‹ La question sociale en EspagneChapitre 136 sur 187 · Madrid · texte numérisé non relu

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cernait à la fois le travail et la propriété. C'était la même idée quil avait déjà exposée, dans un livre publié en collaboration avec MM. Buylla, Posada, Morote et Una, El lnstituto de Trabajo (1902), qui précéda de peu la création de l'Institut de Réformes sociales.

Dans une séance postérieure de la Chambre, M. Canalejas, développant son programme, affirma qu'il était nécessaire « de réformer les moules actuels de la propriété foncière ». en combattant aussi bien la pulvérisation du sol que les « latifundios ». Dans un discours à l'Académie madrilène de Jurisprudence, il revint sur la même idée en montrant la tendance générale — même dans les pays neufs, tels que les Etats-Unis et l'Australie — au « démembrement des grands domaines et à la consolidation des petites propriétés rurales ». « Sauf en Angleterre, ajoutait-il, où les colons cultivent 80 p. 100 du sol, et en Belgique où ils travaillent sur la moitié du territoire agricole, la forme dominante de l'exploitation est celle du propriétaire. En revanche, le nombre des salariés agricoles descend rapidement, donnant ainsi un démenti à la prophétie de Karl Marx, que la grande industrie aurait pour conséquences de diminuer le nombre des laboureurs et d'augmenter celui des ouvriers des champs. »

Si de telles affirmations ne passaient pas à Madrid sans protestations* tant de la part des socialistes

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que des conservateurs, les uns et les autres, cependant, ne pouvaient fermer les yeux sur la misère des prolétaires agricoles du midi de l'Espagne.

On différait seulement, au sujet des remèdes qu'il convenait d'apporter à la situation. D'une part, les traditionalistes et les représentants de l'économie classique, avec le comte de San Bernardo, L'ingénieur agronome Prado \ Palacio l, et l'auteur du Mémoire couronné de 1903, M. Celedonio Rodriganez, préconisent de préférence l'augmentation de la production du sol, grâce à des cultures appropriées, par l'effort des propriétaires actuels et avec l'encouragement de l'Etat. Mais ils refusent énergiquement à ce dernier tout droit d'expropriation « pour utilité sociale ». C'est tout juste, si quelques-uns admettent la constitution d'un fonds national, au moyen d'un prélèvement de 50 p. 100 sur les droits de transmission à titre gratuit. Ce fonds servirait à acquérir des parcelles de terre pour les ouvriers des champs et des maisons pour les ouvriers des villes, les unes et les autres devant rester inaliénables pendant vingt-cinq ou trente ans.

Dans le camp opposé, des écrivains, comme Joaquin Costa, déclarent que la terre doit appartenir de toute nécessité à celui qui la cultive, et se font les apôtres de la théorie de la nationalisation du W, énoncée en Espagne, bien avant qu'Henry George ait publié son livre célèbre aux Etats-Unis, par des

1. Comte de San Bernardo. article publié dans l'Imparcial du 11 août 190-', et Conférence à l'Athénée de Madrid, 25 mai 1904; Prado y Palacio, El Socialismo agrario en Andalucia.

économistes remarquables et injustement oubliés, comme Florez Estrada etRamon de la Sagra1.

Estrada ne se contenta pas, d'ailleurs, de théoriser. Il voulut faire l'application de ses idées à une partie du territoire espagnol, comprenant les terres en friche et les biens de main-morte. Dans le journal El Espahol, il développa un plan économique, en vertu duquel, au lieu de vendre les biens nationaux « au prix de papier sans valeur et n'ayant pas cours », on les donnerait à bail emphytéotique aux colons du clergé, moyennant le paiement à l'Etat d'une rente égale à la redevance qu'ils étaient tenus de verser en qualité de fermiers. Ce plan, soumis aux Cortès en 1830, ne fut pas adopté, et c'est en vain que Estrada protesta contre la vente des biens nationaux ordonnée par la loi du 19 février. Dixneuf ans plus tard, aux Cortès constituantes de 1855, D. Claudio Moyano préconisa une solution analogue concernant une autre catégorie de bien, les biens communaux (propios) , que l'on « désamortissait » également. Mais sa proposition n'eut pas plus de succès que celle de Estrada2.

Sans aller aussi loin que les partisans de la nationalisation du sol, M. Canalejas, dans ses dis-

1. Florez Estrada, La cuestiôn social, origen, latitud, y efectos del derecho propiedad, Madrid, 1839: Curso de Economia politica. 1840, t. I ; La Sagra, Le mal et le remède, Paris 1859. La première édition de Progress and Poverty est de 1879. Il faut, d'ailleurs, remarquer que ni Estrada, ni la Sagra — qui ne se convertit aux idées collectivistes que sur le tard, probablement à la suite de voyages en Belgique, où il connut de Colins — n'admettent, comme Henri George, l'expropriation sans indemnité. Comme de Colins, Spencer et Gladstone, ils acceptent le fait établi. (Voir J. Costa, Colectivismo agrario en Espana, Madrid, 1898, pp. 28 et suiv.).

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