‹ La question sociale en EspagneChapitre 9 sur 187 · Voir infra, p · texte numérisé non relu

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le monde des travailleurs d'Espagne, portent une étiquette étrangère.

C'est au souffle des révolutions politiques, que le peuple des usines et des manufactures se réveilla de sa torpeur et chercha à s'organiser. Après le bombardement de Barcelone, en 1842, par Espartero, qui dura quatre jours1, un tisserand, nommé Munts, créa une Société de tisserands manuels, qui était à la fois une « association de résistance » contre le patronat et une société de production. Elle présentait aussi le caractère d'un Montepio, c'est-à-dire qu'elle servait des pensions à ses membres incapables de travailler et leur offrait, en môme temps, les avantages d'une caisse d'épargne. Le fait que cette coopérative avait été créée sous le vocable de Saint-Pancrace est un vestige intéressant des anciens gremios.

La Catalogne ne se distinguait pas seulement du reste du royaume par son développement matériel et

1. Cette insurrection eut elle-même une cause économique et sociale : elle provint, en grande partie, de la crainte chez la classe ouvrière, de se voir jetée sur le pavé par la fermeture des fabriques, si le traité de commerce avec l'Angleterre, dont on parlait beaucoup à cette époque, et qui autorisait la libre entrée dans la Péninsule des tissus de coton britannique, venait à être conclu.

Quelques années auparavant, en 1835, le peuple de Barcelone avait . inceudié, à la suite d'une émeute, la fabrique modèle, mue par la vapeur, que l'on devait à l'initiative de Ferdinand VII. Les ouvriers se figuraient que l'adoption des machines aurait pour conséquence une diminution immédiate dans le taux des salaires, et nombre de fabricants catalans, qui avaient fait venir à grands frais de l'étranger des machines à vapeur, durent remettre à plus tard leur installation, et même les tenir cachées pour les soustraire à la colère de la foule.

intellectuel, non plus que par l'esprit particulièrement inquiet et indiscipliné de ses habitants. C'était aussi la province, où la petite industrie avait le plus tôt fait place à la grande, et où les ouvriers souffraient davantage de la suppression des corporations.

La Société de tisserands manuels eut une vie éphémère ; elle arriva à compter deux mille associés, mais en 1843 le général Prim la supprima, pour faire plaisir, dit- on, aux Français, qu'aurait inquiétés la concurrence éventuelle de cette association ouvrière. Pourtant, l'idée ne devait pas en être complètement perdue.

Avant même l'apparition dans la Péninsule des théories communistes ou collectivistes importées de l'étranger, un certain nombre d'économistes espagnols, tels que Florez Estrada et La Sagra, suivant les traces de Luis Vives, de Rivadeneyra, du Père Mariana, et en général de l'école sociologique espagnole *, avaient écrit des ouvrages de tendance socialiste très marquée. Lors de la sécularisation de 1836, Estrada avait été jusqu'à demander que les travailleurs, — le simple journalier comme le fermier, — fussent appelés à avoir leur part de la propriété de la terre2. Et La Sagra proclamait que la révolution

1. Vives. De subventione pauperum, 1526; Hivadeneyra, Tratado del principe cristiano, J595, P. Mariana, De Rege et Régis institutione, 15'J9. (Voir Zancada, op. cit., p. 103 et suiv.)

2. La cuestiôn social (1S39). On pourra consulter, sur l'œuvre et les

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politique n'aurait aucune signification pourl'ouvrier, si elle n'était pas accompagnée dune révolution sociale \

Parmi les propagateurs des théories socialistes à cette époque, deux autres noms méritent d'être retenus. Le premier est celui de Don Sébastian Abreu, député aux Cortès en 18:23. Les événements politiques l'avaient obligé à émigrer en France, où il connut Fourier, dont il devint le disciple et l'ami. Il prit même part à la tentative de Condé-sur-Yesgres, et, de retour dans son pays, vers 1841, il décida un de ses propres disciples, Sagrario de Veloy, à créer un « phalanstère » à Tempul, près de Jerez. Un capital de un million de dollars fut réuni dans ce but, mais le refus du Goinernement d'aider celte entreprise détermina son échec.

Un autre précurseur est Fernando Garrido. un des premiers apôtres de la coopération, qui fonda, à Madrid, en 1845, une revue bi-mensuelle, La kitracciôn, le premier organe socialiste qui ait vu le jour en Espagne. Faute de souscripteurs, il ne vécut que trois mois, mais il permit à un premier noyau socialiste, composé de jeunes écrivains, de s'organiser.

Vers la môme époque, en Catalogne, Abdon de Terradas, Suiïer y Capdevila, Monturiol, d'autres encore, propageaient les idées deCabet. Ils fondèrent à Barcelone une école pour ouvriers, où étaient

idées de Estrada, les livres de Joaquin Costa. Antonio Borrego et Ferruin Caballero, cités à la fin de cet ouvrage.

J. Lecciones de economia social, dadas en el Aleneo de Madrid. 1840.

faites des conférences sur le système 'communiste, et dans leur journal, La Fraternidad, ils publièrent une traduction du fameux Voyage en Icarie.

La Révolution française de 1848 eut un grand retentissement au sud des Pyrénées; elle y donna une vive impulsion à la l'ois au socialisme et au républicanisme, qui étaient alors intimement unis. La tolérance du Gouvernement permit de fonder divers journaux qui soutenaient dc.< idées avancées : la Reforma Economisa, dirigée par Sixto Camara, et El Eco de la juvéntud, à Madrid, qui se fondirent bientôt en un seul, la Asociaciôn, qui arriva à réunir 2.000 souscripteurs. En môme temps, socialistes et républicains répandaient dans le pays des brochu de propagande : Propaganda democratica, De feu m del socialismo, Carias de/ apostol socialista à Juan e( Baeno, alias el Pueblo Espanol, où étaient défendues les doctrines de Fourier. En mars 1850. le marquis de Pidal supprima la Âsociaciôn ; elle n'en renaquit pas moins plusieurs fois, sous des titres divers : El Ami go del Pueblo, El Trabajador, El T aller (l'atelier), la Fra/eruidail.

A Barcelone, les ouvriers du coton suivaient l'exemple donné par Munis, quelques années auparavant. Les nouvelles sociétés qu'ils organisent, malgré les difficultés provenant tant de la loi que du mauvais vouloir des autorités, sont particulièrement

nombreuses à partir de 1854, c'est-à-dire à une époque où l'industrie cotonnière prend un grand développement en Catalogne. En 185i. toutes les sociétés existantes se groupent en une large Confédération, la Union de Clases, ayant à sa tète un comité de directeurs.

Ce'tte fédération créa, à son tour, différentes œuvres sociales, notamment un Athénée ouvrier à Barcelone, un Centre de lecture à Reus, etc.

L'année suivante, le bruit courut que le gouverneur, le général Zapatero, allait supprimer ces diverses associations : le 2 juillet, 40.000 ouvriers quittèrent leurs fabriques et s'apprêtèrent à défendre leurs droits : ce fut la première grève générale qui eut lieu en Espagne. Elle demeura pacifique, au moins à Barcelone, car il y eut quelques troubles assez graves dans la province : les travailleurs révoltés envoyèrent une délégation à Madrid, pour qu'il leur fût accordé un large droit d'association. Ils durent se contenter de promesses, qui, (Tailleurs, ne furent pas tenues, et, le 11, ils reprirent leur travail.

En novembre de la même année, des troubles graves éclatèrent à Saragosse et à Valence, puis, en juillet 1856, sur divers points de la Vieille Castille : à Palencia, à Valladolid, à Zamora. La cause principale de ces tristes événements, qui contribuèrent à la chute d'Espartero et au coup d'Etat du général O'Donnell, était, sans doute, l'élévation du prix du blé ; mais, sans parler d'autres facteurs politiques, la diffusion dans le peuple des idées

communistes n'y fut pas non plus complètement étrangère \

On en peut dire de même de l'émeute du Aralial (province de Sévillei, sous le gouvernement, de Narvaez, dans l'été de 1857, et delà célèbre « croisade » faite par un vétérinaire, homme de caractère résolu, Pérez de Alamo, à la tête de (3.000 paysans, à Loja (province de Grenade), en juin 1863.

Il ne faut pas voir, sans doute, dans ces émeutes, des mouvements « socialistes », à proprement parler, mais des protestations violentes motivées parla situation des populations rurales. Ce que demandaient les révoltés, en même temps que rétablissement du régime républicain, et tout en entendant respecter la propriété, c'était le partage des terres des grands propriétaires entre les ouvriers et les petits propriétaires. On assista même à des partages de cette nature, notamment à Po/.al de Gallinas (province de Valladolid), où fut constituée une République des pauvres, à Cijuela (province de Grenade), à Antequera (province de Malaga) , sur d'autres points encore.

Ces distributions de terres restèrent, bien entendu, éphémères, et, dans la répression de ces diverses séditions, les gouvernements, qui se succédèrent à Madrid, se montrèrent également implacables.

Les vainqueurs de la Révolution de Septembre

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