CAPACITÉ MOYENNE DU CRANE DE QUELQUES PEUPLES
Hommes Femmes Différence
Civilisés.
Demi-civilis.
Weddas
I Badois M8 crânes m. I ,5,3
Bavarois i
Malais <
Aino l
Race la plus inférieure: I 22 — m | t 10 -
Ces chiffres nous montrent que la différence entre les deux sexes est partout à peu près la même, tandis que le poids moyen absolu du cerveau chez les deux sexes est plus bas chez les races inférieures. Calculé à 87 p. 100 de la capacité crânienne, il est chez les Weddas de 1.111 grammes chez l'homme et de 991 grammes chez la femme, ce qui correspond au poids des cerveaux d'idiots ou de paralytiques généraux chez nous. M. R. Martin m'assure que, dans ses études des peuples de la péninsule de Malacca, il a trouvé entre les hommes et les femmes autant de différences que chez les Européens.
En moyenne, on peut, d'après M. R. Martin, diviser les hommes vivant actuellement en trois catégories, selon leur capacité crânienne :
Hommes. Femmes.
Aristencéphales (cerveaux sup.), Euencéphales (cerveaux moyens), Oligencéphales (petits cerveaux).
au-dessus de 1.450 gr,; au-dess. de 1.300 gr. 1.300 à 1.450 gr; 1.150 à 1.300 gr.
moins de 1.300 gr.; moins de 1.150 gr.
L'évolution de tout être vivant est double. Il faut distinguer : 1° son ontogénie, ou le cycle entier du développement de l'individu dès sa conception jusqu'à sa mort naturelle dans un âge avancé; 2*^ sa phylogénie, ou la série de toutes les formes organiques par lesquelles ont passé ses ancêtres, au moyen de transformations successives, depuis les cellules primitives des périodes géologiques les plus anciennes et les plus obscures, jusqu'à son organisation actuelle.
Dans les grandes lignes, l'ontogénie est déterminée par la phylogénie au moyen des lois énergétiques de l'hérédité ou de la mnème, lors même qu'elle n'en est pas une simple récapitulation abrégée, comme l'a dit Hseckel.
Considérée à ce point de vue, la vie sexuelle de l'homme actuel est donc aussi basée sur les conditions pliylogéniques déterminées par sa lignée ancestrale. En outre, elle offre une évolution individuelle ou ontogénique durant la vie de chaque personne, évolution prédéterminée dans le germe, pour ses traits principaux, par les énergies phylogéniques ou héritées de l'espèce. Les phénomènes de la mnème héréditaire nous font nettement comprendre comment l'ontogénie est le résultat de l'engraphie combinée à la sélection dans la série des ancêtres. Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises de ces faits, mais nous sommes obligés de revenir en bloc sur la question.
§ 1. — Phylogénie de la vie sexuelle.
Au chapitre II, nous avons parlé en quelques mots de la phylogénie en général ou du transformisme, et, au commencement
du chapitre IV, nous avons dit plus spécialement deux mots de la phylogénie de l'appétit sexuel. Le germe primitif de l'appétit sexuel remonte déjà au phénomène du partage des cellules et de la conjonction des noyaux des êtres unicellulaires, comme nous les avons décrits au chapitre premier. Pour se reproduire sans dégénérer, les animaux ont évidemment besoin de croisements, c'està-dire de combinaisons de germes différents, et pareilles combinaisons ne sont possibles que par l'attraction mutuelle de deux sortes de cellules germinatives. Mais, dès que l'individu devient multicellulaire, compliqué et porteur d'une seule des deux formes de germes, Ténergie attractive qui était autrefois l'apanage des cellules est obligée de se transmettre à l'organisme tout entier, ce qui entraîne la nécessité, soit d'un système spécial de transport passif des germes mâles (plantes), soit de l'existence de centres nerveux sensibles et moteurs.
L'attraction d'une des sortes de germes et de son porteur pour l'autre doit en outre être plus ou moins mutuelle. Elle se répartit cependant de façon différente dans la nature. Dans la règle, le porteur d'un des germes devient actif et pénétrant, celui de l'autre passif et récepteur. Pourtant, ce dernier, qui après l'accouplement, lorsqu'il existe, devient seul porteur de l'individu futur, est bien obligé de désirer son union avec le porteur actif de l'autre germe, afin que la reproduction devienne un tout harmonique. Telle est la base sur laquelle s'est fondée la reproduction sexuée et avec elle l'appétit sexuel, tant chez les plantes (en ce qui concerne la conjugaison cellulaire seulement) que chez les animaux, mais surtout parmi ces derniers, chez ceux où les germes sont portés par des individus à la fois mobiles et indépendants. C'est donc sur la même base que s'est développée la différence entre l'appétit sexuel de l'homme et celui de la femme, ainsi que celle entre l'amour et les autres irradiations de cet appétit dans la vie mentale des deux sexes. Nous avons décrit ces deux séries de faits dans nos chapitres IV et V.
Éblouis par l'immense complication de la vie sexuelle chez l'homme, telle que nous l'avons dépeinte, nous avons l'habitude de considérer les animaux avec un certain mépris et de chatouiller notre vanité en qualifiant d'instinct animal ce qu'il y a de plus bas dans nos appétits sexuels. Nous sommes au fond bien injustes envers les animaux. Cette injustice provient en partie de ce que le
langage vocal et écrit nous donne un moyen de pénétrer assez avant dans la psychologie de nos semblables. A l'aide du symbolisme commun de nos pensées, il nous est facile en effet de les comparer. Le langage nous permet ainsi de construire une psychologie humaine générale et de ne pas nous limiter à la seule psychologie directe de notre moi. L'absence de langage, même chez les animaux supérieurs, nous rend très difficile de pénétrer leur âme. Nos raisonnements inductifs se rapportant à celle-ci sont donc bien incertains, car nous ne pouvons juger de la mentalité des animaux que par l'observation de leurs actes, ce qui nous la rend plu^s étrangère que celle des hommes. Il va sans dire que le cerveau (et par conséquent l'âme même) des mammifères supérieurs étant plus simple et moins hautement organisé que celui de l'homme, leur psychologie 'sexuelle et leur amour sont aussi d'autant plus primitifs et inférieurs, et d'autant plus différents de ce qu'ils sont chez nous, que le développement cérébral de l'espèce dont il s'agit est moins avancé. L'anatomie comparée et la biologie animale confirment même ce fait dans toute la série des êtres qui possèdent un système nerveux central. lia psychologie du singe supérieur est ainsi plus voisine de la nôtre que celle du chien; cette dernière ressemble plus à celle de l'homme que celle du lapin, etc.
D'un autre côté, l'organisation cérébrale élevée de l'homme, tout en ayant énormément compliqué et nuancé les irradiations mentales de son appétit sexuel, ne les a pas toujours ennoblies, mais les a bien souvent, au contraire, engagées dans des voies fausses et pernicieuses. Nous avons vu au chapitre VI des preuves nombreuses et éclatantes de la dégénérescence, de la brutalité et de la cruauté des manifestations de l'appétit sexuel humain, et nous en verrons encore davantage au chapitre VIII. La biologie comparée des animaux nous offre des faits très disparates dans la façon dont l'appétit sexuel se transforme en amour. Pour ne pas me perdre dans les immenses détails de la biologie comparée, je me contenterai de quelques exemples.
Tandis que la femelle de l'araignée tue souvent son mâle pour le manger, nous voyons au contraire certains couples de singes et de perroquets faire preuve d'un si grand attachement mutuel que, lorsque l'un des deux conjoints meurt, l'autre tombe dans un désespoir complet, cesse de manger et périt à son tour.
On trouve dans ce domaine de singulières adaptations à des conditions spéciales d'existence. Chez les abeilles et les fourmis, nous voyons une troisième sorte d'individus, dits neutres, se former par différenciation du sexe féminin, ne plus s'accoupler et pondre tout au plus encore quelques œufs qui ne sont pas fécondés et qui, occasionnellement, se développent par parthénogenèse.
Chez les termites, autres insectes sociaux, il se produit quelque chose d'analogue, mais les neutres ou ouvriers dérivent autant du sexe mâle que du sexe femelle, et leurs organes sexuels sont entièrement rudimentaires. Le troisième sexe ou sexe ouvrier ne se contente pas d'un développement cérébral bien supérieur à celui des individus sexués; il hérite encore de toute l'irradiation sympathique sociale de l'appétit sexuel, c'est-à-dire du dévouement à une couvée qui n'est pas de lui. Chez ces insectes sociaux, les mâles (chez les termites les deux sexes procréateurs, quand ils ne fondent pas de colonie) se transforment en organes sexuels volants et à peu près idiots qui, après l'accouplement, sont incapables de mener une existence indépendante et meurent de faim et d'épuisement (fourmis, termites), ou sont massacrés par les ouvrières (abeilles).
De leur côté, les femelles fécondées deviennent de véritables machines à pondre, dont l'activité ne discontinue pas. Chez les fourmis, les femelles sont cependant, à l'origine de leur vie, capables de nourrir elles-mêmes quelques larves, à l'aide d'une partie de leurs œufs et de leurs sécrétions, jusqu'à ce qu'il en éclose des ouvrières, qui se chargent dès lors de tous les travaux, y compris les soins maternels à donner à la couvée.
Quiconque a l'occasion d'observer la fidélité d'un couple d'hirondelles et la façon dont le mâle et la femelle nourrissent ensemble leurs petits, les soignent et les élèvent, ne peut méconnaître là une analogie frappante avec l'amour conjugal et familial des types fidèles et honnêtes de l'espèce humaine. La chose est surtout frappante lorsqu'on peut constater chaque année le retour du même couple au vieux nid. La vie de famille n'empêche nullement chez les hirondelles une certaine vie sociale, peu accentuée il est vrai, mais qui leur permet cependant de se concerter pour attaquer en commun les oiseaux de proie et pour émigrer en commun dans leurs grands vols de l'automne et du printemps.
Nous sommes, au contraire, instinctivement indignés par le manque de fidélité que nous observons chez d'autres animaux entre conjoints, parents et enfants, ainsi chez les chiens et les lapins, parce qu'involontairement nous croyons devoir retrouver chez eux notre sens moral humain, ce qui n'est nullement équitable.
Nous ne pouvons nous comparer, au point de vue phylogénique, qu'aux singes supérieurs, dans leurs analogies avec l'homme primitif, et je renvoie à ce que nous avons dit à ce sujet au chapitre VI. La question qui nous intéresse ici avant tout est la suivante : si nous considérons les particularités de nos mœurs sexuelles et de celles d'entre elles qui dérivent d'instincts phylogéniques anciens et profonds, celles qui dérivent d'énergies ancestrales moins profondes, c'est-à-dire relativement plus récentes, et enfin celles qui reposent simplement sur de vieilles coutumes enracinées seulement par la tradition, le préjugé et l'habitude? Si nous y prenons garde, nous reconnaîtrons immédiatement que ce n'est pas seulement l'appétit sexuel lui-même, mais encore une grande partie de ses corrélatifs et de ses irradiations, dont les racines phylogéniques sont profondes. La jalousie, la coquetterie, l'amour maternel instinctif, la fidélité et l'amour conjugal, qui sont plus ou moins développés chez l'homme prim.itif, existent déjà chez les singes et chez les oiseaux. Nous avons même vu que la fidélité conjugale de ces derniers dépasse souvent la nôtre. Il n'est donc pas vrai que nos ancêtres animaux ne nous aient légué qu'un appétit sexuel bas et vulgaire; nous leur devons, au contraire, les bases de sentiments et d'instincts bien plus nobles, dérivés, il est vrai, de cet appétit, mais appartenant déjà au domaine d'une morale sociale supérieure. Tout ce que nous pouvons dire d'une façon générale sur l'enchevêtrement si complexe de nos sentiments et de nos instincts, c'est que ce qui a sa racine la plus profonde dans la nature humaine est en même temps, phylogéniquement parlant, ce qu'il y a de plus ancien.
Parmi les ressorts instinctifs les plus profonds de la vie sexuelle, nous faisons des constatations absolument disparates au point de vue moral et intellectuel. A côté de l'incitation de l'appétit sexuel chez le mâle par l'odeur des organes génitaux de la femme ou par la vue d'images erotiques, nous voyons l'amour conjugal le plus touchant et le dévouement jusqu'à la mort de l'un des époux pour
l'autre ou pour ses enfants. Les habitudes de prostitution, le mariage par acliat, le mariage religieux, la flétrissure qui s'attache aux naissances illégitimes, les droits conjugaux et familiaux de l'un et l'autre sexe, etc., sont par contre des choses qui ne dépendent pas même d'une phylogénie récente, mais uniquement des coutumes et traditions de certains peuples. Ce sont en partie les excroissances d'un égoïsme jouisseur, de l'esprit de domination, du mysticisme ou de l'hypocrisie, et en partie les expédients d'une vie sociale surchauffée qui se complique de plus en plus.
Les études de Westermark sont extrêmement instructives à cet égard. Toutes les absurdités et les contradictions mises à jour par l'étude historique et ethnographique des coutumes et des abus matrimoniaux chez l'homme nous permettent de distinguer assez nettement ce qui tient à la mode ou à la coutume, de ce qui a ses racines plus ou moins profondes dans notre hérédité, c'est-à-dire dans notre phylogénie. Pour éviter les répétitions, je prie mes lecteurs de bien vouloir examiner eux-mêmes ce qui doit être héréditaire et ce qui ne peut être dû qu'à la coutume, parmi les faits énumérés au chapitre VL
Entre ces deux extrêmes se place cependant un domaine fort important, celui de la phylogénie récente, c'est-à-dire de celle des variétés. Les instincts et appétits profonds de l'espèce, qui sont propres à tout homme normal et lui sont, comme nous l'avons vu, communs par leurs racines avec de nombreuses formes animales, appartiennent à la phylogénie ancienne et profonde. Mais il existe en outre beaucoup de particularités très variables, fort développées chez certains hommes et fort peu chez d'autres, parfois tout à fait absentes, et qui pourtant ne reposent nullement sur la coutume, mais sur ce qu'on appelle les dispositions héréditaires individuelles, c'est-à-dire sur la nature ou le caractère de l'individu. Ce groupe intermédiaire est un produit de la phylogénie récente.
Tandis que certains hommes ont des instincts nettement monogames, d'autres les ont au contraire très polygames. Certains hommes sont instinctivement et par hérédité très égoïstes, d'autres plutôt altruistes; cette particularité se reflète dans leur vie sexuelle et change le caractère de leur amour (non pas celui de leur instinct sexuel). L'égoïste peut aimer son conjoint, mais cet amour est intéressé et bien différent de celui de l'altruiste. Entre les deux extrêmes il existe des nuances infinies selon la nature des instincts et des dispositions. Le même homme peut être d'un côté un père
de famille bon, généreux, même faible, et de l'autre un exploiteur social, sans vergogne ni pitié; tel autre, au contraire, se montrera au dehors un bienfaiteur dévoué, tandis que dans son ménage il sera à l'égard de sa femme et de ses enfants un égoïste et un tyran. Les dispositions individuelles de la phylogénie récente se combinent de toutes façons avec l'éducation, les mœurs, l'habitude, la position sociale, pour produire des résultats souvent piaradoxaux, dont les facteurs seront l'ambition, la vanité, l'humeur, etc., etc. La phylogénie récente se reflète aussi dans beaucoup des irradiations de l'appétit sexuel dont nous avons parlé plus haut (chap. V, A et B). L'audace, la jalousie, la vantardise sexuelle, l'hypocrisie, la pruderie, l'esprit pornographique, la coquetterie, l'exaltation, etc., reposent dans chaque cas particulier, selon qu'ils sont plus ou moins développés, sur une combinaison de dispositions héréditaires sexuelles individuelles avec des dispositions individuelles dans les autres domaines du sentiment, de l'intelligence ou de la volonté. C'est ainsi que l'individualité sexuelle d'un homme se constitue d'une façon très complexe et en même temps très différente de celle des autres hommes, par suite du haut développement du cerveau humain, ainsi que de la variabilité et de l'adaptabilité infinies de ses aptitudes. Il est impossible d'exposer d'une façon tant soit peu complète toutes les nuances de la symphonie (souvent cacophonie) que représente une individualité, et de fixer nettement ce qui la distingue des autres. Cependant, lorsqu'on a compris le principe, il n'est pas difficile d'individualiser, c'est-à-dire d'estimer l'individualité sexuelle de chacun en gros d'une façon à peu près juste.
Les dispositions héréditaires très marquées du caractère se reconnaissent déjà dans la première enfance. Lorsqu'on connaît bien l'ascendance d'un homme, on retrouve chez ses ancêtres les racines de la phylogénie récente. C'est ici qu'on peut observer l'effet du croisement entre variétés ou races différentes, ou au contraire celui de la consanguinité. Cet effet s'observe dans le caractère et dans les dispositions sexuelles, aussi bien que dans la forme du nez ou des mâchoires, dans la couleur de la peau, des cheveux, etc. Il est de toute importance que les hommes apprennent à se connaître eux-mêmes à cet égard, mais aussi à s'expliquer loyalement les uns avec les autres et à s'étudier réciproquement avant de se marier. En somme, on peut dire que l'homme civilisé moyen de notre race possède actuellement comme bagage phylogénique un très fort appétit sexuel, des sentiments d'amour très variables,
en général plutôt médiocres (nous avons vu que l'amour conjugal est plus fortement développé chez la plupart des singes que chez l'homme naturel), enfin des sentiments altruistes ou sociaux encore déplorablement faibles. Ces derniers ne font sans doute plus partie de la vie sexuelle, mais on doit pourtant en tenir compte, car ils sont ses dérivés les plus importants, et il est indispensable que notre vie sociale moderne les développe en harmonie avec l'amour familial et conjugal.
Il suffit d'observer les enfants pour comprendre leurs instincts héréditaires. Lorsque l'un d'eux est bon, il témoigne de très bonne heure des sentiments de sympathie ou d'altruisme, tels que la pitié et l'affection, ainsi qu'un sentiment instinctif du devoir, dont l'objet n'est pas encore social. Tous ces sentiments n'ont d'abord pour objets que des individus numains concrets et connus de l'enfant, des animaux domestiques, ou même des objets inanimés. Au contraire, la fourmi témoigne dès le début de son existence un instinct ou sentiment du devoir social complet et hérité tout d'une pièce. Chez l'homme, les sentiments sociaux proprement dits doivent être appris par l'éducation, c'est-à-dire par l'habitude, mais ils ne peuvent germer qu'à l'aide d'une assez forte dose de sentiments individuels de sympathie et de devoir instinctivement hérités. Un amoral acquerra bien la phraséologie sociale, mais pas le sentiment social. Quelques points méritent encore notre examen.
La monogamie est sans doute un héritage phylogénique ancien et bien fondé, tandis que la polygamie est en somme plutôt une aberration produite par la puissance et la richesse individuelles. Mais la monogamie phylogénique n'est nullement identique au formalisme religieux ou autre de notre monogamie légale actuelle. Elle suppose tout d'abord un mariage précoce immédiatement api es la puberté, tandis que notre civilisation a placé entre cette dernière et le mariage, qu'elle ne permet en général que plus tard, le marécage infect de la prostitution, qui vient si souvent déposer chez l'individu le germe destructif de son union légale future avant que celle-ci ait eu lieu. Puis la monogamie phylogénique n'impose aucune contrainte légale et suppose au contraire une inclination libre, naturelle et instinctive chez chaque conjoint, lorsqu'elle n'est pas le résultat de la simple force brutale du mâle. Enfin elle n'exclut nullement un changement au bout d'un certain temps. Nous ne parlons ici que de l'homme, et non pas des espèces d'oiseaux et de singes qui sont plus monogames que nous. Une monogamie sans enfants a peu de raisons d'être et doit
être considérée comme un simple moyen de satisfaire les appétits sexuels et le besoin d'amour ou comme une union par amitié ou convenances. 11 en est de même de certains mariages entre individus d'âge très disparate, en particulier d'un tout jeune iiomme avec une femme déjà âgée et stérile. En pareil cas, le changement de femme, le divorce ou la bigamie fonctionnent comme correctifs naturels de la monogamie phylogénique.
Autant qu'on peut s'en rendre compte, la plupart des perversions sexuelles, dont nous parlerons au chapitre VIII, sont une triste acquisition pathologique de l'espèce humaine. Nous observons cependant, surtout chez les mammifères supérieurs, sinon un amour homosexuel proprement dit, du moins des actes de pédérastie entre mâles, lorsqu'une femelle leur fait défaut.
La répulsion sexuelle qui existe normalement entre animaux d'espèces différentes semble reposer sur une base sélective juste, la mnème héréditaire de leurs germes réciproques ne pouvant plus se mettre en homophonie, et leur sang ayant aussi une action toxique mutuelle. En parlant de la sodomie, nous verrons que cette répulsion instinctive peut disparaître dans les cas pathologiques, ainsi que par suite de mauvaises habitudes ou d'appétits sexuels inassouvis, tant chez Thomme que chez les animaux. On ne peut démontrer absolument l'existence phylogénique d'un dégoût instinctif des relations sexuelles consanguines.
Les avances sexuelles que font de nos jours les femmes dans certains pays civilisés montrent comme on se trompe facilement en attribuant une origine phylogénique ou héréditaire à certains faits qui ne sont dus qu'à des circonstances extérieures. Chez l'homme, porteur du germe actif, l'instinct de l'avance sexuelle a de profondes racines phylogéniques. Elle lui est toute naturelle et se produit seule chez les peuples sauvages, où l'homme risque bien plus de demeurer sans femme que la femme sans mari. Les combats violents entre rivaux pour obtenir une femme, qui demeure passive comme chez la plupart des animaux, en sont les témoignages vivants.
La civilisation a changé tout cela. Elle a développé deux castes anormales de femmes, les vieilles filles et les prostituées. Ces dernières satisfont artificiellement et d'une façon malsaine, mais facile, les bas appétits d^es hommes, tandis que le mariage et la famille n'apportent plus à ceux-ci que du travail et des charges au lieu de richesse. Voilà comment, grâce à la promiscuité po-
lyandre de la prostitution, rhomme en est arrivé à avoir toujours assez de femmes, tandis que la femme a peine à obtenir un mari convenable. Ces faits ont développé de plus en plus l'art du flirt, de la coquetterie et des avances de la part des filles, et nous pouvons voir maintenant, surtout aux Etats-Unis, les avances venir de plus en plus du côté féminin, sinon en principe, du moins en fait. Il ne s'agit pas là d'une transformation phylogénique ou héréditaire des sexes chez les peuples civilisés, mais d'un effet malsain résultant de circonstances anormales, c'est-à-dire de la non-satisfaction des besoins sexuels des femmes jointe au rassasiement de ceux des hommes. La femme fait des avances, crainte de rester célibataire; elle cesserait d'en faire si l'on mettait fin aux causes contre nature qui ont provoqué cet état de choses.
§ 2. — Otitogénie de la vie sexuelle.
Le premier fait qui frappe dans l'ontogénie de la vie sexuelle est le suivant : tous les organes sexuels externes et internes demeurent, non seulement chez l'embryon, mais longtemps encore chez l'enfant, dans un état embryonnaire et indifférent de nonfonctionnement. L'organe et ses éléments existent bien, mais ils sont encore petits, non développés et à l'état de repos. A l'époque dite de la puberté, époque qui varie selon les individus, les glandes sexuelles et les autres appareils de la copulation grossissent et commencent à fonctionner. Chez nos races européennes, la puberté se produit entre douze et dix-sept ans chez les filles, et entre quatorze et dix-huit ou dix-neuf ans chez les garçons, plus tôt; dans le Midi, plus tard dans le Nord en général. Il est curieux de constater que les irradiations corrélatives de l'appétit sexuel dans l'âme humaine, c'est-à-dire dans le cerveau liumain (voyez chap. V), se développent en grande partie beaLicoup plus tôt que les organes et même que l'appétit sexuel. Souvent, en outre, l'appétit sexuel lui-même se produit avant le développement et le fonctionnement normal des organes génitaux. Dans d'autres cas, rares il est vrai, l'appétit sexuel fait au contraire défaut chez l'adulte, alors même que les organes correspondants se sont normalement développés (v. chap VIII). De pareilles irrégularités de l'appétit sexuel sont, il est vrai, du domaine de la pathologie.
Ce qui est par contre tout à fait normal, c'est que les petites filles et les petits garçons offrent de très bonne heure des différences mentales qui correspondent à celles que nous avons décrites au chapitre V, a et b. Chez les fillettes nous observons la manie de se parer et de chercher à plaire, la coquetterie, la jalousie, ainsi que des toquades pour certains garçons, etc. Leur amour des poupées et les soins qu'elles leur donnent sont extrêmement caractéristiques de l'instinct précoce de leur sexe. Il y a là un embryon d'amour maternel instinctif sans qu'il y ait encore trace de fonctions, ni de sensations sexuelles, pas même de menstruation.
Chez les garçons au contraire, nous observons une tendance à faire les fanfarons devant les filles, à se vanter de leur force et à l'exercer contre elles, à témoigner leur mépris envers les poupées et la coquetterie des petites filles, comme aussi à se poser auprès d'elles en protecteurs, etc.
La jalousie sexuelle existe déjà chez de petits enfants. Nous voyons des petits garçons s'efforcer de gagner les faveurs de petites filles et faire preuve d'une violente jalousie lorsqu'un autre leur est préféré. Tous ces phénomènes reposent soit sur des instincts subconscients, soit sur de vagues pressentiments sexuels, qui jouent un grand rôle dans l'exaltation enfantine du sentiment. Les portraits de jolies femmes, la vue de certaines parties du corps ou du vêtement féminin provoquent souvent par exemple chez le garçon des sentiments exaltés; la fille s'enthousiasme plutôt pour l'audace, pour la réputation et certains traits de caractère, en général pour la prestance, souvent aussi pour la beauté du petit mâle en herbe.
La puberté se prépare par divers phénomènes qui se produisent dans les organes sexuels. Chez le garçon, ce sont avant tout les érections, qui se produisent de très bonne heure, et même au premier âge, alors que la verge est encore très petite.
Il est curieux de constater que certaines dispositions pathologiques et le frottement du gland ou son excitation, surtout dans les cas de phimosis (voyez chap. VIII) et par suite de mauvais exemples, suffisent souvent à produire des sensations et des appétits sexuels chez de très petits garçons. La même chose se produit chez de toutes petites filles par l'excitation du clitoris. Tous ces phénomènes conduisent à l'onanisme ou masturbation, dont nous parlerons plus loin. Comme les testicules du petit garçon ne sécrètent pas encore de semence, la masturbation ne peut pro-
voquer chez lui que la sécrétion de glandes accessoires, ce qui ne l'empêche pas d'être accompagnée d'un orgasme voluptueux.
Je renvoie ici aux expériences de Steinach, etc., au chapitre I. Elles prouvent la possibilité d'une inversion après coup de l'ontogénie sexuelle, même dans ses caractères corrélatifs mentaux, par l'implantation des glandes sexuelles. Comment expliquer la chose? Laissons cela à des recherches ultérieures et gardons-nous de toute hypothèse.
Plus singuliers encore sont peut-être les cas de paradoxie, c'està-dire d'accouplement régulier entre petits garçons et petites filles, dont les glandes sexuelles sont encore à l'état embryonnaire et ne produisent aucune cellule germinative. Quoique pathologiques, ces phénomènes sont caractéristiques, parce qu'ils démontrent que le cerveau a fini par acquérir par phylogénie un appétit sexuel relativement indépendant du développement des glandes sexuelles. Sans doute l'appétit sexuel ne se développe pas ou disparaît chez les eunuques; lorsqu'ils ont été châtrés tout jeunes; mais il se conserve, de même que les sécrétions et que les fonctions génitales extérieures, lorsque la castration (extirpation des glandes sexuelles) n'a eu lieu qu'après l'établissement de la puberté.
Je proteste ici énergiquement contre S. Freud et son école qui attribuent une sexualité normale à l'enfant dès sa naissance, par exemple dans les sensations qu'il éprouve en tétant. On n'a aucun droit d'étaler ainsi la notion de sexualité en l'étendant à toutes les sensations de plaisir, tactiles et autres. C'est semer la confusion dans les termes de la psychologie. Les termes de sexuel et sexualité doivent être réservés exclusivement aux sensations et aux sentiments erotiques (les premières avec leurs qualités spéciales) ainsi qu'à tout ce qui se rapporte à la reproduction sexuée.
La conclusion importante qui découle pour nous de ces faits est que l'existence d'une excitation sexuelle ou d'un appétit de cette nature ne suffit pas pour prouver qu'ils soient normaux. Au chapitre VIII nous prouverons que, non seulement les anomalies de la disposition sexuelle héréditaire, mais les excitations artificielles et les mauvaises habitudes peuvent aussi produire toute sorte d'égarements et d'excès qui doivent être énergiquement combattus.
Nous avons décrit au chapitre iV les énormes variations individuelles de l'appétit sexuel chez les deux sexes, ainsi que celles de la puissance chez l'homme. L'âge de vingt à quarante ans est
à la fois celui de la plus forte puissance et du plus fort appétit sexuel de riiomme. On peut de même considérer cet âge comme le plus avantageux pour la procréation de descendants forts et sains, et nous croyons que le procréateur est dans les meilleures conditions avant l'âge de trente ans.
Le développement ontogénique de l'appétit sexuel et de l'amour produit en général chez l'homme un phénomène assez particulier. Tandis que l'assouvissement habituel et l'éducation de l'appétit sexuel proprement dit tendent à le rendre de plus en plus raffiné et par là en quelque sorte plus cynique, par le fait qu'il calcule davantage et se laisse moins guider par la pudeur, l'amour au contraire, lorsqu'il existe, s'élève et s'affine de plus en plus avec l'âge et devient moins égoïste que dans la jeunesse. Ce fait résulte de ce que, grâce au développement mental général, l'éducation des sentiments progresse et s'affine, en même temps que l'appétit sexuel diminue d'intensité et devient moins impérieux et moins brutal. Nous ne parlons ici, cela va sans dire, que des cerveaux normaux.
Dans la jeunesse, l'ivresse de l'amour liée à un appétit sexuel intense triomphe; une fois l'appétit satisfait, les passions sans brides et égoïstes de cet âge se font jour et contrastent avec l'amour par leur fréquent antagonisme avec lui. C'est un fait d'expérience qu'à un âge avancé au contraire, dans des conditions normales, l'amour devient plus constant et plus égal. Pour cela il faut naturellement qu'un amour réel ait existé auparavant. Ce qui fait que souvent on s'y trompe, c'est que l'on confond l'amour avec l'appétit sexuel. Les romanciers qui spéculent sur l'érotisme du public s'attachent sans doute bien plus à nous dépeindre les passions sexuelles et l'ivresse amoureuse, avec tous les conflits et les catastrophes qui en découlent, que l'amour tranquille et régulier d'un couple déjà âgé, amour dont le plus grand bonheur consiste dans l'harmonie du sentiment et des pensées, ainsi que dans les égards mutuels et le dévouement des deux époux l'un pour l'autre.
L'appétit sexuel et la puissance sexuelle s'éteignent chez l'homme entre soixante et quatre-vingts ans. On voit des vieillards de quatre-vingts ans être encore puissants, mais ils ne sont plus guère féconds. En général, la puissance s'éteint avant l'appétit sexuel, ce qui pousse plus d'un vieillard à se servir de moyens artificiels pour faire revivre sa puissance ou tout au moins pour
satisfaire ses désirs sexuels. Cela explique pourquoi les égoïstes qui n'ont jamais connu, l'amour véritable se montrent souvent si abjects dans leurs manifestations sexuelles, lorsqu'ils deviennent vieux. Leur rouerie et leur expérience de la vie sexuelle en font des virtuoses dans l'art de la séduction. La phrase amoureuse simule habilement le sentiment de l'amour absent, et les vieux don Juan s'entendent à merveille à prendre les jeunes filles dans leurs filets. Ce fait bien connu trompe facilement le public sur l'exactitude de la loi d'après laquelle le véritable amour s'affine chez l'homme qui vieillit. Pour comprendre la réalité, il faut être bien pénétré du fait que le développement ontogénique de l'appétit sexuel est autre chose que celui de l'amour, qu'il va même à certains égards en sens contraire, et que le résultat peut, par suite, devenir inverse, selon que l'un ou l'autre prédomine.
Il va sans dire qu'il existe une foule de nuances intermédiaires et que chez le même individu les phénomènes inverses peuvent se produire concurremment.
D'après Westermark, les hommes âgés tombent en général plus
facilement amoureux de femmes d'un certain âge que de jeunes
filles. Sans doute, il en est souvent ainsi quand la raison et
l'amour proprement dit prédominent, mais il faut se garder de
généraliser, et il est curieux d'observer souvent, au contraire, à
quel point des hommes très âgés peuvent s'amouracher de filles
toutes jeunes, comme de très jeunes filles se prendre de passion
pour des hommes très âgés. Il est de croyance banale que les
jeunes filles n'épousent les vieux barbons que pour leur argent
ou leur nom, avec l'idée de les tromper. Le cas n'est sans doute
pas rare, mais j'ai été étonné de voir souvent des jeunes filles de
dix-huit à vingt-deux ans tomber amoureuses folles de vieux roués,
l'argent, le nom et la position étant de leur côté et non du côté
de l'homme. Néanmoins, en pareil cas, c'est l'homme âgé qui est
le plus souvent amoureux, mais Westermark soutient avec raison
que ce cas n'est pas normal, et nous verrons que très souvent,
sinon presque toujours, il s'agit chez le vieil amoureux d'un
commencement de démence sé.nilc, c'est-à dire d'un état cérébral
pathologique, l'appétit sexuel éteint se réveillant subitement.
L'amour de la jeune fille pour l'homme âgé est moins compréhensible; mais il peut s'expliquer par la supériorité intellectuelle du vieillard ou par l'absence d'un autre sujet d'amour. Souvent
aussi il s'agit chez la jeune fille d'une suggestibilité spéciale hystérique et, par conséquent, pathologique.
Dans la vieillesse, lorsque le cours normal des choses a éteint la vie sexuelle des deux conjoints, il leur reste comme legs naturel de cette dernière un amour épuré, qui vient orner et dorer de belles couleurs d'automne le soir de leur vie. Les détracteurs modernes du mariage oublient trop souvent ce phénomène. Sans doute, le soir de la vie conjugale est fréquemment troublé par la dispute et les chagrins, mais on peut dire alors qu'il s'agissait d'unions contractées par contrainte ou entre caractères qui ne se comprennent pas, ou pour des intérêts d'argent, de famille ou de position, ou encore dans une ivresse amoureuse irréfléchie; les querelles peuvent aussi surgir lorsque des phénomènes pathologiques viennent semer le désarroi dans le mariage.
Chez la femme, l'ontogénie sexuelle n'est pas la même que chez l'homme. Elle mûrit plus tôt et plus rapidement. Dans notre race, à dix-huit ans, la femme n'est en général, pas seulement mûre au point de vue sexuel, elle l'est également pour le mariage et en pleine floraison corporelle et mentale. Entre dix-huit et vingt-cinq ans, elle se trouve certainement dans les meilleures conditions pour commencer son activité sexuelle; la gynécologie et l'obstétrique le prouvent. D'ailleurs la ménopause survient vers cinquante ans, et avec elle cesse toute fécondité. La période pendant laquelle la femme est féconde est donc bien plus courte que celle de l'homme, et surtout elle se termine bien plus tôt.
En raison de ces faits, le développement des irradiations intellectuelles et sentimentales des appétits sexuels de la femme est bien plus prompt que celui de l'homme. La jeune fille est bien plus tôt mûre et parvenue au faîte de sa puissance reproductrice que le jeune homme. Ces phénomènes s'étendent à toute la vie mentale de la femme, qui est bien moins capable que l'homme d'un développement ultérieur dans la vieillesse, parce qu'en moyenne elle se fixe et s'automatise bien plus rapidement que ce dernier. On peut sans doute rapporter une partie de ces phénomènes à l'éducation mentale défectueuse de nos femmes, mais cette explication est certainement insuffisante. Ici encore, il faut savoir distinguer les dispositions phylogéniques profondes du sexe féminin des effets de l'éducation dans le cours de son développement ontogénique.
L'appétit sexuel de la femme consiste tout d'abord en de vagues désirs, en un besoin d'amour, et il ne se développe d'ordinaire à proprement parler, c'est-à-dire localement, qu'après le premier coït. Il s'ensuit que souvent, dans l'évolution ontogénique, l'appétit sexuel des femmes augmente à un âge plus avancé (entre trente et quarante ans). A cet âge, les femmes tombent très facilement amoureuses de jeunes garçons, qu'elles séduisent alors facilement, grâce à la rouerie qu'elles ont acquise. Elles s'en prennent parfois à des gamins de quatorze à quinze ans. En particulier, les veuves sont souvent disposées à s'unir à des hommes plus jeunes qu'elles; ces unions sont rarement heureuses, car la femme plus âgée que son mari devient très facilement jalouse, et ce dernier, une fois la première ivresse des sens passée, se dégoûte vite d'une femme dont les charmes s'envolent. Nous pouvons donc affirmer qu'en moyenne, pour être à la fois normale et durable, une union monogame exige que le mari soit de six à douze ans plus âgé que sa femme et que celle-ci se marie le plus jeune possible.
Dans l'ontogénie sexuelle de la femme normale, la grossesse, les accouchements, l'allaitement des enfants et leur éducation jouent un rôle infiniment plus grand que l'appétit sexuel. Ces hauts faits de l'existence féminine remplissent, avec la tendresse pour son époux, une immense partie de l'activité cérébrale de toute femme, et sont en même temps la condition de son vrai bonheur.
Chez la femme qui vieillit, l'appétit sexuel devrait normalement diminuer ou cesser au moment de la ménopause. Mais ce n'est en général pas le cas. Les femmes âgées sont parfois tourmentées oar l'appétit sexuel, ce qui est pour elles d'autant plus pénible que les hommes s'éloignent d'elles. On ne peut cependant considérer pareille hyperesthésie comme normale. Le plus souvent, l'appétit sexuel diminue aussi chez la femme avec l'âge, et alors se produit chez elle comme chez l'homme, l'amour heureux et épuré de la vieillesse dont nous avons parlé.
On se plaît souvent à parler avec mépris des vieilles femmes. Sans doute les passions et les appétits inassouvis, les sentiments blessés de toute espèce, le manque de culture intellectuelle et d'idéal élevé, surtout enfin une constitution pathologique du cerveau font de beaucoup de femmes âgées des êtres fort peu aimables. Nous sommes cependant persuadés que l'élévation de la position sociale de la femme et un soin plus grand apporté à son
éducation faciliteront considérablement le développement de ses facultés. L'éducation ne doit pas tendre à développer chez la femme les qualités dites mondaines, mais la profondeur des sentiments. Il ne manque pas de femmes âgées cjui peuvent être citées comme exemples pour leur activité, leur persévérance, leur .jugement sain et clair, autant que pour leur affabilité et la simplicité de leurs manières. Quoique leur productivité intellectuelle proprement dite cesse plus tôt que celle de l'homme, cela n'exclut nullement une excellente et persévérante activité de l'esprit, jointe à beaucoup de jugement et de qualités sentimentales. Ce qu'il faut avant tout à la femme qui vieillit et qui perd les membres de sa famille, et principalement son mari, c'est un objet qui les remplace dans son besoin d'affection. Se consacrer alors à l'activité sociale sera le meilleur antidote contre l'iiumeur acariâtre, querelleuse ou triste qui sans cela s'empare si facilement de la femme âgée. On peut dire que l'amour, qui est un dérivé phylogénique de l'appétit sexuel et qui au milieu de la vie s'associe mtimement à cet appétit, s'en rend par la suite de plus en plus indépendant et exige alors d'autant plus de compensations. Il y a là une grande adaptation de l'amoin- à la vie sociale, adaptation qu'il s'agit de comprendre.
Dans l'enfance, l'individu est naturellement égoïste; ses appétits tendent tous à conserver son moi. Il existe cependant alors déjà de grandes différences individuelles, et l'on rencontre des enfants doués d'un remarquable sentiment du devoir et d'une grande sensibilité aux maux d'autrui. Plus tard, après la puberté, le désir sexuel de l'homme l'emporte vers l'amour, vers l'égoïsme à deux, et ce désir devient le facteur principal de la reproduction de l'espèce. Dans la vieillesse, l'individu n'a plus de but reproducteur à remplir. Sa vie n'est plus qu'une charge pour la société, si elle n'est pas dirigée en vue du bien d'autrui et surtout du bien social. Tout naturellement, par extension et épurement, l'amour, d'abord sexuel, se transforme peu à peu en amour purement humanitaire, c'est-à-dire altruiste ou social. C'est ainsi du moins qu'il devrait en être, et alors la loi biogénique fondamentale de Hœckel [Vontogénie est une répétition raccourcie (le la phylogénie) recevrait une ultime confirmation. Notre ancêtre animal primitif unicellulaire ne vivait que pour lui-même. Plus tard s'établit la reproduction sexuée sans amour, puis l'amour conjugal et familial apparut (oiseaux, singes, mammifères, etc.), puis enfin, comme l'étape la plus élevée, se produisit l'amour
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social ou altruiste, c'est-à-dire le sens de la solidarité sociale basé sur le sentiment du devoir. t
Sans doute, ce dernier est en somme encore bien faible cl'.ez riiomme, tandis que certaines espèces animales, telles que les abeilles et les fourmis, l'ont développé d'une façon bien plus complète et plus ferme, basée sur l'instinct. Ainsi nous touchons du doigt cette loi naturelle, d'après laquelle, toute organisation sociale développe naturellement l'altruisme ou sentiment du devoir. L'histoire de l'humanité prouve que l'union sociale ne s'est développée que lentement et péniblement au travers d'innombrables combats, et qu'elle dérive soit directement, soit indirectement de l'union familiale des individus. L/extension des communications à la surface du globe fait que le développement artificiel de l'organisation sociale devance de beaucoup en rapidité le développement phylogénique naturel par évolution des sentiments ou instincts sociaux. Ces derniers sont pourtant obligés de suivre le mouvement, en s'appuyant d'abord sur les racines profondes de l'altruisme familial et amical, ainsi que sur celui de caste ou de clan (patriotisme), c'est-à-dire sur les sentiments de sympathie et de devoir envers certains individus plus rapprochés de nous, sentiments qui sont déjà héréditaires chez l'homme. Un vague sentiment humanitaire général, véritable fleur de sen'e encore bien faible, il est vrai, a déjà commencé à s'implanter de nos jours sur cette base naturelle. Espérons qu'il sera viable.
Ce serait une erreur fondamentale de vouloir fonder la solidarité sociale seulement sur nos sentiments phylogéniques de sympathie, sur notre faculté idéale de dévouement ou de sacrifice, etc., comme le voudraient les anarchistes. Mais vouloir prendre l'égoïsme pur pour base de cette même solidarité est une erreur encore plus cardinale. Il ne faut pas faire une antinomie de l'égoïsme et de l'altruisme, mais les considérer comme deux éléments inséparables de toute société humaine aussi bien que des individus qui la composent. On ne peut nier que l'altruiste, doué de puissants sentiments de sympathie et de devoir, ne soit un excellent travailleur social, tandis que l'amoral ou égoïste pur constitue un élément de décomposition pour la société. Dé ce simple fait résulte que c'est un devoir social de procéder par voie sexuelle à une sélection qui fasse multiplier le premier et éliminer autant que possible le second en stérilisant ses germes. C'est là le principe fondamental de l'eugénisme de Francis Galton.
L'idéal serait d'arriver à dissoudre harmoniquement et complètement, par combinaison bien adaptée, les sentiments égoïstes dans les sentiments altruistes ou sociaux chez l'individu humain, comme c'est le cas chez l'abeille ou la fourmi, mais cela exigerait une transformation phylogénique graduelle de la nature humaine.