PLUS LE
envers toutes la bonté, lui apprendre à « aimer tous les hommes, mème ceux qui le déprisent ». Or, pour faire naître la compassion, la pitié, l’altruisme, il faut cultiver l’égoïsme : quand, en effet, « la force d’une âme expansive m'identifie avec mon semblable, et que je me sens, pour ainsi dire, vivre en lui, c'est pour ne pas souffrir que je ne veux pas qu'il souffre, je m'intéresse à lui pour l’amour de moi... L'amour des hommes, dérivé de l’amour de soi, est le principe de la justice humaine. » L’égoïsme sera donc le fond de l'éducation. Mais, de cet égoïsme naît l’amour d'autrui, et alors, mais alors seulement, Emile peut connaître le bien et le mal, la morale.
Puis il apprendra la politique, et comment la la société pervertit l'individu. Ensuite l’histoire, mais par l'expérience et non par les livres, car les livres jugent l’histoire, et «les pires historiens pour un jeune homme sont ceux qui jugent. » Iei se manifeste encore très nettement cette idée que, l’homme étant naturellement bon, 1l ne faut pas que l’éducation vienne fausser sa nature en entravant son libre développement. Emile n’apprendra donc que les faits: « Les faits! les faits ! et qu'il juge lui-même; c’est ainsi qu'il apprend à connaître les hommes. » — « À quinze ans, Emile ne savait pas s’il avait une âme, et peut-être à dix-huit n'est-il pas encore temps qu'il l’apprenne. » Cest en effet, par le libre choix d'idées religieuses que l'éducation du jeune homme se termine: « À quelle