‹ La question sociale en EspagneChapitre 127 sur 187 · V. le tableau-annexe Q, p. 44G · texte numérisé non relu

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eu lieu à la faveur de la guerre, mais d'autres aussi se sont produites en temps de paix et de manière fortuite : c'est ainsi que les administrateurs du pôsito de Luque (province de Cordoue) certifient que le blé et les autres grains... ont été dévorés par les rats !

Le rapport d'un des premiers « délégués royaux», chargés par la loi du 23 janvier 1906 de la surveillance, de l'inspection et même de la réorganisation des pôsitos, M. José Maria Zorita, contient de piquants détails qui montrent jusqu'où peut aller la fertile imagination des fraudeurs. 11 signale, en même temps, les insuffisances de la loi sur certains points qui touchent au crédit agricole.

Les deux réformes essentielles, introduites par cette loi1, ont été le rattachement des pôsitos au ministère du Fomento et la création d'un Belegrulo Regio, chargé de son exécution, nommé pour cinq ans, et doté, comme je l'ai dit, de très larges attributions. Tout le sort de celte vieille institution dépend donc, en somme, de la manière dont le délégué royal remplira ses fonctions. Et il faut reconnaître que les hauts fonctionnaires, qui en ont été chargés jusqu'ici, s'en sont acquittés de manière très remarquable.

i. Les autres points intéressants de la loi de 19(J(i sont les suivants : Les Pôsitos pourront non seulement faire des prêts en grains aux laboureurs, mais aussi en argent, fonctionner comme des caisses d'épargne et de prêt, ou faciliter l'acquisition et l'usage de machines, engrais, animaux, etc. Ils pourront recevoir des dépôts de grains en avançant des sommes n'excédant pas la moitié de leur valeur et au taux d'intérêt fixé pour les prêts en argent, qui ne pourraient jamais excéder 4 p. 100. Le délai maximum des prêts est d'un an.

Les deux premiers, MM. Quiroga Ballesteros et Zorita, se sont occupés surtout de « régulariser » les établissements existants, d'apporter un peu d'ordre dans leur fonctionnement. Le titulaire actuel, le comte de Retamoso, a des visées plus hautes. 11 s'efforce de transformer ces vieux et archaïques établissements en institutions de crédit, plus conformes aux idées et aux besoins actuels. Un de ses premiers actes a été de supprimer les commissions permanentes, créées par la loi de 1877, et d' « épurer » ces organismes, devenus les vrais « remparts du caciquisme » politique.»

Mais la réforme la plus importante, due au comte de Retamoso, a été « la métallisation » des pôsitos, réalisée par les circulaires du 4 juillet et du 14 septembre 1907. On a commencé par les semences, et on a suivi par le papier d'Etat, les « cens » ou redevances, les propriétés rustiques, et urbaines, les crédits contre l'Etat, les provinces et les municipalités.

C'est par des mesures de cette sorte que ion arrivera à convertir, peu à peu, les anciens magasins à blé en banques agricoles ou caisses rurales. Deux causes semblaient s'opposer à cette conversion immédiate : d'une part, les obstacles auxquels on se heurtait pour la liquidation de leur fortune, et, d'autre part, la difficulté de trouver un personnel suffisamment compétent et honorable, auquel on pût confier leur administration. On a obvié à ces difficultés, d'un côté, en se contentant, pour le moment, d'une liquidation provisoire, la meilleure

possible, en attendant que la rentrée des effets à recouvrer permît d'en faire une définitive. L'autre obstacle n'esl pas non plus insurmontable : il sera facile de remplacer avantageusement les anciennes commissions permanentes, aujourd'hui supprimées, par des comités composés de fonctionnaires de l'enregistrement et de notaires, assistés de propriétaires dune instruction suffisante et de notoire moralité, c'est-à-dire que, dans beaucoup de cas, on enlèvera l'administration des pôsitos aux autorités locales, pour la confier aux gens compétents et aux associations, qui ont en vue le progrès agraire.

Sur la demande du comte de Retamoso, l'Institut de Réformes sociales de Madrid a rédigé, le Hi juillet 1007, des statuts en vue de moderniser les pôsitos et de permettre la création de nouveaux, offrant le double caractère de caisses d'épargne et de monts-de-piété [cajas de ahorros y de préstarnos) l. Grâce à cette initiative et à l'active campagne entreprise par le distingué Délégué royal, beaucoup d'anciens pôsitos, notamment à Salamanque, à Grenade, à Xérès, à Avila, à Zamora, à Murcie,'etc, ont été reconstitués; d'autres ont été fondés dans des endroits qui n'en possédaient pas encore.

1. Les principes qui ont inspire les statuts sont ceux des caisses Raiffeisen : 1° circonscription communale, petits cercles où tout le monde se connaît: 2° solidarité illimitée des associés; 3° prêts à long terme et à petit intérêt; 4° consécration de tous les bénéfices à la formation d'un fonds perpétuel inaliénable; •> services d'administration, du secrétaire ou trésorier gratuits: 6° patronat moral, parfois religieux, exerce sur les associés, en raison des prêts qui leur sont faits.

Le rapport qui précède le projet remis par l'Institut, fait, d'ailleurs, remarquer qu'il conviendrait peut-être, en s'inspirant de la législation danoise, de prêter, de préférence, l'argent des pôsitos municipaux et de la Délégation Royale aux caisses libres du système Raiffeisen.

ACTION DE L ÉTAT EN FAVEUR Dl PROLÉTARIAT AGRICOLE 341

Bien que la réorganisation des pôsitos. ne remonte pas à plus de trois ans, ses résultats sont encourageants. D'après le dernier mémoire officiel publié par le Délégué royal, les pôsitos ont pu réaliser, en 1908, une somme de 2(3.965.655 pesetas qui a été répartie entre les agriculteurs nécessiteux. Beaucoup considéraient cet argent, provenant de dettes anciennes, comme définitivement perdu. Le capital des pôsitos, le 31 décembre de la même année, s'élevait à 92,015.225 pesetas.

On peut donc espérer que ces établissements — qui n'ont plus, du reste, que le nom de commun avec ceux qui les ont précédés — pourront rendre les plus grands services au monde des ea m pagnes.

Certains bons esprits se sont cependant demandé s'il ne valait pas mieux liquider ce qui reste des pôsitos — au lieu d'en créer de nouveaux — et de fonder, à leur place, et avec leur capital, des caisses rurales plus modernes. On trouvera l'écho de cette discussion dans l'organe des catholiques sociaux, la Paz social (notamment numéros de mai, juillet et août 1908). C'est ainsi que MM. Severinô Aznar, Chaves Arias, Castroviejo, Bivas Moreno se sont élevés contre cette vénérable, mais archaïque institution. Ils paraissent surtout redouter les vices inhérents à l'administration publique et l'intervention de l'Etat, « qui fera de ces institutions sociales des noyaux de propagande antireligieuse ». Mais un des avantages de ces organismes me semble être justement leur caractère laïque et neutre, au-dessus des luttes politiques. 11 n'y a pas, d'ailleurs, comme

nous l'avons vu. de différences essentielles entre les pôsitos actuels et les syndicats modernes. De plus, le pôsiio, comme le fait remarquer le comte de Retamoso, présente sur la eaisse autonome l'avantage de compter, dès ses commencements, sur un capital pour ses opérations; il jouit de certains privilèges fiscaux et juridiques; enfin et surtout, il a pour lui la force de l'histoire et de la tradition. Toute la question est seulement de savoir si le délégué royal réussira à éviter le retour des fautes et des abus du passé, en délogeant le « caciquisme » local de son repaire préféré'. A cet égard, il faut attendre la loi sur le crédit agricole, promise par le gouvernement, et qui doit être — selon les expressions du comte de Retamoso — pour les pôsitos et toutes les associations agraires de crédit « la charte de leur liberté, de leur indépendance et de leur libre développement ».

Ce qui est certain, c'est que les syndicats agricoles, constitués en vertu de la loi du 28 janvier 1906, pourront profiter des pôsitos, sans cependant se confondre avec eux. L'action de l'État doit avoir pour but d'encourager, et non d'entraver les efforls particuliers. < La coopération, a dit justement, un professeur de l'Université de Valence, M. Rernabé y Herrero, est une force sociale, qui doit occuper une place prééminente parmi les remèdes de nature à assurer la sauvegarde des

chisscs qui tirent des champs toute leur subsistance...1 »

Antérieurement à la loi de 1906, la plupart des tentatives faites pour instaurer le crédit agricole en Espagne ont échoué.

Je ne ferai que mentionner la Caisse de -secours pour les laboureurs et les éleveurs, fondée à. Salamanque par les comtes de Crespo Rascon, la Banque agricole de Santa IsabeL due aux comtes de Torres Cera, et le b&rC?*édit agricole catalan., créé à Barcelone en 1882. Les deux premières de ces institutions affectaient plutôt un caractère charitable; la troisième ne s'occupait aucunement, contrairement à son nom, de faciliter le crédit aux simples laboureurs-.

11 importe de s'arrêter plus longuement sur la Banque de Ségovie. Gréée en 1882, elle accordait des prêts à long terme (sept ans), à des taux raisonnables et en très petites quantités (moins de 50 pesetas). Le remboursement se faisait au moyen de versements annuels, et Ton accordait deux ans de répit, pendant lesquels on ne payait que l'intérêt. Les huit premières années de son existence, la Banque arriva à faire des prêts pour une valeur de 14.667.463 pesetas, sans avoir perdu un centime ni s'être vue obligée une seule fois de recourir aux tribunaux. Mais le jour vint, où les laboureurs ne remplirent plus leurs engagements, et la Banque

1. Discours prononcé à l'inauguration des cours de l'Université (Valence, 1907).

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