‹ La question sociale en EspagneChapitre 16 sur 187 · José Jerique dans le Heraldo de Madrid. -2 juin · texte numérisé non relu

José Jerique dans le Heraldo de Madrid. -2 juin

le Faro de Andalucia, comprend une vingtaine de sociétés d'un caractère libertaire plus avancé et est partisan de la grève générale \

Des groupements de cette importance (il est, d'ailleurs, bien difficile d'être exactement renseigné à leur sujet) constituent, naturellement, une exception. Le plus souvent, les acratas ne forment que de petits cercles, éparpillés dans les villes et les bourgades du midi de l'Espagne, où ils contribuent, il est vrai, à entretenir la flamme révolutionnaire. L'anarchisme andalous est un anarcbisme aux «-lises aiguës mais brèves ; plutôt qu'à des mouvements réfléchis et préparés de longue main, les émeutes, dans cette partie de la Péninsule, font songer à une série d'incidents d'une gravité extrême, mais sans cohésion, sans direction, sans autre impulsion que la faim et la colère .

1. Je crois intéressant de donner ici un exemplaire des appels adressés par les apôtres anarchistes à la population des campagnes. Je remprunte à une brochure intitulée La redenciôn i/el campesino, due à un libertaire connu, Antonio Apuln (1902) : « Pour les campagnards, il n'existe pas de droits, et si parfois la société se souvient de vous, vous devrez lui en être reconnaissants, comme on reçoit une aumône laite par charité, mais non pas comme une dette dont vous êtes les créanciers. Vous naissez esclaves, et esclaves vous mourrez, sans avoir profité d'aucun des progrès, même les plus infimes, de l'humanité. Vous vivez à la lumière dans l'obscurité d'une étable, d'une cortijada ou dans les logis insalubres des villes populeuses, quand vous n'avez pas pour berceau les bords d'un ruisseau ou d'un cours d'eau, où vos mères viennent laver le linge des maîtres amos) pour augmenter de quelques centimes le maigre salaire de vos pères; vous pressez le lait à un sein épuisé, et, à peine nés. vous commencez à souffrir de la faim; quand vous commencez à marcher, à l'âge où vous devriez aller à l'école pour apprendre à parler et à communiquer avec vos semblables au moyen de l'écriture, on vous conduit aux champs : il faut que vous gagniez pour vous-mêmes, sinon vous iriez pieds nus et sans vêtements, car vos parents ne peuvent rien pour vous... Au village, il n'y a que deux endroits où vous puissiez passer le temps : l'église et la taverne... » 'Cité par Pazos y Garcia, op. cil , p. 218).

L'anarchisme catalan est autrement redoutable, parce qu'il est moins impulsif et plus fortement organisé. Il est aussi plus « intellectuel ». Barcelone est le quartier général de l'anarchisme en Espagne. Nous savons déjà à la suite de quelles circonstances. Il faut ajouter que ce grand port méditerranéen est le rendez-vous des aventuriers et des exilés de tous pays, des ouvriers dont les idées trop avancées ou les difficultés avec la police ont rendu le séjour chez eux impossible. L'influence de l'étranger y fait que le fanatisme religieux et l'oppression politique y sont plus mal supportés que dans les autres provinces. Nulle part aussi, la lutte des partis, attisée par l'esprit autonomiste qui est celui de la grande majorité des Catalans, n'affecte de caractère plus violent.

C'est un Italien, un ami de Bakounine, Fanelli, — nous l'avons vu, — qui a^ait créé, en 1869, dans la « cité comtale », un des principaux noyaux de l'Internationale en Espagne. Ce fut un autre Italien, le cordonnier Alfredo Baccherini, qui, vingt ans plus tard, s'y montra le principal apôtre de la « propagande parle fait ». Le succès en fut tel que les premiers attentats à la dynamite, de caractère véritablement anarchiste, datent de cette époque. À partir de 1884, les explosions à Barcelone se succèdent presque sans interruption. Le Gouvernement y répondit par des mesures énergiques : les atten-

lats de Pallas contre le maréchal Martinez Campos et du théâtre de Liceo (septembre et novembre 1893) qui suivirent de près la répression des troubles de Xérès tirent voter la loi du 10 juillet 1894 contre les anarchistes. Les dispositions en furent rendues encore plus sévères deux ans plus tard, après l'explosion de la rue de los Gambros Nuevos. Loin d'enrayer l'anarchisme, — on doit le reconnaître, — ces lois et surtout les injustices et les maladresses de la police ne firent que l'exaspérer. Les inutiles cruautés de Montjuich servirent de prétexte à l'attentat dont fut victime Canovas del Castillo, à Santa Agueda.

Ces bombes et ces crimes pouvaient être le fait d'étrangers, d'individus isolés : ce n'en est pas moins de Barcelone que partait chaque fois le coup qui allait frapper1. Il arriva parfois aussi que l'action anarchiste revêtit une forme collective. C'est ainsi que, lors de la première manifestation du 1er mai, en 1890, — tandis que les socialistes madrilènes, sous la conduite de Iglesias, rendaient visite à Sagasta et protestaient de leur respect de la loi, — le prolétariat de Barcelone, sous l'influence des libertaires, arborait le drapeau de la grève générale et entrait en lutte avec la force publique, aux accents de l'hymne anarchiste, véritable chant de guerre2.

1. Pour plus de détails sur ces divers attentats, on pourra consulter notre étude : V Anarchisme en Espagne, dans Lu Revue du 1er avril 1908.

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