‹ La question sociale en EspagneChapitre 15 sur 187 · Zancada, op. cit., p · texte numérisé non relu

Zancada, op. cit., p

3. Francisco Mora, op. cit., déclare, il est vrai, que les forces de l'Internationale ne dépassèrent jamais 60.000 travailleurs.

,vi millions le chiffre total des ouvriers appartenant tant à l'agriculture qu'à l'industrie en Espagne à celte époque, on constate donc que moins du dixième d'entre eux riaient inscrits à l'Internationale. Elle n'en poursuivait pas moins une active campagne de propagande dans de nombreux journaux, qui défendaient tous le programme de Bakounine : la Solidaridad et la. Fédération, de Barcelone, El Orden, de Cordoue, El (torero, de Grenade, la International , de Malaga, ElCondenado, los Descamisados, El Petroleo, de Madrid, la Revista Social de Gracia.

Un certain nombre de sociétés à caractère corporatif ou professionnel survécurent au décret de Serrano. Parmi les plus importantes, il convient de citer : la Fédération pericial detoneleros de San Martin de Provensals (près de Barcelone), avec 3.000 associés ; la Union del arte de imprimir, comprenant 2.000 membres, à Madrid; la Union de obreros en hierro y metales, également à Madrid, avec 4.000 sociétaires: enfin, la plus puissante d'entre elles, la Fédération de las ire* clases de vapor, dont nous avons vu les origines, et qui arriva à grouper 6.000 individus.

La dissolution de l'Internationale fut un coup terrible porté au socialisme révolutionnaire. Les anarchistes en profitèrent, cependant, pour s'émanciper de façon définitive des marxistes et s'attacher davan-

tage ù leur propre idéal. A les en croire, ils ne cessèrent d'être secrètement organisés, mais ils continuèrent dans l'ombre leur travail de propagande. particulièrement actif en Catalogne et en Andalousie. En dehors de noyaux importants sur le littoral cantabrique et dans la région levantine, ces deux provinces sont encore aujourd'hui celles où les acratas sont les plus nombreux. L'anarchisme est loin, au reste, de présenter, dans Tune et dans l'autre, les mêmes caractères.

Rien n'est plus caractéristique de l'esprit anarchiste en Andalousie, que l'histoire — encore mystérieuse et mal éclaircie — de la Mano Negra, société secrète de Xérès, qui rappelle par certains côtés la Camorra napolitaine ou la Mafia de Sicile, et aussi le Nihilisme russe : son retentissant procès en 1883 et les exécutions qui suivirent remplirent quelque temps les journaux de la Péninsule et du monde entier l.

Vingt ans plus tard, après les événements de Montjuich, la divulgation de certains faits provoqua un important mouvement d'opinion, tant en France qu'en Espagne. Sur la foi de renseignements qu'ils tenaient d'outre-monts, de brillants polémistes, tels que MM. Clemenceau, Jaurès, de Pressensé, affirmèrent que la Mano Negra n'avait été qu'une invention de la police espagnole, en vue d'étouffer l'important mouvement syndicale tendancesanarchistes.

1. On trouvera de curieux détails sur la Mano Negra dans le livre de Magalhaes Lima, cité à la fin de ce volume. Cet auteur estime à 40.000 le nombre des travailleurs alliliés à cette association, mais ce chiure parait exagéré à M. Zancada {op. cit., p. 194), qui le réduit à 20.000.

qui devenait inquiétant en Andalousie '. II semble, en tout cas, certain que le Gouvernement impliqua

dans les actes de brigandage reprochés à la Mann Negra les plus connus des militants libertaires de cette région, et qu'il envoya au garrote ou au bagne bien des innocents.

Cette cruelle répression n'arrêta pas les progrès de l'anarchisme dans le midi de l'Espagne : on en eut la preuve dans les terribles événements survenus à Xérès le 8 février 1892, qui devaient se répéter dix ans plus tard, en 1902. Il faut chercher la raison de ces soulèvements périodiques aussi bien dans le tempérament exalté et violent de la race — où semble dominer encore le sang arabe — qu'à la misère effroyable de celte région, fertile mais mal irriguée, et désolée, en outre, par ces deux grands maux : l'égoïsme maladroit de certains seigneurs fonciers et le caciquisme politique... L'Andalousie est loin d'être le pays des chants et des danses, qu'on s'imagine trop souvent à l'étranger : on est beaucoup plus près de la vérité en la caractérisant d'un mot : « la Sicile de l'Espagne ». Les théories révolutionnaires y trouvent un terrain tout préparé. Elles éclatent brutalement, aux années de disette : le peuple, — sous la direction des centres permanents, répandus dans tout le pays — se soulève, pille les boulangeries, s'atlaqife aux fermes, fait le coup de feu contre la garde civile.

La grève de Moron, en 1902, est un exemple

1. Voir La Mano Negra et La Mano Negra et l'opinion française. (Publications des Temps nouveaux.)

typique de la haine des classes et de la propagande anarchiste dans cette région. La lutte entre patrons et ouvriers y prend un caractère nettement personnel. Mal rétribues et mal nourris, excité* par les apôtres libertaires du Ceritro obrero,. 30.000 braceros se mirent en grève. Ils furent bientôt suivis par tous les ouvriers de la ville. Le mouvement devint général, au point que jusqu'aux domestiques, aux employés de la municipalité... et aux nourrices rirent cause commune avec les grévistes ! Tout avait été rigoureusement organisé : un jour était fixé pour le partage des propriétés, et chaque gréviste était chargé de ce se débarrasser » de tel ou tel propriétaire. La confiance dans le succès était si grande chez ces malheureux, qu'ils avaient convenu de différer les mariages projetés jusqu'au jour du partage. Et ce n'était pas seulement de terres ou de bétail qu'il s'agissait de répartir, mais aussi des vêtements de soie et des bijoux des belles dames de la ville, « qui faisaient loucher les servantes! l » Comme la plupart des mouvements antérieurs, ce ne fut, au reste, qu'une flambée de paille, et il suffit de l'apparition de la gendarmerie, pour mettre fin à l'émeute.

La grève de Jerez fut plus pacifique, et elle n'arriva pas à être générale. Irrités contre les patrons, qui « pour deux réaux exigeaient d'eux un travail de seize heures » et contre les autorités, qui ordonnaient la fermeture de leurs cercles et qui persécu-

1. Lettre adressée de Séville à Y Impartial de Madrid, par F. de Léon Trojano, 9 juin 1903.

4i LA QUESTION SOCIALE EN ESPAGNE

taienf leurs sociétés, 6.000 ouvriers agricoles quittèrent les cortijos voisins pour venir présenter leurs réclamations aux patrons. Ils formaient comme une armée assiégeante, campée aux portes de la ville. Les patrons ne consentirent à aucune concession, et. au bout de quelques mois, la situation des grévistes devint telle qu'ils se retirèrent d'eux-mêmes, sans avoir rien obtenu. Les craintes que suscitait le souvenir des troubles de 1882 et de 1892 ne furent pas, cette fois, justifiées.

Dans la province voisine de Malaga, la propagande faite depuis 1900 par une femme, Belén Sanaga, a abouti à la constitution d'une association ouvrière, la Fédération Malagueha, qui réunit, paraîtil. plus de soixante sociétés particulières et 20.000 membres. Son but esl d1 « unir les individus et les collectivités épris de justice et de liberté, pour défendre el faire respecter les droits et libertés des entités qui la constituent 1... » C'est donc, avant tout, une société de résistance et de lutte contre les patrons elles capitalistes. Elle renferme principalement des ouvriers des champs, et son action a été assez forte pour obliger les propriétaires fonciers à modifier leur attitude à l'égard de leurs employés. La Fédération est républicaine et anticléricale; elle se propose aussi de faire l'éducation de ses membres : elle a fondé des écoles et elle lutte contre l'alcoolisme. A cet égard, son action a été, parait-il, bienfaisante. A côté d'elle, un autre groupement,

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