli avant que l'enfant dernier-né puisse marcher, est considéré comme un crime.

Quoique très avantageuse à l'hygiène de la femme, la coutume dont nous venons de parler repose uniquement sur des idées religieuses et sur des superstitions (ensorcellement, etc.), nullement sur des notions hygiéniques. Beaucoup de sauvages considèrent en effet comme impure et ensorcelée toute femme qui a ses règles, qui est enceinte ou qui allaite. Si nous ajoutons à ce fait celui que, traitées comme des bêtes de somme, les femmes des sauvages vieillissent très vite, nous comprendrons facilement ce qui pousse en ce cas l'homme à la polygamie. Nous pouvons à peine concevoir la rapidité avec laquelle vieillit la femme sauvage. Elle n'est guère fraîche que de treize à vingt ans. Dès vingt-cinq ans elle est vieille et stérile, et, peu de temps après, elle a l'aspect d'une vieille sorcière, ce qui provient bien moins de ses rapports sexuels précoces que de l'horrible et dur travail qui pèse sur elle et du temps considérable pendant lequel elle est obligée d'allaiter ses enfants.

Une autre cause de la polygamie est le désir de changement propre à l'homme. Les nègres d'Angola échangent leurs femmes, disant qu'ils ne peuvent jouir longtemps du même mets. L'instinct de la procréation, l'amour de la gloire et des richesses concourent encore, comme nous le disions, de même que la stérilité de maintes femmes, à propager la polygamie. Certains peuples ne la tolèrent que lorsque la femme est stérile ou n'a que des filles, ce qui prouve nettement qu'ici elle repose sur la crainte de demeurer sans rejetons mâles.

En somme, les femmes sauvages, par exemple les Indiennes, sont moins fécondes que les civilisées, ce qui provient surtout de leur longue continence pendant les deux à quatre ans d'allaitement de chaque enfant. Si nous ajoutons la grande mortalité des enfants, nous comprendrons comment la polygamie détient chez ces peuples une arme pour la reproduction clans la lutte pour la vie et même, chez les peuples africains, une loi naturelle. Un indigène de l'Afrique centrale peut facilement avoir cent femmes, car ce sont elles qui l'entretiennent et qui sont ses servantes. Là, les femmes remplacent les ouvriers, et la polygamie est l'expression de la grandeur, de la richesse et de la considération. Elle est surtout

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développée chez les peuples agricoles, à cause de la valeur qu'a pour eux le travail de la femme, travail qui représente Taccumulatiou de la propriété. Elle est au contraire impossible chez les peuples nomades et pauvres. La question de l'alimentation est ici décisive. Au Dahomey, le roi avait des milliers de femmes, la noblesse des centaines, le simple citoyen une dizaine, et le pauvre soldat point du tout.

La jalousie et la rivalité des femmes ne régnent pas toujours dans les familles polygames. Dans l'Afrique équatoriale, les femmes poussent elles-mêmes à la polygamie et traitent d'avare un homme qui, bien que riche, restreint le nombre de ses épouses. Livingstone raconte que les femmes de Makololo déclaraient ne pas vouloir vivre en Angleterre où règne la monogamie, car tout homme respectable devait prouver sa richesse par un nombre considérable de femmes N'oublions pas que chez la plupart des sauvages la notion morale de bien et de mal se confond avec celle de richesse et de pauvreté En réalité, les femmes surnuméraires qu'achète un grand polygame sont de simples esclaves. Sa puissance et son autorité ne permettent pas facilement à la jalousie d'éclater entre elles; néanmoins, elles ne suffisent pas dans beaucoup de cas, et le suicide de vieilles femmes, désespérées de s'en voir préférer de plus jeunes par leur mari, n'y est pas rare. Parfois elles tuent en même temps leurs enfants, et les empoisonnements sont assez fréquents. Chez les Indiens de la Terre de Feu, une hutte contenant trois ou quatre femmes ressemble souvent à un champ de bataille. Nous avons déjà signalé la façon dont les femmes jalouses des îles Fidji mordent et coupent le nez de leurs rivales. Chez les Islamites et les Hindoues, les intrigues et la jalousie régnent aussi parmi les femmes. Il en est de même en Abyssinie, chez les Hovas de Madagascar et chez les Zoulous. Le terme hova désignant la polygamie est rafy, ce qui veut dire « adversaire! »

Pour prévenir la jalousie de ses femmes, l'homme polygame loge souvent chacune d'elles dans une maison particulière. Le cas est fréquent chez les Indiens de l'Amérique du Sud..

J'ai fait en Colombie la connaissance d'un explorateur français, M. le comte de Brcttes, qui a étudié de très près les Indiens Goajires en devenant lui-même membre de leur tribu. Le pays des Goajires est une Péninsule de la Colombie, limitrophe du Venezuela. La polygamie des Goajires est très intéressante. Lorsqu'un

jeune Goajire désire se marier, il doit payer sa fiancée aux parents de celle-ci, en leur fournissant nombre de pièces de bétail, mais le consentement de la jeune fille est de rigueur pour que le mariage puisse être conclu. En outre, le fiancé est tenu de défricher plusieurs ares de forêt, d'y planter des légumes, du maïs, etc., et d'y bâtir un rancho. Il doit ensuite faire cadeau de tout cela à sa femme, si chèrement achetée, et y ajouter le bétail nécessaire. C'est l'épouse, et non son mari, qui devient ainsi propriétaire légale de la maison et des terres: c'est elle qui régit tout le domaine. Le mari n'a de droit que sur ses enfants mâles, mais sa femme est strictement tenue de lui être fidèle. S'il veut épouser une seconde femme, il est obligé de Tacheter aussi et de lui fournir les mêmes objets qu'à la première, dans un autre endroit. Jamais les deux femmes ne peuvent séjourner ensemble dans la même maison ou dans le même domaine; chacune d'elles est donc propriétaire pour son compte. De cette façon, les différentes femmes d'un Goajire polygame sont non seulement indépendantes, mais séparées les unes des autres et n'ont aucun rapport entre elles, ce qui exclut toute jalousie, d'autant plus que ces femmes respectent profondément les lois de leur pays. Dans de pareilles conditions, la polygamie ne peut guère s'étendre à plus de deux femmes sans épuiser entièrement les forces dont un homme a besoin pour cultiver les domaines de chacune d'elles. On voit donc que certaines formes de la polygamie, combinées au matriarcat, sont compatibles avec une position sociale élevée de la femme, car chez les Goajires et d'autres tribus indiennes, dont les mœurs sont analogues, l'homme joue plutôt le rôle d'un voltigeur qui passe d'une femme à l'autre, tandis que c'est la femme qui est reine et maîtresse à la fois de la maison, des enfants et du domaine.

Cependant on peut dire qu'en somme la monogamie règne d'ordinaire là où il existe plus d'altruisme, de respect de la femme et de sentiment délicat des liens de famille : ainsi au Nicaragua, chez les Djakes, les Andamanais, etc., chez lesquels la femme est très estimée et possède une influence sur la politique. La femme est aussi propriétaire de la maison chez les Santales et chez les Mounda-Kols.

Dans la question qui nous occupe, la nature des passions amoureuses joue aussi un grand rôle. Lorsqu'elles sont purement sensuelles et n'ont pour objet que les attraits extérieurs et corporels, ces passions ne durent ordinairement pas longtemps. Mais lorsque

l'amour est né d'affinités mentales et de leur harmonie, il peut se prolonger jusque dans la vieillesse. Bain fait remarquer que d'autres passions, telles que l'amour maternel, la haine, le besoin de domination, peuvent s'étendre à de nombreux objets, tandis que l'amour a une tendance à se concentrer sur un seul, qui prend alors une prééminence absolue sur tous les autres et pousse ainsi à la monogamie. Nous avons vu les oiseaux et les singes n'aimer en général qu'une femelle. Chez quelques-uns, l'amour conjugal est tel que l'un des époux ne peut survivre à l'autre. Le fait a été observé avec certitude, même lorsqu'on fournit au survivant un remplaçant pour le mort. C'est ainsi que le mâle d'un certain singe {Hapale jacc/ms), après s'être assuré de la mort de sa femelle, se cacha les deux yeux avec ses mains, cessa de manger et demeura clans la même position jusqu'à ce qu'il fût mort. Le suicide par amour n'est pas rare chez certains peuples sauvages. Nous reviendrons sur ce point.

Westermark a certainement raison en considérant pareille tendance de l'amour à se concentrer sur un unique objet comme l'un des plus puissants facteurs de la monogamie. La jalousie n'est sans doute pas autre chose que la contre-partie de pareils sentiments, c'est-à-dire le désespoir profond de voir l'objet unique de l'amour se détacher, ou même devenir infidèle. D'un autre côté, cette concentration de l'amour d'un conjoint pour l'autre, qui peut être excellente pour les familles isolées, des êtres vivant seuls à la façon des bêtes féroces, n'est nullement adaptée à une société dont tous les membres sont solidaires. Nous devons insister sur ce point. Il existe à coup sûr une antinomie réelle et bien difficile à concilier entre cet égoïsme à deux qu'est l'amour exclusif et concentré, et la solidarité sociale ou altruisme humain.

Le problème n'est pas insoluble, mais nous devons avouer ici que sa solution n'est pas facile.

En résumé, nous observons d'abord une évolution de la monogamie vers la polygamie. Les singes supérieurs et les hommes les plus primitifs sont monogames; on ne découvre encore chez eux ni différence de rang, ni antagonisme de classes, et ils vivent en très petits groupes. La richesse, la civilisation, les communautés plus considérables, l'agriculture et la domination des castes ont fait naître peu à peu la polygamie C'est ainsi que les anciens Hindous furent d'abord monogames et devinrent plus tard polygames. La

prérogative de la première femme sur les suivantes n'est qu'un vestige de monogamie dans la polygamie.

Un degré de culture plus élevé rendit ensuite les guerres plus rares, raccourcit la période d'allaitement, fit disparaître les préjugés qui régnaient contre le coït pendant la grossesse et améliora la position sociale des femmes, qui ne furent plus traitées comme des bêtes de somme. Vieillissant ainsi moins vite et ajoutant à ses charmes corporels ceux de son développement mental, la femme ramena l'homme à la monogamie. En même temps, les épouses et les enfants cessèrent peu à peu de constituer une richesse, ce qui diminua l'instinct de la procréation. Enfin les machines remplacent aujourd'hui de plus en plus le dur labeur des femmes de l'ancien temps. C'est ainsi que, dans un degré supérieur de la culture humaine, tous ces facteurs tendent à ramener la monogamie.

Les désirs instinctifs de la femme sont monogames. Les progrès de la civilisation étendent continuellement ses droits, et les sentiments toujours plus affinés de sympathie chez les civilisés actuels sont de moins en moins compatibles avec la polygamie. Quant à la polyandrie, Westermark montre qu'elle a toujours été une exception et qu'elle n'a pu se produire que chez des peuples doux et flegmatiques, ayant un certain degré de civilisation et ne connaissant pas la jalousie.

Spencer croit que l'avenir appartient à la monogamie, tandis que Lubbock penche pour la polygamie. Westermark pense que, si le progrès de la civilisation continue comme jusqu'ici à devenir plus altruiste et que si l'amour tend à s'affiner, les conjoints ayant toujours plus d'égards l'un pour l'autre, la monogamie deviendra toujours plus sévère.

Je crois, pour ma part, qu'il est oiseux de vouloir faire le prophète. Si la culture mentale arrive vraiment un jour à triompher de la grossièreté, de la barbarie et de la bêtise, et si elle continue à progresser véritablement, je ne crois pas qu'aucun des anciens systèmes de mariage persiste sous sa forme première. La monogamie primitive, adaptée à une condition de bête sauvage asociale, est incompatible avec les exigences sociales qui s'imposent de plus en plus à l'humanité. Le mariage par achat et la polygamie islamite, qui font de la femme une marchandise et la mettent entièrement sous la dépendance de l'homme, sont des coutumes barbares

de peuples demi-civilisés, coutumes qui sont déjà tombées en désuétude. La polyandrie est contraire à la nature humaine et aux besoins de la reproduction. Son implantation est partout un signe de décadence. Notre monogamie religieuse actuelle, complétée par la honteuse promiscuité de la prostitution, est à la fois hypocrite et malsaine. Jusqu'à preuve du contraire, nous considérons comme la forme du mariage la plus avantageuse pour l'avenir une sorte de monogamie (éventuellement de polygamie) libre, accompagnée d'obligations relatives à la procréation des enfants et aux enfants procréés. La polyandrie n'aurait qu'accessoirement un droit d'existence dans certains cas pathologiques ou exceptionnels. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

§ 16. — Durée du mariage.

Chez les oiseaux, le mariage est souvent conclu pour la vie, chez les mammifères rarement pour plus d'un an, à l'exception des singes anthropomorphes et de l'homme.

La durée du mariage varie énormément chez l'homme. Chez les Andamanais, les Weddas, certains Papous, le mariage ne peut être rompu que par la mort. Chez les Indiens de l'Amérique du Nord au contraire, il n'est conclu que pour un temps très limité. Chez les Wyandotés, il existe des mariages à l'essai pour quelques jours. Au Groenland, le divorce a souvent lieu au bout de six mois. Chez les Creekes, le mariage ne lie les époux que pour un an, etc. C'est ainsi que se constitue une sorte de polygamie par succession ou de monogamie à terme, qui fait que le père ne connaît pas ses enfants.

Chez les Botocudos, le mariage se conclut sans cérémonies et ne dure que peu de temps. On peut le rompre sous le moindre prétexte, pour se donner le plaisir de changer. Le divorce devient alors aussi fréquent que le mariage. C'est aussi le cas en Queensland, en Tasmanie, aux îles Samoa. Chez les Djakes et les Singalais, des hommes et des femmes tout jeunes ont déjà eu plusieurs femmes ou plusieurs maris. Souvent un homme épouse et répudie la même femme plusieurs fois de suite, pour en prendre d'autres dans les intervalles. Chez les Mantras, on trouve des hommes qui se sont mariés quarante et cinquante fois.

En Perse, une femme peut se marier pour une période comprise entre une heure et quatre-vingt-dix-neuf ans. En Egypte, on rencontre des faits analogues; un changement mensuel y est admis, de sorte qu'un homme peut se marier vingt à trente fois en deux ans. Chez les Maures du Sahara, les femmes considèrent comme high-life de se marier le plus souvent possible, et une longue communauté conjugale est considérée par elles comme vulgaire. Les Abyssins, les nègres, etc.. se marient à l'essai ou pour un temps déterminé. Chez les Grecs, les Romains, les anciens Germains, le divorce était très fréquent.

Chez presque toutes les peuplades sauvages et chez nombre de civilisées, l'homme possède un droit illimité de répudiation. Les Hovas comparent le mariage à un nœud très faiblement serré. Chez les anciens Hébreux, les Romains, les Grecs et les Germains, le mécontentement du mari était une raison suffisante de répudiation. Par contre, chez nombre de peuples sauvages (Westermark en cite environ vingt-cinq), la répudiation et le divorce sont extrêmement rares et le mariage dure toute la vie.

C'est surtout là où il existe des enfants que le divorce est rare. Chez la plupart des peuples, la stérilité de la femme et l'adultère constituent les causes ordinaires et principales du divorce légal.

Chez les civilisés, le mariage pour toute la vie est beaucoup plus fréquent que chez les sauvages. Tel était le cas des Aztèques, etc. Chez les Chinois il exLste sept raisons de divorce : P stérilité; 2'' impudicité; 3" négligence envers les beaux-parents; 4" bavardage; 5^ vol; 6" mauvaise humeur: 7° maladie chronique. Au Japon, les lois sont analogues. Malgré cela, le divorce est rare en Chine et au Japon.

Dans les pays chrétiens, le divorce était autrefois permis et il n'a été interdit que par le concile de Trente. Le catholique moderne dit ; « L'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni. » Chez beaucoup de sauvages, au contraire, le divorce est laissé à la volonté absolument libre des deux époux. Ailleurs, c'est tantôt l'homme, tantôt les deux époux, qui ont le droit d'exiger le divorce pour diverses raisons, telles que l'ivrognerie, l'adultère, la prodigalité, etc. En Europe, comme ailleurs, c'est le désir du changement qui est la raison la plus ordinaire du divorce.

Les enfants constituent le ciment le plus sûr contre les séparations conjugales. Chez la plupart des sauvages, la femme repu-

diée reprend non seulement sa dot, mais encore une partie de la propriété commune ou même cette propriété tout entière. Au contraire, on ne restitue, en général, à l'homme le prix d'achat de sa femme que lorsque la stérilité, l'adultère ou d'autres raisons graves sont causes du divorce. Il en résulte que le divorce est toujours très rare chez les peuples où les femmes sont très chères.

Le droit aux enfants après le divorce varie beaucoup selon les peuples. Tantôt ils sont adjugés à l'homme, tantôt à la femme. Les femmes divorcées deviennent souvent de simples prostituées, par exemple chez les Chinois et les Arabes. En général, les mariages par amour sont plus durables que les autres, surtout lorsque l'homme et la femme se connaissaient avant d'être mariés.

Comme la durée du mariage dépend beaucoup de sa forme, on pourrait croire que la monogamie est plus durable que la polygamie. Mais il n'en est nullement ainsi. La monogamie est souvent due au manque d'argent, et les hommes se dédommagent alors en changeant d'autant plus souvent.

Il est extrêmement probable que, chez l'homme primitif, le mariage ne durait que jusqu'à la naissance d'un enfant, ou tout au plus quelques années. Avec la civilisation, la durée du mariage s'est prolongée, des motifs de nature plus élevée étant venus s'ajouter à ceux de la beauté corporelle, de l'appétit sexuel et de l'instinct de la procréation, et pousser à des unions plus durables.

Des raisons morales ont fait naître des lois de protection du mariage; mais la manie qui pousse l'homme à dogmatiser sur tout a fait bien souvent dégénérer ces lois en abus ou en absurdités religieuses. C'est ainsi que la forme moderne de notre monogamie chrétienne a été imposée par un dogme tyrannique de l'Église romaine, dogme parti sans doute d'un point de vue idéal, mais tombé en désuétude dans la pratique par le fait qu'il ne tient pas assez compte des conditions naturelles ni des besoins sexuels de la race. Ainsi s'explique la tendance actuelle à une plus grande liberté légale, alors même que les causes morales qui tendent à rendre durables les unions monogames se multiplient avec les progrès de la civilisation.

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