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AMOUR DES PSYCHOPATHES

jetait sur lui le moindre regard. Le malheureux époux ne savait plus où diriger son regard dans la rue ni dans les hôtels pour échapper à la jalousie de sa femme. Lorsique c'est le mari qui est jaloux, c'est encore bien pire.

D'autres psychopathes tourmentent l'objet de leur amour pas les perpétuels soucis qu'ils se créent jour et nuit sur des dangers imaginaires, sur les moindres indispositions, etc. D'autres encore sont atteints d'hyperesthésie, et le moindre bruit, le moindre attouchement, toute sensation un peu forte et subite, suffisent pour les exciter et rendre la vie amère à eux et à leur entourage.

L'exaltation pathologique des sentiments, qui fait voir dans les événements les plus futiles des offenses voulues, des intentions malveillantes, etc., est encore plus à redouter. La disproportion entre l'amour et l'appétit sexuel tourmente aussi beaucoup de psychopathes, soit que chez eux un amour profond s'allie à l'indifférence sexuelle, ou au dégoût du coït, ou même à la douleur (vaginisme des femmes, par exemple), soit au contraire qu'un appétit sexuel intense vienne se combiner au manque d'amour ou à un égoïsme féroce (surtout chez les hommes).

Certains psychopathes paraissent profondément amoureux, s'excitent énormément, mais se conduisent souvent avec l'objet de leur amour comme de véritables brutes. Ce sont ces héros qu'on voit toujours prêts à étrangler leur amante, à la poignarder ou à tirer sur elle, si elle ne cède pas immédiatement à tous leurs désirs, ou encore ces êtres faibles qui menacent de se tuer si l'on ne répond pas à leur amour.

D'autres, tourmentés par un érotisme pathologique, poursuivent perpétuellement de leurs obsessions et même de leurs grossièretés pathologiques des jeunes filles honnêtes. J'ai vu un déséquilibré de ce genre écrire à une jeune fille convenable des lettres et même des cartes postales sur lesquelles il avait dessiné des organes génitaux féminins, en guise de galanterie. Chez la femme la haine et la vengeance, suscitées par la jalousie, sont spécialement aveugles et tenaces lorsque les passions chroniques de la psychopathie interviennent, ce qui tient à la persévérance naturelle à son sexe. A l'aide de leurs intrigues raffinées, de leurs récits dénaturés par les illusions dont la passion peuple leurs souvenirs, mais déclamés avec un art dramatique consommé, certaines femmes de ce genre peuvent jouer un rôle vraiment diabolique et même abuser tout un tribunal. Lorsqu'on va au fond des choses, on découvre fort

souvent que la cause première du mal est une passion sexuelle embellie et idéalisée après coup par toute sorte de nobles motifs hautement affirmés, mais en réalité plus ou moins inconsciemment hypocrites. Tout en trompant les autres, ces femmes psychopathes se trompent elles-mêmes. Il y a, du reste, nombre de psychopathes masculins tout à fait analogues et relevant, en général, de Thystérie. D'autres symptômes maladifs, tels que les obsessions et les impulsions pathologiques, ont une certaine importance au point de vue de l'appétit sexuel et de l'amour. L'amour ou la répulsion, ainsi que d'autres images sexuelles, peuvent devenir des objets d'obsessions et tourmentent alors atrocement le malade, mais sans faire de tort à leur entourage, car les obsédés demeurent en général passifs. L'impulsion pathologique aux actes peut, par contre, devenir dangereuse et conduire à des attentats sexuels, combinés ou non à des perversions.

m) Nous avons vu le paradoxisme sénile se trahir souvent, comme symptôme de la démence sénile, par un appétit sexuel dirigé sur les enfants. C'est un symptôme initial de la maladie, symptôme qui peut conduire à des voies de fait. La sainte indignation du public et souvent celle de juges ignorants contre ces vieillards dépravés ont souvent pour résultat de livrer au mépris public ou même de condammer à la détention de pauvres malades qui avaient mené jusque-là une vie parfaitement honnête, et qui sont simplement devenus la proie de la dégénérescence sénile de leurs artères cérébrales.

n) Citons encore un cas que j'ai suivi de près, et qui montre bien à quel point la pathologie cérébrale héréditaire peut devenir complexe et produire tour à tour le crime, la folie et les perversions sexuelles, tout en donnant lieu aux scènes les plus tragiques de la vie humaine et à la dégénérescence des familles.

Un homme très charmeur, très intelligent, mais profondément faux, rusé et sans cœur, être amoral dont l'ascendance était fortement tarée de maladies mentales, avait de forts appétits sexuels en partie invertis l'attrait des hommes l'emportant plutôt chez lui sur celui des femmes, de sorte qu'il commettait des excès avec les deux sexes. Il épousa une sage-femm-e brave et intelligente, et tomba trois fois malade, à de longs intervalles, d'accès de manie aiguë (forme de folie). Il se guérit après chaque accès et procréa deux garçons et une fille. Lorsqu'il était sain

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