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IV. Appétit sexuel ayant des animaux pour objet (Sodomie

— Un appétit sexuel humain ayant des animaux pour objet exclusif n'est certainement pas fréquent. L'accouplement de l'homme avec des animaux s'effectue ordinairement faute d'occasions de se satisfaire normalement, ou bien encore par suite de satyriase, de nymphomanie ou de désir de changement. Je l'ai surtout observé chez les idiots et les imbéciles dont toutes les filles se moquent, ou qu'elles méprisent. Pour se consoler, ils vont épancher leurs sentiments auprès d'une patiente vache ou d'une chèvre dans le silence de l'écurie, ce qui leur vaut de longues années de détention à la maison de force, car la justice ne plaisante par sur cet article. Certains libertins dégradés satisfont leurs appétits hyperesthésiés et pervertis avec des chèvres ou même avec de gros oiseaux ou des lapins qu'ils écorchent. Il existe aussi une sodomie sadique (voir Sadisme).

Dans certains cas néanmoins un appétit sexuel pathologique se trouve spécialement dirigé sur des animaux, et il est curieux d'observer la fréquente préférence de certains individus pour de petits animaux qu'ils écorchent (poules, oies, lapins) et qu'ils font ainsi périr. Il va sans dire que les animaux plus gros, tels que les chiens ou les chèvres et surtout les vaches, ne souffrent nullement de la chose.

La sodomie n'est pas rare cliez les femmes, qui se servent surtout de chiens qu'elles dressent à s'accoupler avec elles ou à leur lécher le clitoris.

Si nous mettons à part le cas de tortures infligées à de petits animaux, et si nous écartons, tout parti pris, nous ne pouvons découvrir, dans ce plus épouvantable des péchés de Sodome, ni péché, ni crime. En fait, considérée au point de vue du droit et de l'humanité, la sodomie est, de toutes les aberrations pathologiques de l'appétit sexuel, l'une des plus innocentes. Seule l'imagination humaine lui a appliqué le stigmate d'un épouvantail au point de vue moral et en a fait un crime. Pratiquée avec de gros animaux, la sodomie ne lèse personne, pas même l'animal; en second lieu, elle ne peut léser son produit, puisqu'elle n'en donne pas, et enlin elle ne met pas en cause l'infection vénérienne. Tout au plus l'esthétique a-t-elle lieu de se plaindre, et encore plus) d'un peintre ou sculpteur a représenté l'accouplement de Léda avec le cygne. Il vaut certes mieux pour la société humaine qu'un idiot ou un imbécile s'accouple avec une vache, que de le voir rendre

une fille enceinte et produire ainsi des rejetons faits à son image. La vactie continue à brouter paisiblement et tout reste dans l'ordre.

Dans les cas de ce genre soumis à la justice et dont j'ai eu connaissance, j'ai trouvé que le véritable pécheur n'était pas le pauvre sodomite, mais son dénonciateur ou son juge, qui, sans sourciller, condamne le pauvre diable à de longues années de maison de force et le martyrise ainsi sans raison, tout en le mettant au ban de la société. Des juges chrétiens condamnèrent un jour un Turc pour crime de sodomie commis avec une chèvre. Aux assises, il répondit simplement à ses accusateurs : « Qu'est-ce que cela vous regarde? Cette chèvre m'appartient: je l'ai achetée de mon argent. » Son fatalisme de musulman le conduisit d'ailleurs à accepter sa peine, mais il ne comprit jamais pourquoi on l'avait puni. J'ajoute : « Ni moi non plus ». Il va sans dire que nous jugerons tout autrement les cas de sodomie compliquée de cruauté ou même de sadisme; mais la question est ici bien différente.

V. — Il existe encore toute une série de perversions héréditaires ou consitutionnelles plus ou moins bien caractérisées de l'appétit sexuel, mais nous ne pouvons les énumérer toutes. Citons néanmoins l'excitation erotique qu'éprouvent certains hommes à la vue de statues de femmes, érotisme qui les pousse à se masturber contre ces statues.

80 ANOMALIES SEXUELLES CHEZ LES ALIÉNÉS ET LES DÉSÉQUILIBRÉS OU PSYCHOPATHES.

Lorsqu'on s'est familiarisé avec la population d'un asile d'aliénés, on constate avant tout, au point de vue sexuel, un phénomène général singulier et très frappant. Une grande partie des aliénés femmes font constamment preuve d'une excitation sexuelle intense. Cette excitation se traduit chez les unes par une masturbation incessante, chez d'autres par des propos obscènes, chez un grand nombre par un amour imaginaire, tantôt sensuel, tantôt purement platonique, assez fréquemment par des provocations directes au coït adressées au personnel médical, mais surtout par des scènes perpétuelles de jalousie violente et très souvent aussi par des soupçons réciproques relatifs à leur vie sexuelle. En un mot, l'asile

des aliénés déroule devant nous, sous forme de caricatures repoussantes- toutes les nuances et variations d'une vie sexuelle féminine plus ou moins dégénérée : coquetterie, besoin de se parer de toute sorte de fanfreluches, colères jalouses, excitation erotique, etc.

L'excitation sexuelle des aliénées les pousse souvent à se souiller d'urine et d'excréments, et surtout à accabler d'insultes ordurières les personnes auxquelles leur imagination malade attribue des attentats sexuels ou des actes impudiques soit envers elles, soit envers d'autres. Elles ont tendance à se croire fiancées ou femmes de rois, d'empereurs, de Jésus-Christ ou de Dieu. Les grossesses et les accouchements jouent un grande rôle dans leur délire. Certaines malades s'imaginent être enceintes et prétendent qu'on les a fécondées en secret. Rnsuite elle croient qu'on a profité de leur sommeil pour leur enlever leur enfant.

Au milieu d'un torrent d'injures, une de mes anciennes malades m'accusait de venir la nuit dans son lit la mettre à mal. De cette façon je lui faisais, disait-elle, un enfant tous les huit jours, ce qui me valut de sa part le surnom de Schnellschwàngerer (engrosseur rapide). Elle ajoutait que j'avais caché les centaines d'enfants que j'avais ainsi procréés avec elle et secrètement enlevés, dans les murs de l'asile, où je les martyrisais perpétuellement. Grâce à ses hallucinations, elle entendait jour et nuit leurs gémissements.

Une autre malade, atteinte de manie aiguë curable, était si erotique pendant ses accès, qu'elle provoquait au coït tous les médecins qui faisaient leur visite dans la division. Sa tête s'était remplie d'images erotiques si vives et si profondes, qu'après sa guérison elle fut dans des transes d'être enceinte, quoiqu'elle eût passé tout le temps de son accès dans une divison d'aliénées gardée par des surveillantes, et que la réflexion lui fît bien comprendre que la chose était impossible. Les femmes qui à l'état normal sont les plus pudiques ou les plus froides au point de vue sexuel, peuvent dans l'aliénation devenir la proie de l'érotisme le plus sauvage et même se conduire comme des prostituées. Cela s'observe surtout dans l'hypomanie périodique. C'est un fait bien connu dans les divisions de femmes agitées des asiles d'aliénés, que les médecins sont toujours entourés de malades erotiques, qui les pincent, s'accrochent à leurs vêtements et, selon qu'elles sont amoureuses ou jalouses, cherchent à les embrasser ou à les égratigner, de sorte qu'ils ont souvent peine à se soustraire à ces témoignages violents et dégoûtants d'amour ou de jalousie furieuse.

Au contraire lorsqu'on traverse les divisions masculines d'un asile d'aliénés, même en compagnie de femmes, on est étonné de l'indifférence stupide et de la profonde apathie sexuelle de presque tous les aliénés liommes. Quelques-uns se satisfont par la masturbation, quelques autres par des essais de pédérastie, le tout avec une tranquillité philosophique due à leur démence. De jeunes femmes peuvent même se promener clans tout le quartier sans avoir à redouter d'attentats, m d'assiduités, ni de propos indécents. Seuls, quelques rares malades, parmi les plus agités, font parfois exception.

Une jeune étudiante en médecine, Mlle (1 . . ., assistante-médecin à l'asile de Zurich, faisait seule la visite dans toute la division des hommes, même chez les plus agités, sans être jamais incommodée par eux, tandis que, dans la division des femmes, elle était presque autant assaillie par les malades erotiques que les assistants du sexe mâle. Je mentionne ce fait, parce que certaines personnes se sont imaginées à tort que l'excitation sexuelle des aliénés femmes provenait de la visite des médecins du sexe masculin. Ces faits sont extrêmement frappants et fournissent peut-être la meilleure preuve du fait que l'appétit sexuel féminin siège surtout dans le grand cerveau, tandis que l'appétit masculin est demeuré plutôt dans les centres cérébraux inférieurs, comme nous l'avons montré plus haut. L'aliénation mentale est due à des irritations du grand cerveau, et c'est là ce qui explique pourquoi chez les femmes elle déchaîne à un point aussi violent les images et les passions sexuelles, tandis qu'elle le fait si peu chez les hommes.

Les symptômes pathologiques sexuels des aliénés sont les suivants :

a) Erotomanie (satyriase et nymphomanie), c'est-à-dire exaltation anormale de l'appétit sexuel. — On l'observe surtout dans les cas de manie aiguë, au commencement de la paralysie générale et de la démence sénile, ainsi que temporairement, ou d'une façon durable, dans différentes autres psychoses. Elle se traduit par des excès sexuels, des propos obscènes ou une masturbation excessive. Tous ces symptômes disparaissent avec l'accès de folie.

b) Les états dépressifs et déments, ainsi que les stades avancés de la paralysie générale et de la démence séniie, provoquent au contraire Vanesthésie ou l'hypesthésie sexuelle ou même l'impuissance. Au début de la paralysie générale progressive, on observe souvent de violents désirs sexuels, combinés à une impuissance

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effective plus ou moins complète. La même chose s'observe nous le verrons, dans Talcoolisme-

c) Les aliénés atteints de délire systématisé de persécution et de grandeur [poranoia) commettent parfois des excès sexuels atroces. Souvent très excités dans leur sphère instinctive, ils tyrannisent et tourmentent d'une façon épouvantable la femme ou les femn)es dont ils font leurs victimes. C'est surtout dans les formes religieuses de ce délire, jointes à une extase fanatique, qu'on voit se produire les orgies sexuelles les plus repoussantes. J'ai traité un malade atteint de paranoïa et qui, la bouche toujours pleine de phrases pieuses, se donnait pour une sorte de prophète. Il avait soumis à sa puissance une pauvre ouvrière et sa mère, au point de les obliger à coucher toutes deux dans sa chambre et à se livrer à lui alternativement. Finalement il en arriva à mêler son sperme dans du café au sang menstruel de la fille et à obliger la malheureuse à boire ce mélange, prétendant qu'il s'agis.sait là d'une cérémonie religieuse devant produire une forte race. En fin de compte, il mit le feu à la maison de ces pauvres femmes.

Les fous atteints de paranoïa partielle tournent souvent la tête de femmes suggestibles à l'aide de phrases religieuses ascétiques, pour assouvir ensuite sur elles leurs passions sexuelles. Les pires sont ceux qui sont capables de cacher au public leurs idées délirantes et de se faire passer pour des gens normaux, pour des victimes incomprises ou même pour des saints. J'ai examiné un pasteur très orthodoxe et- fort estimé de ses ouailles à cause de ses prédications ascétiques et enthousiastes. Chez lui il maltraitait sa femme, l'étranglait jusqu'à l'étouffer à moitié et exigeait d'elle toute sorte de turpitudes sexuelles, tout en dilapidant sa fortune. Malheureusement la nature de son délire était peu apparente et il dissimulait de telle sorte que les juristes ne voulurent pas admettre l'irresponsabilité, malgré mon certificat médical. Sa femme fut obligée de s'enfuir pour échapper à pareil martyre. La communauté des biens en vigueur dans ce ménage ruina complètement cette malheureuse. Le misérable n'était pas consciemment hypocrite; c'était un simple aliéné. On pourrait écrire des volumes entiers sur les atrocités sexuelles commises par ces malades.

Deux mots encore sur le délire systématisé ayant pour objet l'amour pathologique. C'est un symptôme très fréquent chez les femmes aliénées qui combinent leurs sentiments amoureux à l'égard d'un homme avec les hallucinations et les idées les plus folles.

Une aliénée découvre tout d'un coup que l'objet de son amour est par exemple un roi ou Jésus-Christ, et qu'elle est sa fiancée; dans son délire, elle est peut-être elle-même déjà reine ou souveraine du monde. Ses rêves et ses hallucinations lui amènent son roi ou son Christ dans son lit. Elle sent {hallucination de toucher) le coït dont elle est l'objet de sa part, et qui peut s'accompagner de sensations voluptueuses.Tou jours sous l'influence d'hallucinations, elle se croit enceinte et porte pendant neuf mois dans son ventre un enfant imaginaire. Elle peut même s'imaginer avoir accouché et dans ce cas, nous l'avons vu plus haut, on lui a arraché son enfant, à l'aide d'une narcose, imaginaire aussi, et ainsi de suite. Quoique d'une infinie variété dans les nuances, c'est toujours autour de cet éternel thème que se meuvent les images pathologiques de la sphère sexuelle cérébrale des aliénées.

Nous disions que ces irradiations pathologiques de la sphère sexuelle s'associent volontiers à des obsessions pénibles ou jalouses, à des idées de persécution, qui rendent les malades furieuses et qui leur sont confirmées par leurs paresthésies et leurs hallucinations. Les illusions du souvenir joue.nt ici un grand rôle, car les malades n'ont en réalité souvent jamais ressenti ce dont elles se plaignent, et il s'agit alors de véritables souvenirs hallucinés. Observons ici en passant que, même chez les personnes saines d'esprit, les passions sexuelles, comme les autres, tendent toujours à fausser les souvenirs en faisant voir et expliquer les faits dans le sens exclusif de l'état affectif. Une fois fixées dans la mémoire, pareilles conceptions, dont la fausse tendance avait une base originaire passionnelle, prennent peu à peu le caractère subjectif de la certitude. Les gens de sens rassis, ou ceux que leur état affectif pousse aux conceptions contraires, voient alors chez pareils individus l'intention calculée de dénaturer les faits. Et voilà comment on se jette si souvent mutuellement des insultes à la tête, se traitant de menteur et de calomniateur, alors que le. vrai coupale est l'illusion affective du souvenir.

d) Une des anomalies sexuelles les plus fatales des aliénés est la jalousie ^pathologique, surtout chez les hommes. Leurs femmes deviennent alors de véritables martyres, tout particulièrement dans les cas d'alcoolisme et de paranoia. Il n'est pas rare que l'assassinat mette seul un terme à leurs tourments. Chez les femmes aliénées, le rôle de la jalousie n'est certes pas moindre, mais elles ont moins de puissance légale et moins de force musculaire. Les

jaloux les plus violents, sinon les plus terribles, sont en général les alcooliques.

Le délire jaloux rend furieux celui qui en souffre. Un mot, un regard, un événement indifférent, sont pour lui des preuves irrécusables de l'infidélité de sa moitié. Celle-ci a beau éviter avec le plus grand soin même les plus légères apparences pouvant éveiller la jalousie; rien n'y fait. La réserve et même la pruderie sont considérées par le jaloux comme de l'hypocrisie Le malheureux surveille sa femme nuit et jour comme un chien de garde, il la menace, l'insulte constamment sans raison, même en présence de tiers, la calomnie et la salit de toutes les façons. Il lui tend des pièges raffinés et décore tout cela des titres d'amour et d'honneur! Les cas de ce genre sont, hélas! légion.

e) Il va sans dire que les paresthésies sexuelles dont nous avons parlé, le sadisme, le masochisme, le fétichisme, l'inversion, etc., se produisent fréquemment chez les aliénés.

/) Les crimes sexuels les plus atroces, les monstruosités les plus dégoûtantes sont très souvent l'œuvre d'idiots ou d'imbéciles, mais tout particulièrement celle d'idiots 7noranx, c'est-à-dire de personnes dont l'idiotisme est limité au sens moral et qu'on appelle aussi simplement amorales. Il s'agit là d'un vice ou d'une tare héréditaire, de l'absence innée de tout sentiment de sympathie, de commisération et surtout de devoir. Le viol, l'abus sexuel de l'enfance, l'assassinat sexuel, etc., sont très ordinairement dus à l'action concomitante de l'idiotisme moral et des passions sexuelles violentes ou perverties.

g) L' hypocondrie porte aussi de singuliers fruits dans la sphère sexuelle. Nous avons déjà parlé de la masturbation, souvent en tout ou en partie imaginaire, de certains hypocondres. D'autres croient commettre des excès sexuels terribles et en être extrêmement affaiblis, dans des cas où rien de pareil n'existe. J'ai vu un hypocondre, marié et puissament bâti, qui croyait sa santé ruinée parce qu'il cohabitait une fois tous les deux ou trois mois avec sa femme. D'autres hypocondres deviennent impuissants simplement parce qu'ils croient l'être. D'autres encore prennent la vie en horreur, s'imaginant être atteints de maladies vénérieimes qu'ils n'ont jamais contractées, etc.

h) Les femmes et les hommes hystériques sont doués d'une sexualité fort singulière. L'hystérie repose sur une auto-suggestibilité ou sur une dissociabilité exaltée et maladive dé l'activité du

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