CHAPITRE PREMIER
Deux faits importants qui ont eu leur influence sur la situation actuelle du prolétariat : la suppression des gremios et les lois de desamortizaciôn.
Traits caractéristiques du mouvement ouvrier en Espagne.
I. Avant l'internationale. — Le réveil de l'esprit corporatif en Catalogne : la société des Tisserands manuels [1842-1843). Les précurseurs : F. Estrada, La Sagra. Abreu, Garrido. Le retentissement de la Révolution française de 1848 : propagande républicaine et socialiste. Les nouvelles sociétés : la Union de closes. La grève générale de Barcelone de 1855. Émeutes en différents points du royaume et répression (18:J6-1863).
II. L'internationale. — La Révolution de Septembre 1868 et l'introduction de l'Internationale en Espagne (1869) : la Fédération régional éspanola. Autoritaires et antiautoritaires. L'existence de l'Internationale mise en cause aux Cortès : sa dissolution (17 janvier 1872). La Nouvelle Fédération madrilène : la lutte se poursuit entre les marxistes et lesbakounistes. La République de 1873 : linsurrection « cantonaliste ». Nouvelle dissolution de l'Internationale (janvier 1874).
III. L'anarchisme. — Le développement des idées anarchistes. La Mano THegra : l'anarchisme en Andalousie : les grèves de Moron et de Xeres en 1902. la propagande libertaire; la Fédération Malaguena et le Faro de Andalucia.
L'anarchisme en Catalogne : les attentats de Barcelone. Les
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grèves générales de 1890 ef de 1902. L'histoire interne de l'organisation anarchiste : la Fédération des Travailleurs de la région 1881). Divergences entre » collectivistes» et « communistes ». La Fédération de résistance au capital [1881). La F ration régionale des sociétés ouvrières (1900). Le syndicalisme révolutionnaire et la réorganisation des sociétés anarchistes : la Solidaridad obrcra de Barcelone et la C. G. T. L'Ecole Moderne de Ferrer. Quelques aperçus sur les derniers événements.
IV. Le socialisme. — Pablo rglesiaset l'Union générale des travailleurs.. Le parti socialiste ouvrier : sa fondation, son programme, si s Congrès. Sa tactique. Son action : élections politiques, grèves, campagnes dans le pays. Les rapports des tlistes et des républicains. La crise actuelle du socialisme : ses causes. Loup d'œil général sur le rôle joué par le socialisme en Espagne.
Conclusion : Dangers que présente pour la paix sociale la nouvelle réorganisation de l'Internationale sous la forme du syndicalisme révolutionnaire.
Nous n'avons pas l'intention de remonter dans cette étude au delà de la seconde moitié du siècle dernier1. De l'histoire antérieure, nous ne retiendrons que deux événements, qui ont eu une répercussion importante sur la condition actuelle du prolétariat. Le premier de ces faits — qui intéresse les travailleurs des villes — est la disparition des ancien nés corporations ou gremios; le second, qui concerne particulièrement le prolétariat rural, est la promulgation des lois de sécularisation et de « désamortiss emen t » desamortizac on).
Les gremios eurent, comme nos antiques corps de métiers, leur heure de prospérité, et leur disparition
i. Je renvoie le lecteur curieux de connaître l'histoire sociale antérieure aux i tud is rie Garrido, Borrego et Zancada, citées à la fin de ce livre ainsi qu'à l'ouvrage de M. liafael Altamira, Historia de Esp yde la Civilizaciûn espanola Barcelone, 3 tomes, 1900-1906). Ce remarquable travail, encore inachevé, s'arrête à l'année 1700.
obéit aux mêmes causes. Ils étaient répandus dans toute l'Espagne : on les connaissait en Catalogne sous le nom de germandats, dans la province de Valence sous celui de gefmanias, ailleurs sous le terme général de cof radias, confréries, qui trahit bien leur caractère d'associations religieuses, en même temps que professionnelles1. L'accentuation des défauts inhérents à leur constitution, leur impuissance à s'adapter aux besoins nouveaux de la vie industrielle, enfin, la chute de l'ancien régime politique furent les principales raisons de leur ruine. Dès le milieu du xvm" siècle, on leur reprochait communément, chez nos voisins, d'être une entrave au progrès de l'industrie et une cause de décadence : le 25 janvier 1771), le gouvernement prit l'initiative de consulte;' les sociétés économiques, dites de< Amigos del Pais, si puissantes à cette époque, au sujet des modifications qu'il convenait d'apporter aux ordonnances régissant les gremios. Parmi leurs adversaires les plus décidés, on peut citer les noms les plus illustres de l'économie politique espagnole : J. Campomanes", Jovellanos3, Ward*, Larruga5,
1. Voir Colmeiro, Risloria de la Economia politica de Espana : I londe de Torreanaz. Los gremio ictureros enEspana, 1S86; Capmany,
Memorias historien* sobre la marina, comereio y artes de lu antiguaciudad de Barcelona, 1780; lïi.i y Sarthou, Las asociaciones obreras en , Espana .Madrid. 1900); II. Leonhard, Ueber Handwerkergelden und Verbrunderungen in Spanien dans les Jahrbiicher fur Nalionalôkonomie und Statistik, avril 1909); Luis Tramoyeres Blasco, Institut gremiales, su origen y o\ n en Valencia, avec un prologue de
D. Eduardo Perez Pujol (Valencia, 1889).
-. Discurso sobre le educaciôn popular de loscortesanosysufornento.