‹ La question sociale en EspagneChapitre 19 sur 187 · Voir notre étude parue dans la Revue. 1C1 avril · texte numérisé non relu

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taires de Barcelone, Tierra y Libertad (Terre et JLiberté), pour voir avec quelle attention et de quel œil bienveillant on suit là-bas, parmi les compagnons, le curieux mouvement qui se fait chez nous. Anselmo Lorenzo, le patriarche de l'anarchisme espagnol, n'hésite pas à traduire dans la bibliothèque la FI uelga général (la Grève générale) — encore un titre significatif — l'opuscule de E. Pouget : les Bases du syndicalisme.

D'ailleurs, le mouvement social révolutionnaire chez nos voisins a été, de tout temps, un mouvement exclusivement ouvrier, et, pour leur part, les libertaires de la Péninsule n'ontjamais compté dans leur sein d'aristocrate comme Bakounine ni de savant comme Reclus.

A leur tour, les syndicalistes français vont donner aux révolutionnaires espagnols ce qui leur manque, et c'est justement le syndicat. C'est lui qui permettra peut-être aux éléments épars des forces de Fanarchisme, disloquées, comme nous l'avons vu depuis 1903, de se rapprocher et de se coordonner à nouveau.

Il apparaît de là que les révolutionnaires des deux versants des Pyrénées n'ontjamais cessé d'être en contact. L'influence qu'anarchistes espagnols et syndicalistes révolutionnaires français exercent les uns sur les autres est certaine, bien qu'inconsciente peut-être de ce côté-ci des monls. Ce n'est pas à dire que leur idéal soit le même: nos affiliés des Bourses du Travail entendent, malgré tout, demeurer fidèles à Karl Marx, tandis que les libertaires de la Pénin-

suie restent les disciples de Proudhon et de Bakounine '.-

Mais c'est par leurs moyens d'action?, au moins, qu'ils se ressemblent. L'idée de la grève générale que préconisent nos syndicalistes, il y a beau temps que les compagnons de Barcelone s'en font les apôtres et la mettent en pratique ! L'échec de 190:2 fut attribué surtout à ce que la propagande antimilitariste n'avait pas été, au préalable, assez active. « C'est un fait indéniable, déclarent-ils, que tant (jue l'armée prêtera son concours et son appui aux classes dirigeantes, le peuple, malgré son héroïsme, sera vaincu. » Ceci explique que lors des récentes « journées de juillet », qui ensanglantèrent de nouveau les pavés de la cité comtale, et qui furent motivées, avant tout, par l'expédition du Maroc', les insurgés recevaient les troupes, envoyées contre eux, aux cris, en apparence contradictoires, de « À bas la guerre ! » et « Vive l'armée ! » Les malheureux espéraient ainsi amener les soldats à faire cause commune avec eux... Dans la pensée des libertaires espagnols, l'antimilitarisme doit donc préparer les voies à la grève générale, et c'est encore un point où se rencontrent les anarchistes de la Péninsule et

1. Il est, au reste, facile de trouver entre l'anarchisine et le syndicalisme bien des différences, au moins théoriques : dans le syndicalisme, l'idée sort et résulte de l'action, tandis que dans l'anarchisme, l'idée domine la pratique; le syndicalisme est essentiellement ouvrier, alors que l'anarchisme a la prétention d'être humain : etc. (Voir Hubert Lagardelle, Le Syndicalisme dans les Documents du Progrès, avril 1908.)

Tout ceci n'empêche pas Pouget de remarquer que « le mouvement syndicaliste actuel n'est qu'une conséquence logique de l'Internationale. » (Le Syndicat, p. la.)

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