‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 30 sur 48 · AA O · texte numérisé non relu

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père, et sans nulle instruction, la tactique à suivre. Or ces chiens sont d’origine étrangère, mais acclimatés depuis longtemps dans la vallée de la Magdalena. Les chiens des autres races qui ne le savent point, si vigoureux qu'ils soient, sont d’abord dévorés.» (Ribot, L’hérédité, 28.)

Hérédité des habitudes. — Darwin {Variation des animaux et des plantes, Il, 6) cite le cas d’un enfant qui, «lorsqu'il était content, avait la singulière habitude de remuer rapidement ses doigts, parallèlement les uns aux autres ; quand il était très excité, il levait les deux mains de chaque côté desa figure, à la hauteur des yeux, toujours en remuant les doigts. Cet enfant devenu vieillard, avait encore de la peine à se contenir pour ne pas faire ces gestes : si ridicules. Ileut huit enfants, dont une petite fille qui, dès l’âge de quatre ans, remuait ses doigts et levait ses mains exactement comme son père. »

Hérédité de l'intelligence. — « L'activité de l’intelligence suppose comme conditions nécessaires certaines notions de temps, d'espace, de cause. Quel qu'en soit le nombre et de quelques noms qu'on les désigne, cela n'importe pas. En fait, elles existent et sont léguées invariablement. Ce sont des caractères spécifiques, c’est-à-dire qu'il est aussi contradictoire de concevoir l’homme sans elles qu'un vertébré sans axe cérébro spinal... Il s'ensuit donc que les conditions fondamentales de l'intelligence sont héréditaires » (Ribot, L’hérédité, TO).

Ilen est de même des caractères individuels d’in-

telligence. Il y a des familles de musiciens, peintres, poëles, hommes de science.

Musiciens : la famille Bach en a fourni une grande quantité, dont 29 éminents. Le père de Beethoven était ténor de la chapelle de l'électeur de Cologne, et son grand père fut maître de cette chapelle. Le père de Mozart était second maître dechapelle du prince archevêque de Salzbourg ; sa sœureût de nombreux succès en musique pendant son enfance ; un de ses fils la cultiva en amateur, l’autre fut compositeur. Les trois fils de Palestrina, quoique morts Jeunes, ont laissé des œuvres musicales.

Peintres : les Bonheur, les Bellini, les Carache, les Téniers, les Van der Velde. Bassano était fils de peintre et ses quatre fils furent des peintres distingués. Caracci et son père, son neveu, ses trois cousins germains. Le Titien comptait dans sa famille neuf peintres de mérite, dont son frère, ses deux fils, et, les autres, cousins et petits-neveux.

Poëtes : Galton (Hèreditary Genius, p. 228), sur 96 poëtes, on compte 40 0/0 qui fournissent des preuves d’hérédité Par exemple : Arioste, son frère et son neveu, Aristophane et ses deux fils, Eschyle, son fils et son neveu, Racine et son fils, Sophocle, son fils et ses petits-fils.

Ecrivains et érudits : la famille des Estienne, deux frères, deux fils, un neveu, deux petits-neveux ; Grotius, son grand’'père, son père, son oncle, son fils ; Sénèque, son père, son frère, son neveu :

Mme de Staël, son grand’père, son père, son oncle, le fils et le petit-fils de ce dernier.

Hommes de science : la famille Bernoulli, qui compte dix mathématiciens, physiciens ou naturaliste ; la famille Cassini, qui compte trois astronomes, un mathématicien, un naturaliste ; Darwin, dont le père et l'oncle étaient médecins, le grand’père naturaliste ; de Candolle et son fils, botanistes; les Euler ont fourni cinq mathématiciens, le père, le fils, trois pelits-fils ; les Jussieu comptent cinq botanistes ; Stuart Mill et son père.

Hérédité des sentiments et des passions. — La mimique des sentiments est héréditaire et non apprise par imitation puisque, comme le remarque Darwin, (De l'expression des émotions, p. 287), le fait de rougir de confusion, de hausser les épaules en signe d’impuissance, de lever les bras en ouvrant les mains et en écartant les doigts pour marquer l’étonnement, se constate chez les aveugles-nés et dans toutes les races humaines. La transmission des sentiments et passions eux-mêmes est d'observation courante. Il en est ainsi chez les animaux : Buffon avait remarqué que les chevaux ombrageux produisent des poulains affectés de ce vice. Même phénomène chez les hommes ; l’alcoolisme est héréditaire, ou bien dégénère chez les enfants en idiotie. Les Bourbons étaient gourmands et grands mangeurs. De même, la passion du jeu : M. Ribot cite, d’après Gama Machado., le cas d’une dame qui passait ses nuits à jouer ; il en fut de même de son fils aîné et

de la fille de ce dernier. Les exemples d'hérédité du vol ou de l’homicide sont nombreux (V. Lucas, Traité de l'hérédité naturelle, 1, 504, 520 ; Despine, De la folie, I, 281, 283 ; Moreau, Psychologie morbide, 319, 321). La race des bohémiens offre l'exemple du goût héréditaire du vagabondage.

Hérédité du caractère national. — M. Ribot rappelle les travaux de Taine, rattachant « à la lot de l'hérédité ses études sur la littérature, la constitution etles mœurs de l'Angleterre, considérées comme expression du caractère national», montrant «combien le vieux fond germanique et scandinave est demeuré solide », retrouvant « dans lord Byron un vrai descendant des Bersekirs » (Ribot, L'hérédité, 122). & Le Français du xix° siècle, dit encore M. Ribot (id., 123) est au fond le Gaulois de César. On trouve dans les Commentaires, dans Strabon et Diodore, tous les traits essentiels de notre caractère national: l’amour des armes, le goût de tout ce qui brille, incroyable légèreté d'esprit, la vanité incurable, la finesse, une grande facilité à parler et à se laisser prendre par les mots. Il y a dans César des réflexions qui sembleraient dater d'hier : « Les Gau- € lois, dit-1l, ont l’amour des révolutions (novis re- | € bus student) ; ils se laissent, sur de faux bruits, « emporter à des actions qu'ils regrettent, et déci- « dent des affaires les plus importantes ; un revers € les abat: ils sont aussi prompts à entreprendre « des guerres sans motif que mous et sans énergie « à l’heure des désastres » (César, De bello Gallico,

IV, 5). Les Arcadiens mènent encore la vie pastorale, et les habitants de Sparte, leurs voisins, ont la passion des combats, l’humeur irritable et turbulente. Au Moyen Age, le Byzantin a conservé tous les traits essentiels de ses ancêtres ;..…. il a gardé du Grec, outre la langue etles traditions littéraires, une finesse qui, n'ayant plus de force pour soutien, dégénéra en ruse mesquine « (Ribot, id., 124). La différence du caractère national apparaît, dès l’enfance, chez les petits écoliers de deux peuples différents. Et cependant les diverses races ont subi bien des mélanges. M. Ribot en étudie deux qui ont le mieux conservéleur pureté, lesJuifset les Bohémiens, et il décrit leurs caractères propres : « Au physique les Juifs se font généralement remarquer par la couleur noire de leurs cheveux et de leur barbe, leurs longs cils, leurs sourcils épais, saillants et bien arqués, leurs yeux foncés grands et vifs, leur teint mat,leurnezfortement aquilin..(id.128)... Au moral, la race juive se présente dans l’histoire avec des caractères tranchés : prédominance du sentiment et de l'imagination, ce qui l’a rendue si apte aux créations religieuses, poétiques et musicales » (129). Quant aux bohémiens : au physique, « les traits durs et aigus, les cheveux noirs comme de l’ébène, jes dents fines et blanches, les yeux étincelants, le regard fascinateur. Pour l'intelligence proprement dite, ils semblent légers et frivoles comme des enfants… Ce qui caractérise avant tout le bohémien, c’est le goût, Le besoin inné du vagabondage et de la

vie d'aventure » (135). La force héréditaire du caractère national se manifeste par sa survivance à des caractères étrangers acquis : par exemple, M. de Rochas dit que, chez les jeunes bohémiens élevés dans nos écoles, après l’âge de douze ans les instincts de leur race renaissent et l’emportent ; même chez ceux qui sont isolés et vivent avec une population indigène, Qil y a un instinct de vagabondage qui survit à leur transformation extérieure, aussi bien que l’appétit glouton qui les fait se ruer comme des vautours sur les bêtes mortes de maladie, fussent-elles déjà enterrées » (de Rochas, Les Parias de France et d'Espagne, Bohémiens et Cagots, p. 259). On connaît la puissance de l'instinct anthropophagique : on cite un néozélandais, intelligent et qui, après un long séjour en Angleterre, attendait avec impatience le moment où il pourrait satisfaire son goût pour la chair humaine.

Hérédité psychologique morbide. — On reconnaît unanimement aujourd’hui que les altérations mentalesne se produisent que là où1il y a altération du système nerveux. La transmission des premières est donc possible puisque les anomalies physiologiques sont transmises.D’ailleurs elle se constate.—Hérédité du suicide : Esquirol cite une famille dans laquelle la grand’mère, la mère, la fille et le petits-fils se sont suicidés. Il cite un négociant ayant cinq fils et une fille : quatre fils se suicidèrent, le cinquième devint fou, la fille tenta à plusieurs reprises de se suicider, et un petit-tils se frappa de deux coups de couteau.

Parmi les très nombreux exemples de cette fatale hérédité, beaucoup attestent que cette folie du suicide atteint les descendants au même âge que leurs ascendants et les pousse à adopter le même genre de mort. — Hérédité del’aliénation mentale sousses diverses formes : d’après. Esquirol, la Iypémanie (idée fixe que l’on veut vous tuer) est héréditaire une fois sur quatre ; la manie (désordre complet des idées), une fois sur deux. D’après Séguin, l’idiotiese transmet surtout en ligne collatérale ; en ligne directe, elle se transmet après interruption de deux générations.L’hérédité de la démence et de la paralysie générale s’observe couramment ; c’est unedes plus impérieuses ; elle frappe des familles entières.

L’hérédité est done une loi. L'expérience la montre chez le végétal, chez l’animal et chez l’homme : les caractères physiologiques et psychologiques de l'espèce el ceux de la race sont toujours transmis; les caractères individuels le sont souvent. D'où cette conclusion : « l'hérédité est la Loi, la non hérédité l'exception » (Ribot, p. 167). C’est une « loi biologique », qui régit « la vie sous toutes ses formes : végétale, animale et humaine, normale et morbide, physique et mentale. » (id., 169).

Dans l’état actuel de la science, les lois de l’hérédité sont les suivantes (V. Ribot, 172) : 1° loi de l’'hérédité directe et immédiate,c’est-à-dire tendance des parents à transmettre l’ensemble de leurs caractères aux enfants ; 2 loi de prépondérance dans la

transmission des caractères, c'est-à-dire prédomi-

nance dans l'enfant des caractères de l’un des parents ; 3° loi d’hérédité en retour ou médiate, alavisme, c’est-à-dire qualités particulières à des ancêtres, trensmises par dessus une ou plusieurs générations à des enfants qui peuvent ne pas ressembler à leurs ascendants immédiats ; 4° loi d’hérédité aux périodes correspondantes dela vie, lorsque certains caractères apparaissentchez les enfants au même âge que chez les ascendants,

On pourrait être tenté d’opposer certaines exceptions à la loi d’hérédité : un criminel naît dans une famille d’honnêtes gens, des parents vigoureux ont un enfant débile, des individus normalement consüitués engendrent un monstre ; ou laids,une beauté; ou d'intelligence moyenne, un génie. Mais ces exceptions sont purement apparentes. L'hérédité les explique. Son jeu provoque ces prétendues dérogations. L'apparition d’un type qui constraste avec l'un des générateurs s'explique par l'influence prépondérante de l’autre générateur ; s’il tranche avec le naturel d’ascendants médiats, cela est dû à la transmission, par les ascendants immédiats, de qualités nouvelles qu'ils avaient acquises; s’il diffère des deux ascendants immédiats, cela résulte de l’influence d’un ascendant plus éloigné ; s’il ne ressemble à aucun de ses ascendants, la cause en est dans une combinaison nouvelle d’influences complexes, éloignées ou proches, mélangées dans des proporions indéfiniment variables ; il faut noter d’ailleurs que lacombinaison des différents caractères psychi-

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