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LA SYPHILIS

syphilitiques, entre 5 et 20 ans, le plus souvent entre 10 et 15 ans après l'infection, et en général chez des personnes qui se croient complètement guéries. Les deux maladies sont mortelles. Avant d'amener la mort, Tataxie locomotrice cause pendant quelques années des douleurs intolérables. La paralysie générale progressive provoque le délire des grandeurs et, désagrégeant la personnalité Immaine bribe par bribe, elle finit par transformer l'individu en une ruine bien inférieure à l'animal et d'un aspect aussi misérable que repoussant. Le paralytique général au dernier degré n'est plus qu'une loque à peine végétante, et l'on voit chez lui les activités nerveuses, même les plus élémentaires, se décomposer peu à peu après la disparition graduelle et effective de toutes les facultés mentales. Tel est le résultat de l'atrophie lente du cerveau, atrophie qui détruit graduellement les cléments microscopiques de ce dernier, c'est-à-dire les neurones.

Le caractère en partie latent et complètement indolore de la première période de la syphilis fait que cette maladie passe facilement inaperçue. Elle ne produit que des éruptions pouvant être confondues avec d'autres affections, et le traitement mercuriel réussit en général à faire disparaître les symptômes de ce qu'on appelle la syphilis primaire et secondaire, c'est-à-dire les éruptions et ulcères de la première année. Mais ces syphilitiques prétendus guéris ne sont jamais sûrs de ne pas être atteints, après de nombreuses années, d'ataxie locomotrice, de paralysie générale ou d'autres affections syphilitiques dites tertiaires ou quaternaires, telles que celles des os, des organes internes, des yeux, etc., qui les enlèvent souvent après d'atroces souffrances. Les ulcères des deux et même des trois premières années de la syphilis sont extrêmement contagieux et n'empêchent pas le coït, car ils n'occasionnent ni démangeaisons, ni douleurs. Lorsqu'elles se produisent, les douleurs ne surviennent qu'à la période tardive, dite tertiaire. Au bout de trois ou quatre ans. la syphilis cesse donc d'être contagieuse. Malgré cela, et sans contaminer sa femme (1). un syphiUtique qui se marie à cett€ période risque encore de procréer des enfants syphilitiques qui meurent à l'état d'embryon, à leur naissance ou plus tard, à la suite de syphilis dite congénitale. Cela viendrait de

(1) Ce point est, il est vrai, sujet à controverse.

ce que les spermatozoïdes sont infectés de syphilis. Ce n'est sans doute pas toujours le cas, et beaucoup de syphilitiques guéris ont des enfants sains, mais j'ai vu d'autre part de malheureux enfants atteints de syphilis congénitale mourir même encore entre dix et vingt ans, à la suite d'ataxie locomotrice ou de paralysie générale. Un enfant atteint de syphilis congénitale peut parfois infecter sa mère pendant l'accouchement.

11 est difficile d'énumérer toutes les infirmités que la syphilis des parents peut transmettre aux enfants. La syphilis rend souvent le mariage stérile; elle est bien plus fréquente chez l'homme que chez la femme, ce qui est dû à la prostitution et aux bordels ou maisons de prostitution, car le nombre des femmes qui se prostituent est encore petit relativement à celui des hommes qui se servent des prostituées. Une seule et même prostituée peut infecter tout un bataillon. De leur côté, les clients de la prostitution apportent la chaude-pisse et la syphilis à leurs épouses, répandant ainsi dans le sein de la société cette abominable gangrène et toutes les misères qui en résultent.

Tout récemment, Ehrlich a découvert un remède à la syphilis pas trop avancée, son n" 606 ou Salvarsan à base arsenicale. Les résultats semblaient promettre beaucoup; mais il a fallu fortement en rabattre.

Depuis quelques années on à réussi par la réaction du sang dite de Wassermann à prouver plus ou moins l'existence des spirochètes vivants de la syphilis dans le corps humain, et par là l'existence ou la guérison de la maladie. Mais la réaction est incertaine surtout quand elle est négative. Bien plus incertaine encore est la vertu curative du Salvarsan (606), qui paraît de plus en plus disparaître.

M. Fr. Millier, instituteur à Langenthal en Transylvanie m'a écrit, il y a déjà assez longtemps que la population de ce village était totalement tarée à la fois de syphilis et d'alcoolisme, mais que, malgré sa dégénération, sa diminution considérable et l'abondance des décès de mort-nés, les cas de paralysie générale y étaient inconnus. 11 serait intéressant d'étucUer le cas de plus près.

M. Fr. Muller conteste en même temps ce que j'ai cité au chapitre VI sur la permission de la bigamie en Allemagne après la paix de Westphalie. Il prétend que les documents qui y ont trait sont apocryphes. Je ne puis en juger.

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