EN OL
secte agrégerons-nous l’homme de la nature ? La réponse est fort simple, ce me semble ; nous ne l'agrégerons ni à celle-ci, ni à celle-là ; mais nous le mettrons en état de choisir celle où le meilleur usage de sa raison doit le conduire.» La religion naturelle, c’est-à-dire la croyance en Dieu, l'âme et la vie future, constituera un frein suffisant contre les pressions mauvaises. Rousseau en ajoute d’autres : le précepteur instruira solennellement Emile du mystère de l'amour, afin qu'il n en apprenne rien par d’autres personnes; puis, comme dérivatif aux passions, il lui enseignera l’éloquence, la poésie, les langues ; enfin, pour qu'il évite la débauche, il le rendra amoureux ; l'amour qu'Emile éprouvera pour Sophie le détournera du libertinage.
Le précepteur va donc chercher une compagne à Emile. C’est lui qui la choisit : « J’aurais refusé d’élever Emile, si je n'avais pas étéle maître de le marier à son choix, c’est-à-dire au mien. » Tous deux ils partent en voyage à la recherche de cette épouse. Non qu’elle ne soit pas trouvée déjà ; au contraire, « dès longtemps Sophie est trouvée. Peut-être Emile l'a-t-11 déjà vue ; mais il ne la reconnaîtra que quand il en sera temps ». Ce voyage est donc un prétexte. Par un hasard que le précepteur a combiné, ils s’égarent, demandant l’hospitalité à la seule maison qu'ils rencontrent : c'est là que Sophie demeure ; elle les reçoit, et aussitôt Emile en tombe éperdüûment amoureux ; Sophie partage ce sentiment. Il semblerait qu’ils dussent s’épouser dès maintenant.