SUR L'HISTOIRE DES RAPPORTS SEXUELS HORS MARIAGE
§ 17. — Coup d'œil sur l'histoire des rapports sexuels liors mariage.
Le mariage monogame existant chez les singes anthropomorphes, nous avons toutes raisons d'admettre qu'il existait chez les hommes primitifs. Ni chez les uns, ni chez les autres il n'a été le résultat de lois artificielles, mais le produit de la force brutale et d'instincts congénitaux hérités par évolution naturelle. Souvent un mâle {un homme) en battait ou en tuait un autre, et le vainqueur entrait en possession de la femelle 'la femme) du vaincu. D'autres enlevaient une femelle par surprise. Survenu beaucoup plus tard, le mariage par échange ou achat, dérivé du mariage par rapt constitua probablement la première étape vers une union légale monogame ou polygame en tant qu'élément des organisations humaines conventionnelles les plus primitives. Voilà comment nous pouvons nous représenter en quelques traits sommaires l'évolution préhistorique du mariage.
Dès que la notion du mariage prit un caractère social légal, soit celui d'une possession par l'homme, soit celui d'un contrat plus ou moins égalitaire entre les deux sexes, on conçoit aisément que les rapports sexuels hors mariage en résultèrent comme revers de la médaille ou, si l'on veut, comme complément inévitable. Toute barrière artificielle que l'esprit humain, qui cherche et raisonne, oppose aux instincts naturels, éveille immédiatement un mouvement d'opposition de la part de ces derniers. Les lois matrimoniales des peuples primitifs ou demi -civilisés eurent beau punir l'adultère de la façon la plus barbare par la torture et la mort, elles ne purent jamais empêcher nulle part les passions sexuelles de se frayer leur voie d'une façon ou d'une autre.
Bon gré mal gré on dut donc tolérer certains abus, certaines exceptions, ou même organiser certaines institutions complémentaires. Pour sauver cependant leur majesté, ces lois, de quelque nature qu'elles fussent, imprimèrent ordinairement à toutes les formes des rapports sexuels hors mariage le stigmate d'une certaine infériorité ou même celui du mépris, sinon du crime. Ce fut naturellement la femme qui, étant la plus faible, eut surtout à souffrir de ce stigmate et de ses conséquences.
La grande diversité des mœurs des différentes peuplades humaines fait que, pour éviter des erreurs, il faut bien se garder de généraliser sans de fortes raisons. D'un autre côté, nous ne pouvons entrer ici dans des détails qui nous conduiraient trop loin. On peut cependant affirmer que, chez les peuples inférieurs ou primitifs la force brutale joua le rôle principal et fut le soutien fondamental du mariage, tandis que dans les civilisations moyennes et supérieures la réglementation légale prit le dessus, quelque absurde ou même immorale qu'elle pût être.
Les formes illégales ou hors mariage des rapports sexuels ont toujours formé deux groupes principaux : la 'prostitution et le concubinat. Sans doute, de nombreuses nuances transitoires relient insensiblement ces deux variétés l'une à l'autre, mais, le mobile de leur développement reposant sur des principes différents, nous devons distinguer ces deux formes.
La prostitution est un métier dans lequel l'être humain vend son propre corps pour de l'argent, tandis que le concubinat repose sur des rapports sexuels hors mariage plus ou moins libres et dont le mobile est simplement l'appétit sexuel, la convenance ou l'amour, quoique parfois la violence y joue un rôle. Nous retrouvons donc au fond, dans les rapports sexuels hors mariage, les mêmes mobiles que dans les unions légales. Seule, la sanction légale ou religieuse manque.
Il va sans dire que les motifs qui poussent au concubinat peuvent être plus ou moins entachés de calculs intéressés. On voit dans toutes les civilisations le concubinat et la prostitution constituer le complément du mariage légal. Leur réglementation a même produit souvent ce singulier résultat, de les entourer d'un certain culte religieux ou même d'un nimbe moral.
A Babylone, toute femme devait une fois dans la vie se prostituer pour de l'argent à un étranger quelconque, au temple de Vénus. Le sage Solon fonda des maisons de prostitution pour le peuple et les fournissait d'esclaves, « afin de protéger la sainteté du mariage contre les passions de la jeunesse ».
Les Romains avaient aussi leurs maisons de prostitution ou lupanars, publics ou privés, ainsi que des prostituées libres [meretrices). Au moyen âge, la prostitution se développa surtout à la suite des croisades. On raconte que le concile de Constance