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et d'attaque contre Les patrons et contre l'Etat... » Pierre Kropotkine écrivait de son côté : « Ce qu'il faut, c'est inculquer à la jeunesse les idées d'émancipation, c'esl l'habituer à penser par elle-même et à protester contre l'autorité... » Et Charles Malato : « 11 faut élever les enfants dans le sens de nos idées, car les enfants, c'est l'avenir. 11 faut les instruire, non autoritairement, brutalement, en leur enseignant tics absurdités comme les dogmes religieux qui sont hors de l'entendement humain, mais en éveillant leur cauir et leur cerveau... »
L'ana.rchisme espagnol paraît avoir suivi ces conseils, el. à bien de> symptômes, on peut juger qu'il se produit en son sein une évolution. Une constitue plus une secte d'assassins et de dynamiteurs, et la plupart des attentats de Barcelone de ces dernières années — qui sont probablement l'œuvre d'individus isolés — ne sauraient lui être imputés. Au lieu de frapper les esprits parla terreur, les libertaires l'ont appel à l'intelligence et à la raison, et, tout naturellement, c'est aux jeunes gens, aux enfants, qu'ils s'adressent de préférence. Un de leurs groupements s'appelle Centre d'Études Sociales, comme pour affirmer leurs prétentions scientifiques. L- Ecole Moderne que dirigeait un homme, — dont le nom a acquis, après sa mort, une célébrité mondiale, — l'ancien secrétaire de Ruiz Zorrilla, Francisco Ferrer, et qui a été fermée après l'attentat deMorral (31 mai 1906), comptait surtout des anarchistes dans son personnel enseignant. On peut encore lui trouver des succursales ou des imitations dans d'autres villes d'Es-
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pagne, et la nouvelle tendance que ces écoles symbolisent ne laisse pas d'être inquiétante.
Francisco Ferrer, que j'ai eu l'occasion de voir en 1008 à Paris, s'est défendu énergiquement devant moi — ■ comme il n'a cessé de le faire devant ses juges pendant les deux procès qui ont. été engagés contre lui et jusqu'à ses derniers moments — de professer des idées anarchistes. A l'en croire, il n'était qu'un républicain et un libre-penseur. Le gouvernement espagnol a fait, cependant, état contre lui d'une lettre qui fut versée déjà aux débals du procès Ferrer-Nakens qui suivit l'attentai de Morral, et dont certains passages sont assez significatifs '. À supposer que ce document soit bien authentique, il ne suffirait pas à prouver, selon certains, que Ferrer fût un anarchiste, et M. Charles Malato, qui Ta beaucoup connu, hésite à le considérer comme tel : « Aucune évolution, écrit-il. ne 1 effrayait, mais, avec son esprit précis et méthodique, il se rendait bien compte que tout ne se réalise pas en un jour et que la voie du progrès demeure inces- ' samment ouverte. 11 voyait en la république, même
1. a ... Nous devons nous borner à faire des commentaires et des réflexions aux élèves sur les institutions, afin de les éclairer sur le mensonge religieux, gouvernemental, patriotique, politique, juridique et militaire, et de préparer ces jeunes iutelligences à la révolution sociale.
11 ne nous intéresse pis aujourd'hui de faire de lions ouvriers, de bons employés, etc Nous voulons détruire la société dans ses fondements mêmes. Car conséquent, notre enseignement doit être radical et les idées inculquées nettement révolutionnaires.
11 importe peu que les heures de classe, les matières enseignées soient les mêmes que celles des autres établissements; tout cela est secondaire. Nous n'avons ni le temps ni les moyens de tout changer.
Pour aujourd'hui, contentons-nous d'introduire des idées de destruction dans les cerveaux. Plus tard, nous verrons. »
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bourgeoise, un premier pas qui devait êjtre suivi de beaucoup d'autres... » II est vrai que M. Malato ajoute aussitôt : « On pourrait dire, sans crainte de se tromper, que le concept de Ferrer était celui-ci : république à base sociale et à orientation libertaire *. )>
La réalité semble être que sans avoir un idéal social nettement défini (son instruction était, en réalité, assez rudimentaire), Ferrer croyait uniquement que pour régénérer son pays et sauver le prolétariat, il fallait, avant toutes choses, faire table rase des institutions actuelles, tant monarchistes que religieuses. Les républicains décidés en Espagne, et les révolutionnaires prêts à l'action ne pensent guère différemment, et ceci ne doit pas nous surprendre après la remarque générale que nous avons déjà faite, que le « juste milieu » — tant en politique que dans le domaine des idées sociales — fait encore à peu près complètement défaut au sud des Pyrénées. Il semble bien, en tout cas, que les anarchistes espagnols n'admettent plus qu'un moyen violent de lutte contre la société capitaliste : la grève générale (le crime de Morral, à les en croire, fut l'œuvre d'un fou) 2. Et par là ils se rapprochent singulièrement de nos « syndicalistes révolutionnaires ». 11 suffit, au reste, de parcourir le principal organe des liber-
1. Dans les Documents du Progrès, novembre 1909. Adde. Alfred Naquet. The case of Francisco Ferrer. Dans la Nineteenth Cenlury, novembre 1909. D'après M. Naquet, Ferrer était un ennemi de la violence et ne comptait pour le triomphe de ses idnes que sur l'éducation et sur l'exemple.