CHAPITRE VI
Sociétés de secours mutuels.
Historique. — Législation en vigueur. — Sociétés autorisées. — Sociétés reconnues d'utilité publique et approuvées. — Statistiques. — Bureau des sociétés de secours mutuels et subventions de l'État.
De tout temps il a existé des associations dont les membres se prêtaient un mutuel appui en cas de revers de fortune, de maladie, d'accident, etc.. En Grèce, Théophraste fait allusion à des sociétés de ce genre, 288 ans avant Jésus-Christ. A Rome les collèges d'artisans, dont nous avons parlé à propos des syndicats professionnels, pratiquaient l'assistance mutuelle. Il en était de même en Gaule, pendant les premiers temps de la conquête franque.
Au temps de Gharlemagne, les guilds; au moyen âge, les corporations et les compagnons; sous l'ancien régime, jusqu'à la Révolution, les corporations, les compagnons et les confréries, s'occupaient du soulagement de leurs membres dans le besoin.
La société de secours mutuels la plus ancienne de Paris fait remonter sa fondation à une confrérie qui fut fondée en 1694 sous l'invocation de sainte Anne.
En 1789, on ne constate à Paris l'existence que de
treize sociétés analogues. La plupart disparurent dans la tourmente révolutionnaire.
La Révolution craignait de voir ressusciter les anciennes confréries et corporations ; l'Empire hérita de ses défiances, mais il voulut surtout empêcher « les coalitions tendantes à élever le prix de la maind'œuvre ». En 1806 on imposa aux sociétés de secours mutuels l'obligation de renfermer des adhérents appartenant à toutes sortes de corps de métier.
Cette mesure était malencontreuse, car un lien durable, comme une profession commune, un culte commun, peut seul inspirer l'esprit de dévouement, de solidarité et d'économie sans lequel de semblables sociétés ne sauraient subsister. De plus, en matière d'assurance, les groupements professionnels sont très favorables, au point de vue des risques.
En 1808, la rigueur de l'autorité fléchit un peu : on se contenta d'interdire aux sociétés de secours mutuels de se recruter trop exclusivement parmi des ouvriers appartenant à la même profession.
En 1832 l'existence de 162 sociétés avec 10.350membres participants fut constatée à Paris. De nombreux insuccès entravèrent ensuite leur développement : l'enthousiasme ne peut suppléer à l'étude des lois naturelles qui régissent la mortalité et la maladie.
Après la mise en vigueur de la loi du 5 juin 1835 qui permit aux sociétés « dûment autorisées » de déposer leurs fonds à la Caisse d'épargne jusqu'à concurrence de 6.000 francs, il se produisit une recrudescence.