‹ La question sociale en EspagneChapitre 66 sur 187 · I . Mesure valant · texte numérisé non relu

I . Mesure valant

pie en y construisant une maison, et qui est souvent plus lourd que le foro lui-même), les opérations de ianteo, retracto, comiso1, etc., sont autant de lourdes charges qui absorbent le revenu des terres et contribuent à l'extrême misère des paysans de la Galice. Leur réputation de plaideurs enragés vient justement de la constitution de la propriété rurale dans cette province. En même temps, un tel état de choses porte l'incertitude dans le régime foncier, encourage les fraudes, empêche le développement de la richesse territoriale et les progrès de l'agriculture, et est une menace de troubles pour la tranquillité publique.

Comment y porter remède ? Telle est la question qui s'est posée, dès le xvme siècle, à l'attention des pouvoirs publics. 11 faut choisir entre deux solutions : restituer la pleine propriété au propriétaire ou rendre le possesseur actuel, le forero, propriétaire du sol qu'il cultive.

La première solution — celle de la réversion — fut proposée jadis par certains ordres religieux établis en Galice. Mais Charles III, comme nous l'avons vu, s'y refusa, parce qu'il lui semblait injuste de dépouiller ainsi les colons ; étant donnée la misère des populations de cette région, il redoutait aussi un exode agraire, dans le genre de celui qui commençait alors à se dessiner en Irlande. Par la Real Provision de 1763, dont l'application fut étendue

1. Le tanteo est le droit, en certains cas, de prendre la chose au même prix qu'en a offert un autre ; le retracto est le réméré ; le comiso est la saisie en cas de non paiement de la redevance. (Voir articles 1636-1642 et 1648-1633 du code civil espagnol.)

aux Astui'ies en 1768, il déclara que les foreras continueraient à labourer leurs terres et à payer redevance.

L'état intérimaire, créé par cette Pragmatica del inter'm — comme on l'appela — dure encore aujourd'hui. Il fut confirmé à nouveau par trois décrets de 1801, de 1805 et de 1813, et un arrêt du Tribunal suprême de 1863.

Mais ce qui avait pu paraître, à un moment donné, une bonne solution, est devenu une vraie calamité pour toute une région. Aussi, par une loi des 20 août- 16 septembre 1873, votée sur la proposition d'un sénateur de Galice, M. Paz, l'éphémère République espagnole préféra-t-elle la seconde solution — celle de la redenciôn — en déclarant « rachetables toutes les redevances affectant la propriété immobilière et connues sous les noms de foros etsi/bforox en Galice, de rebassa morta en Catalogne », etc.

Mais un décret, édicté dès l'année suivante (20 février 1874), suspendit l'exécution de cette loi. Depuis, de nouveaux projets, conçus dans le même esprit et autorisant le rachat forcé, ont été déposés aux Cortès par MM. Calderon Collantes (1877) et Montero Rios (1886) ; mais ils n'ont pas abouti.

Ces dernières années, l'agitation rurale qu'il est facile d'observer en Galice a rappelé sur cette question des for os l'attention du gouvernement. Ce mouvement se signale par des réunions publiques, où l'on réclame le rachat, et aussi par des attentats individuels : incendie des moissons, destruction des plantations.

Les agriculteurs sont répartis en deux grands groupements : les uns font partie des associations, dites « solidarias », qui réunissent plus de 30.000 cultivateurs, et luttent surtout contre le « caciquisme » politique et les abus résultant des foros. Le second groupement, la Union campesina, est le plus important et aussi le plus inquiétant. Le chiffre de ses adhérents atteint, dit-on, 14.000 individus. Leur tactique est la même que celle des ouvriers anarchistes de la Corogne : abstention de toute intervention dans la politique, locale ou nationale, et lutte sans trêve contre le capitalisme.

Dans ce mouvement rural, comme dans le mouvement ouvrier que nous avons déjà étudié dans la même région, il est curieux de remarquer la part importante prise par l'élément féminin' : cela suffit à montrer le caractère avant tout économique et social de ce mouvement, car ce ne sont pas les aspirations régionalistes ou les problèmes de la décentralisation et du « solidarisme » qui peuvent intéresser ces pauvres femmes du peuple.

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