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LE PAYSAN DANS LES AUTRES PROVINCES

Les deux études que nous venons de faire de la condition du prolétariat agricole en Andalousie et en Galice nous ont permis d'étudier le problème

i. Voir supra, p. 125.

agraire — qui lient surtout, comme nous l'avons vu, à une fâcheuse répartition de la propriété foncière — sous ses deux aspects les plus opposés, pourrait-on dire : celui des latifundios et celui des minimifundios. Mais ce serait une erreur de croire qu'en dehors de ces deux régions, prises seulement à titre d'exemple, il n'existe pas de question sociale agraire au sud des Pyrénées.

En l'absence de statistiques suffisantes, il est impossible — comme nous l'avons vu — en Espagne, à l'heure actuelle, d'avoir une idée nette de la proportion des propriétaires qui cultivent euxmêmes leurs terres, et de ceux qui les donnent en fermage ou en amodiation ; on ne peut savoir, par suite, s'il y a tendance à la culture directe par le propriétaire ou, au contraire, au fermage.

A cet égard, les mémoires des fonctionnaires de l'enregistrement, publiés à la suite du questionnaire formulé dans le décret du 14 avril 4902, ne nous renseignent pas mieux que l'enquête de 1887.

Il faut nous contenter de la conclusion assez vague du préfacier de ces mémoires, M. Gômez de la Serra : « C'est une règle à peu près générale, nous dit-il, que les propriétaires de petits domaines les cultivent eux-mêmes et il en va différemment pour les grands ; c'est également un phénomène constant, qu'ils cultivent eux-mêmes les propriétés proches des villes et qu'ils afferment les plus éloignées. »

1. Datos para el estudio de la propiedad inmueble en Espana (t. I, Madrid, 1906).

Par ailleurs, cette question apparaît comme très complexe : « C'est ainsi — continue M. Gomez de la Serra — que les statistiques nous enseignent, pouc la Catalogne, qu'il existe des localités où la proportion des propriétaires cultivant eux-mêmes est de 97 p. 100, tandis que dans d'autres endroits, cette même proportion représente le nombre des fermiers... A Burgos, la plupart des mémoires de l'enregistrement nous disent que les propriétaires sont en même temps cultivateurs, mais il y a là aussi des maxima et de> inhuma énormes : à Agreda, il n'y a que 10 p. 100 des propriétaires qui cultivent eux-mêmes leurs terres; à Cervera, en revanche, il y en a 98 p. 100. Les caserios basques apportent le trouble dans les statistiques, car certains fonctionnaires de l'enregistrement les font figurer exclusivement parmi les propriétés rustiques, alors qu'ils sont cultivés en fermage spécial par des familles qui transmettent leur droit de père en fils depuis des siècles. Les maocirna cl les minima en Estrémadure sont également disproportionnés: à Trujillo, par exemple, il n'y a que 5 p. 100 des terres qui soient cultivées par leurs propriétaires, tandis qu'à Navalmoral, il y en a plus de 95 p. 100... »

Mais s'il n'est pas permis d'arriver sur ce point à une plus grande précision, ce qu'on peut, du moins, affirmer, c'est que la condition des travailleurs des champs est misérable à peu près partout. Se trouve-t-on — ce qui est le cas le plus fréquent — en présence d'un ouvrier ou journalier — jornaléro, bracero — on constate que son salaire, s'il est

plus élevé, en générai, dans les autres provinces que dans celles du Midi, ne lui permet, pourtant, que bien difficilement de a ivre et d'entretenir une famille. En se reportant aux enquêtes officielles, on voit que ce salaire moyen est : en Catalogne et aux Baléares, de 2,90 pesetas;en Aragon, de 2,70; en Navarre el Alava, de 2.50 ; en Vieille Castille, de 2,25; dans la province du Levant, de 2,25; en Nouvelle Castille, de 2 ; en Estrémadure et en Andalousie — comme nous l'avons dit — il ne dépasse guère 1.75 et 1,50 peseta ' !

Si le taux du salaire est en relation assez étroite avec le produit de la terre, le rendement moyen par hectare, il n'en dépend pas. pourtant, de façon absolue. A cet égard, on peut ranger les provinces espagnoles dans l'ordre suivant : Levant. Catalogne et Baléares, Navarre et Alava. Andalousie, Aragon, Vieille Castille, Nouvelle Castille, Estrémadure.

La région du Levant est la plus riche : il s'en faut, cependant, que la misère en soit bannie. Si l'on quitte la zone privilégiée de la « huerta », que traverse le chemin de fer, on trouve une vaste contrée, qui fut prospère au temps où l'exportation vinicole était considérable, mais qui aujourd'hui traverse une crise intense. La petite propriété — la plus fréquente — est presque ruinée, et les ouvriers vivent dans le dénùment. Parmi eux, on distingue trois groupes : les valets de ferme, qui lou-

1 . Pour plus de détails, voir le tableau-annexe 0, p. 441-444.

client 12 pesetas environ par semaine, ceux qui travaillent régulièrement [de j ornai seguro) ou irrégulièrement pour sept réaux (1,50 peseta) par jour. Les premiers arrivent à gagner leur vie. Mais les seconds, en supposant qu'ils travaillent deux cents soixante-cinq jours par an, n'arrivent pas à réunir 5 réaux par jour, en moyenne, et les derniers, qui sont occupés au plus cent quatre-vingts jours, doivent vivre avec 3 réaux!

On peut deviner quelle est l'existence de ces malheureux. Le jour où ils vont travailler dans les champs, ils emportent avec eux leur nourriture, des sardines rances, ou, selon la saison, des tomates, des piments crus, rarement du pain. Le soir, du riz, des haricots, ou bien la même nourriture que le matin. La femme et les enfants, restés à la maison, ne se nourrissent pas mieux que le père. Pendant les mois de juillet, d'août et une partie de septembre, jusqu'à la vendange, c'est le chômage forcé : pour vivre, on ramasse du bois mort ou de l'avoine sauvage (èerceo) dans les propriétés incultes, et on en tire quelques réaux. Mais il arrive que l'entrée de ces propriétés est sévèrement interdite, et alors c'est la misère noire ! « Dans l'été de 1906 — nous raconte un témoin digne de foi — .je me trouvais dans une localité, autrefois prospère, de la province d'Alicante. Une épidémie de rougeole s'abattit sur la population infantile et la décima rapidement. J'en demandai la cause à un médecin, réputé pour son savoir : « Us ne meurent pas de la rougeole, me répondit-il, mais de faim. Ceux qui sont à la mamelle, parce

que leurs mères se trouvent dans la plus complète inanition, les autres, parce qu'ils ne mangent pas, et tous ces êtres faméliques et épuisés offrent une proie aux épidémies, si bénignes soient-elles, comme celle-ci... ' »

En dehors des simples ouvriers, le prolétariat agricole se compose de petits propriétaires, et surtout de fermiers, de métayers et d'emphytéotes, c'est-à-dire de détenteurs précaires du sol, pour la jouissance duquel ils sont tenus de payer une redevance annuelle au véritable propriétaire.

Les contrats qui lient l'homme à la terre sont, en Espagne, d'une variété infinie ; ils diffèrent de province à province et même avec les localités. En renvoyant le lecteur aux ouvrages spéciaux, quoique incomplets, qui traitent de la question 2, nous nous bornerons ici à quelques indications, de nature — croyons-nous — à mettre en lumière la complexité et la gravité de ce problème envisagé uniquement au point de vue social.

Les baux emphytéotiques (censos) ont subsisté en assez grand nombre au sud des Pyrénées, avec des caractères analogues à ceux qui existaient chez nous avant la Révolution.

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