‹ La question sociale en EspagneChapitre 29 sur 187 · Voir p. ii'0-i · texte numérisé non relu

Voir p. ii'0-i

LA CONDITION Dl PROLÉTARIAT DE L INDUSTRIE 79

4.854.742 personnes (4.033.391 hommes et 821.351 femmes) occupées à des litres divers, propriétaires inclus, aux travaux de l'agriculture et de l'élevage.

Le recensement de 1900 (tome IV) donne les renseignements suivants : pour une population de 18.753.206 habitants, 4.558.251 individus sont occupés à l'exploitation de la superficie du sol et 998.248 dans l'industrie (y compris les mines, carrières et salines), tandis que 136.373 personnes se dédient au commerce, 224.211 à des professions libérales (non compris le clergé et l'armée) , et 134.624 à l'industrie des transports (voyageurs et marchandises).

De ces derniers chiffres, il résulterait donc que pour 1.000 individus, 244 seraient agriculteurs, 75 occupés dans l'industrie, 14 dans le commerce, 13 s'adonneraient à des professions libérales, 7 seraient employés dans l'industrie des transports ; enfin, 647 sont considérés comme non producteurs.

Cette division est nécessairement très arbitraire : c'est ainsi qu'il nous paraît bien difficile de faire figurer, parmi les personnes employées à des « travaux agricoles », 41.251 qui sont mentionnées, dans le recensement de 1900, sous la rubrique de ce pêche et chasse ». D'un autre côté, il est certain que parmi les individus classés « comme vivant principalement de la location de leurs immeubles » au nombre de 241.005, les 6.081 « rentiers » et les 17.555 « propriétaires qui vivent de la location de

leurs immeubles, et principalement d'une autre profession ou mode d'existence ». il s'en trouve un certain nombre qui s'intéressent, de manière quelconque, à l'agriculture.

Enfin, les statistiques ne nous donnent pas une idée suffisante de la proportion des propriétaires ou patrons par rapport à celle des ouvriers et salariés. Si le Censo de 1900 mentionne à part 580.743 « jornaleros, braceros, peones et destajistas », dont 541.395 hommes et 39.348 femmes, il est certain que ces chiffres ne représentent pas la totalité des prolétaires dc^ villes et des campagnes, dont un grand nombre doivent être compris sous la mention générale de « personnes s'adonnant à des travaux agricoles » ou « occupées dans l'industrie » '.

Ces réserves faites, ce qu'il convient de retenir, c'est l'extrême supériorité du nombre des personnes qui se consacrent à l'agriculture, par rapport à celles qui vivent de l'industrie, et cela nous amène à penser que la question sociale en Espagne — et cette conclusion sera confirmée par d'autres observations, au cours de ce travail — est, avant tout, une question agraire.

Les statistiques antérieures nous montrent aussi aue l'industrie dans la Péninsule est très localisée, qu'elle est circonscrite même dans un petit nombre de provinces et de villes. C'est ainsi que sur les

1. A simple titre de curiosité, rappelons que la statistique de 1787, pour une population totale évaluée à 10.409.879 individus, donnait les chiffres de 907.197 laboureurs (labradores) et de 964.571 salariés \jornaleros). (D'après Manuel Colmeiro, Historia de la Economia Politica fn Espana, 1863.

243.867 personnes que le recensement de 1887 mentionne comme occupées dans l'industrie, 78.941 figurent dans -la province de Barcelone, 18.724 en Biscaye. 12.243 dans la province de Malaga et 10.814 dans celle de Murcie. Viennent ensuite : Alicante, Valence avec 9.541 et 9.196, Huelva, Gerona avec 8.931 et 8.925, Guipuzcoa avec 6.416, Oviedo, Jaen et Séville avec 5.628, 5.422 et 5.271, Madrid, Cadix, Tarragonne, Salamanque avec 4.724, 4.304, 4.154, 4.120, Cordoue, Grenade, Ciudad-Réal, Almeria avec 3.700, 3.416, 3.261, 3.011, Teruel, les Baléares, Badajoz, la Corogne, Saragosse avec 2.669, 2.427, 2.184, 2.157,2.057, les Canaries, Logrono, Santander, ValladolidJ'alencia, Castillon, Burgos,Cacerès, Albacete avec respectivement 1.817, 1.708, 1.663, 1.449, 1.402, 1.276, 1.133, 1.110. 1.010 individus. Enfin, dans les autres provinces — d'après la statistique de 1887 — le nombre des personnes employées dans l'industrie est inférieur à 1.000.

Bien qu'il ne faille pas, je le répète, prendre ces chiffres à la lettre, on peut eu tirer cependant cette conclusion générale, que deux provinces, Barcelone et Bilbao, occupent, à elles seules, plus du tiers du nombre total des personnes exerçant une industrie, à un titre quelconque. Bien plus, si Ton groupe le nombre des travailleurs par régions, on verra que la Catalogne ^comprenant les provinces de Barcelone, Gérone, Tarragone, Lérida) en emploie environ 93.000 et les provinces basques (Biscaye, Guipuzcoa, Alava) 25.000, soit, en tout, 118.000, c'està-dire près de la moitié du chiffre total, et qu'il reste

pour 44 provinces un chiffre à peine supérieur1. Cette disproportion suftit à expliquer l'antagonisme économique qui s'est si souvent manifesté entre ces deux provinces, essentiellement industrielles, d'une part, et le reste du royaume, principalement agricole, d'autre part. Ce conflit d'intérêts a apparu surtout lors de la dernière revision des tarifs douaniers, les industriels étant naturellement protectionnistes et les agriculteurs plutôt enclins à des tendances libre-échangistes. Nous aurons l'occasion d'en reparler, en étudiant les effets des tarifs de douanes sur la situation de l'agriculture". D'ores et déjà, nous pouvons remarquer que la victoire remportée en 1892, puis en 1906, par les protectionnistes — c'està-dire par les industriels de Catalogne et des Yascongades — a contribué, de façon certaine, au renchérissement général de la vie au sud des Pyrénées.

1. Quel est, dans le total des « travailleurs », le nombre des femmes ? Les statistiques ne nous permettent pas de le savoir. Cependant, M. Morato (dans VHeraldo de Madrid, 19 juillet 1906), établit le tableau suivant, en prenant comme point de départ la dernière statistique de professions que nous possédions, celle de 1887, en la comparant à celle de 1877, et en supposant que les augmentations ou diminutions, dans chaque province, ont suivi la même progression entre 1887 et 1900 que pendant la décade antérieure. Nous ne reproduisons, bien entendu, ces chiffres qu'à titre de curiosité.

Nombre de femmes.

Agriculture "18.080

Service doni isti i •■ 335.502

Industrie 266.210

Professions libérales cl commerce 58.623

1 .378 421 Les provinces, où le travail de la femme apparaît le [dus grand, sont, en première li^ne. celles où la propriété est très subdivisée (Galice, Asturies, Léon), puis celles où la vie industrielle est la plus intense (Biscaye), ou qui offrent nue clientèle de luxe importante (Madrid, Guipuzcoa . lui dernier lieu, vieenent les provinces où domine la moyenne propriété ou qui ont une faible densité de population.

Page 1