V. Pazos y Garcia, op. cit., p
cours au Parlement, au printemps de 1902, et avec lui un certain nombre d'hommes politiques d'idées avancées, comme MM. Azcârate et Melquiades Alvarez, ont soutenu la nécessité d'exproprier moyennant indemnité les latifundia non cultivés. 11 faut — disent-ils — amener, de gré ou de force, les grands propriétaires absentéistes du midi de la Péninsule à partager leurs domaines, à les donner à leurs ouvriers à ferme, à bail emphytéotique (censo) ou en pleine propriété, en vertu de contrats appropriés, dans le genre de ceux que nous avons vus. Pour le fermage (arrendamiento) , les conditions (durée, quotité de la redevance, indemnité pour les améliorations apportées à la terre, facilité de congé. droit de cession, etc.) doivent en être établies de manière à créer un lien d'une certaine stabilité entre le cultivateur et la terre. A la plupart des économistes espagnols, le bail emphytéotique (censo) apparaît, d'ailleurs, comme préférable au fermage. La solution « des trois F » en Islande n'a pas d'autre signification que la transformation du fermage en censo. Si le Code Napoléon ne parle pas de ce dernier contrat, en revanche, il est resté assez en faveur au sud des Pyrénées, où, pense-t-on, il pourrait rendre les mêmes services qu'au moyen âge, en permettant au prolétaire, comme autrefois au serf, de devenir successivement fermier, puis « censitaire », enfin propriétaire par le rachat de la redevance, du cens.
Au cas où les tenanciers actuels ne consentiraient pas à accorder de tels contrats à leurs salariés, on
les y forcera en les expropriant, moyennant indemnité, et cette indemnité consistera, par exemple, en titres de la Dette, dont l'intérêt sera prélevé sur les redevances emphytéotiques, payées, non plus à l'ancien propriétaire, mais à l'Etat.
La mise en demeure infligée aux propriétaires absentéistes pourrait résulter de l'obligation de payer l'impôt foncier, non pas proportionnellement au revenu actuel de leurs terres, mais à celui qu'on en devrait attendre, si elles étaient mieux cultivées.
Bien qu'une théorie aussi radicale, ne soit pas près — on le comprend sans peine — de triompher en Espagne1, il convient cependant de constater les progrès que l'idée d'expropriation a faits dans l'opinion, ainsi qu'en témoignent nombre de mémoires du concours de 1903, ou de brochures publiées ultérieurement.
Et, qu'on le remarque, il s'agit là d'idées défendues non pas par des socialistes ou des politiciens avancés, mais par des hommes, qui, par leur caractère ou leur situation, devraient être plutôt des « conservateurs »
Voilà, par exemple, un ingénieur agronome, D. José Quevedo, qui déclare : « ïl est presque sûr que si les riches d'Andalousie avaient été à la hauteur qu'exige leur position sociale, en utilisant en temps voulu les enseignements qu'ils auraient pu tirer de
d. Les Espagnols invoquent volontiers, à l'appui des thèses qu'ils soutiennent, l'opinion des étrangers. Les partisans de l'expropriation citent particulièrement des économistes français, comme Ueschamps (dans la Réforme .sociale, t. XLIV, p. 492) ou italiens, comme Enrico Cimbali. Jacini, etc.
l'histoire et des progrès de la science, à cette heure, il ri y aurait pas de question sociale... » Ailleurs, le même auteur propose la répartition des terrains faisant partie du domaine public, et même des biens incultes des particuliers, en les expropriant moyennant indemnité l.
Un aristocrate, D. Manuel Vasquez Armero, marquis de Sancha, est d'avis que lorsqu'un terrain propice à la culture est laissé en pâturage, l'Etat doit obliger son possesseur à le cultiver ou à le donner à d'autres pour qu'ils le cultivent, pour cette raison que « lorsque le bien commun et l'utilité publique s'imposent, les intérêts doivent prévaloir sur ceux du propriétaire, ni plus ni moins que pour les gisements miniers, où la loi met les propriétaires en demeure de les exploiter, ou bien de laisser à d'autres le soin de le faire2. »
Un riche propriétaire et intelligent agriculteur, M. Fernando Liera y Eraso, dans une étude publiée la même année, — que nous avons déjà mentionnée, — cite, parmi les remèdes de nature à résoudre la question agraire, '< Faction tutélaire de l'Etat », qui « doit consister à encourager les propriétaires à diviser leurs terres labourables... en les stimulant par des récompenses importantes, ou en menaçant de les -punir par de lourdes contributions de la mauvaise exploitation de leurs champs. » Concrétisant sa pensée, il déclare plus
1. Memoria acerca del problemu agrario en el Mediodia de Espana i publication de l'Institut de Réformes sociales, Madrid, 1904).
2. La lucha entre el capital y el trabajo agricolas en Andalucia (conférence faite à l'Athénée de Madrid le 8 janvier 1908).
loin que le grand propriétaire « absentéiste \> pourrait être accusé d'abus de propriété, et être l'objet d'un contrôle officiel, et s'il était démontré qu'il ne travaille pas ou que c'est de manière stérile, on l'expropriera, et l'on vendra sa terre aux enchères publiques par parcelles : comme dédommagement, on lui remettra le prix de vente ou on disposera que le censitaire lui versera chaque année « une redevance... ' »
Enfin, un prêtre, D. José Lamano y Beneite, chanoine de la cathédrale de Salamanque, après avoir dénoncé les maux économiques, politiques et sociaux qui dérivent de 1' « absentéisme », indique un certain nombre de remèdes et s'écrie : « Mais si du honteux et ignoble marasme où gisent nos « absentéistes », on ne réussit à les faire sortir avec la ferme volonté de s'amender,... moi, messieurs, je n'hésiterai pas à frapper de la hache l'arbre à sa racine; et, en cas de nécessité, j'irai droit à la « désamortisation » des latifundia que le maître ne cultive pas lui-même directement ou dont il ne dirige pas l'exploitation2. »
Certains « catholiques sociaux » rappellent aussi que, en pareils cas, les papes n'hésitèrent pas à décréter non seulement l'expropriation, mais même la confiscation, comme châtiment de l'obstination des propriétaires, préjudicielle au bien commun3.
1. El latifundia, la crisis agraria y la cuestiôn social (Madrid, 1904).