Le sublime est l’ouvrier paresseux, violent et ivrogne
ces logements de la partie la plus nombreuse de la de la population ? « Comment décrire les misérables cabanes des montagnards ne contenant souvent qu'une seule pièce où vivent, travaillent et dorment, sept, huit, quelquefois dix personnes ? La misère y est telle qu’une famille un peu moins nombreuse prend volontiers un locataire, et qu’au mépris de toutes les règles de la pudeur et de l'hygiène, cinq personnes occupent parfois le même lit » (Le Petit Journal, 2 octobre 1897, article sur l'Allemagne ouvrière). « J’ai été conduit un jour (c'était sur la paroisse de Saint-Séverin) dans l’intérieur d’un ma-
çon. Le père était parti à l'ouvrage dès l’aube, et la
mère était seule au logis, qui se composait d’une chambre et d'un petit cabinet. Là couchaïent, dans un seul lit, la sœur et le frère aîné (1), celui-ci déjà assez grand garçon pour aider son père dans son ouvrage ; sur la table était étendu un petit matelas qui servait pour deux autres enfants ; sous la table, deux autres couchaient également ; un septième, dans un berceau d’osier, un huitième dans le lit du
père et de la mère. [! était trois heures de l’après-
midi ; aucun lit n'était fait, et le matelas qui était sur la table avait été simplement repoussé pour y placer aussi le déjeuner. Epars, ça et là, des vête-
1, Le même fait s’est présenté plus d’une fois dans des familles qui demandaient les secours de la conférence Saint- Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Etienne du Mont. La cause en élait toujours la même : exiguité du logis et manque des ressources nécessaires pour acheter les lits indispen-
-sables..
ments et des linges malpropres. La mère, affaissée sur elle-même, présentait l’image du découragement dans la misère. On sentait qu'elle avait renoncé à la Intte. Cependant le père faisait des journées de 5 à 6 fr. » (d'Haussonville, Misère et remèdes, 188). En un tel état, que peut devenir la moralité des enfants ? Insuffisance de salaire, insuffisance du logegement, nombreux enfants : comment parler à cette mère de propreté, d'hygiène, de morale, de courage ? Ce sont là choses de luxe : il faut être plus riche pour pouvoir se payer la vertu. Ge serait folie que d'imaginer l’aumône capable de remédier à de tels maux.
Le but doit être l'extinction, et non l'entretien de la pauvreté. Si l’aumône est indispensable pour soulager les misères immédiates, soit par dou d’argent ou en nature, soit par l'assistance par le travail, ou les malheurs sans autre remède (vieillesse etinfirmités), elle présente par ailleurs ce grave inconvénient d'encourager la simulation et la paresse; elle éteint chez ceux qui reçoivent tout sentiment de dignité, alors que ceux qui donnent s'imaginent devoir à leur supériorité naturelle d’obliger autrui et se flattent orgueilleusement de remplir tous leurs devoirs par l'abandon de quelques pièces de monnale ; enfin, l’aumône devient pour les donateurs une réclame tapageuse, un masque dont se couvrent les égoïsmes incurables, une justification pour les consciences troubles.
On l'a dit avec autant de force que de raison :
&. te. |
« Une certaine quantité de biens matériels est condition indispensable au développement de l'intelligence, de la moralité (1), à l'institution d’un gouvernement, au repos public... Un certain degré de richesse est essentiel à l’existence des nations, et nécessaire au développement de la civilisation. » (Minghetti, Rapports de l’économie politique avec la Morale et le Droit, 412). « Le moyen le plus sûr d’empêcher la perpétuation de l'assassinat et du vol, c'est préalablement de supprimer la misère ; la pauvreté est bien plus destructive de l’ordre, de la famille, de la société,que les idées condamnées comme subversives » (de Greef, {ntroduction à la Sociologie, F, 175). « Qui oserait nier que l’extrême pauvreté et la misère noire ne soient le sol le plus favorable pour l’éclosion des criminels, que ce sont elles qui livrent l’homme à l’ivrognerie et la femme à la prostitution, qui privent l'enfant d'éducation, d’instruction, de surveillance et de bons exemples, et qui le contraignent prématurément à la mendicité hypocrite, aux petits larcins, et même au vol?... Qui niera que dans nos grandes villes, avec leurs révoltantes conditions d'habitation, la perversion et Île vice entrent comme un élément nécessaire et inévitable dans l’existence que l’on mène au fond de ces repaires de la misère ?.. Je crois fermement qu'une
4. « Dans une société bien constituée, il doit se trouver une certaine abondance de biens extérieurs, dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu » ($. Thom. De reg. Princip., 1, c. XV) (Léon XIII, Encycliq. De conditione opificum).
répartition plus équitable de la richesse, la suppression de la misère et de la mendicité, la disparition de l’armée de réserve du capital (1) qui arrivera enfin à s'élever au niveau des ouvriers instruits, enfin une amélioration générale dans les conditions de la vie de famille et de l’éducation des enfants,je crois enfin qu’une augmentation des heures de liberté de l'ouvrier (2), et une augmentation de son salaire amèneront nécessairement une décroissance considérable dans Je nombre des criminels » (Ziegler, La question sociale est une question morale, 138-139).
Nous n'avons pas encore énuméré tous les désastres. Le régime de liberté économique n’a pas seulement ruiné physiquement, intellectuellement, moralement l'individu, il a encore détruit la famille.
On peut dire de la famille ouvrière qu'elle n’existe plus.
Pour augmenter le salaire insuffisant de l’homme, la femme et les enfants ont été à la fabrique. On les ya d'autant mieux accueillis qu’ils sont plus dociles, et la femme plus appliquée au travail et plus adroite : de plus, ne venant chercher qu’un salaire d'appoint, leurs exigences étaient plus modestes, et
1. On entend par là cette masse d'ouvriers dépourvus de culture professionnelle qui, s’'embauchant à n'importe quel prix lorsqu'un supplément de bras est temporairement nécessaire, font aux ouvriers instruits une concurrence désastreuse.
2. Sous réserve, faite plus haut, d’une culture morale préalable garantissant les bons emplois de cet accroissement des heures de liberté. +
le patron y trouvait un sérieux avantage pécuniaire.
La conséquence fut la dispersion de la famille. Ses membres, au lieu de s'unir pour se protéger mutuellement,prolongèrent l’âpre lutte économique jusqu'à se faire concurrence les uns aux autres. Les exigences du travail contraignirent les femmes à abréger avant et après leurs co1ches la période de repos nécessaire el à confier à des mercenaires mal payées la garde et le soin des nouveau-nés; de là, des infirmites, des maladies dues à des couches mal faites, et, pour les enfants, l’augmentation de la mortalité en bas-âge. Plus tard, les enfants sont abandonnés à la rue. Le soir venu, le mari et la femme ne peuvent pas se réunir toujours, car l’un revient du travail de jour et l’autre est parti pour le travail de nuit. Et comment se rencontreraient-ils le dimanche, puisque le Capital prétend ignorer la loi de Dieu? En vérité, les théoriciens de lunion libre sont étroitement conservateurs : ils demandent à la loi de consacrer une situation de fait. Le capitalisme, voilà le véritable agent révolutionnaire, le plus actif destructeur du foyer familial : « Dans un ménage d'ouvriers, le père, la mère sont absents, chacun de leur côté, 14 heures par Jour. Donc il n’y a plus de famille. La mère qui ne peut plus allaiter son enfant, l’abandonne à une nourrice mal payée, souvent même à une gardeuse qui le nourrit de quelques soupes. De là une mortalité effrayante, des habitudes morbides parmi les enfants qui survivent, une dégénérescence croissante de la race, l’absence
complète d'éducation morale. Les enfants de trois ou quatre ans errent au hasard dans des ruelles fétides, poursuivis par la faim et le froid. Quand, à 7 heures du soir, le père, la mère et les enfants se retrouvent dans l'unique chambre qui leur sert d’asile, le père et la mère fatigués par le travail, et les enfants par le vagabondage, qu'y a-t-il de prêt pour les recevoir ? La chambre a été vide toute la journée ; personne n’a vaqué aux soins les plus élémentaires de la propreté; le foyer est mort; la mère épuisée n’a pas la force de préparer des aliments ; tous les vêtements tombent en lambeaux ; voilà la famille telle que les manufactures nous l’ont faite » (J. Simon, L'ouvrière, Préf., p. V). « Chaque matin, avant le lever du soleil, père, mère et enfant partent pour la fabrique ; la dispersion commence au seuil même de la maison... La mère, en vérité, n’est plus qu’un ouvrier comme son mari. C'est à peine si ses enfants la connaissent. Le salaire qu’ils touchent, quelque minime qu'il soit, leur donne une sorte d’indépendance dont ils sont très prompts à se prévaloir, etle père, absorbé par son travail, tenu loin d’eux dans une autre manufacture, ne peut ni les gouverner, ni les protéger. Ils ont, comme lui, leur atelier, leur patron, leurs compagnons, leur tâche. En signant le contrat d'apprentissage de ses enfants, le père a signé son abdication » (id., 99-100).
La famille bourgeoiseelle-même a reçu du capitalisme la plus terrible des atteintes. Si elle n’est pas
dissoute, il est juste de dire qu’elle se désagrège. |
Les grandes fortunes entraînent la vie mondaine : la mère abandonne ses enfants à des mains mercenaires, le mari délaisse sa femme ; chaque époux vil au dehors ; ils dissipent leur activité au bal, au théâtre, au cercle, en frivolités et en intrigues coupables.
Encore ce mal est-il fort circonscrit. Il en estun autre commun aux classes supérieure et moyenne, et qui menace de détruire la famille bourgeoise dans son principe, c'est-à-dire le mariage. La société moderne en a complètement faussé la notion. Le service militaire, la lenteur avec laquelle les situations se créent, les sollicitations du plaisir dans les grands centres où accourent des adolescents étrangers à toute idée du devoir, reculent à 30 ans et plus l’âge auquel on se crée un foyer ; trop souvent même, ces motifs en empêchent la formation. L’égoisme, legoût du bien être, du luxe, l'ambition el l’orgueil, sentimentsexallés par une organisation sociale où le succès est tout et où ce sont les seuls agents officiellement licites du succès, déterminent des mariages dont les considérations de fortune, de titre, desituation sociale, sont les seuls éléments. La question pécuniaire intéressant éfroitement les familles des futures conjoints, le consentement des parents est parfois plus essentiel que celui même des intéressés,
Or, le mariage, en dehors des vocations ecclé- Martin 21
siastiques, devrait être général ; de plus, il devrait être précoce, n'avoir pour unique facteur que l'amour, et trouver dans la volonté mutuelle des jeunes gens sa raison suffisante. Telle est la doctrine de l'Eglise, et telles sont les conclusions de la raison et de la science, tant il est vrai, à l’encontre des conclusions ignorantes des tenants du divorce mental, qu’il n’est entre ces trois agents du savoir qu’une:admirable harmonie.
D’après l'Eglise, le mariage est conclu par l’échange des consentements; le prêtre n’est que le témoin nécessaire ; ce sont les futurs conjoints qui sont les ministres du sacrement ; on pourrait dire qu'ils font en quelque sorte acte de sacerdoce en s’engageant par leur serment d'amour (1). Les parents peuvent-ils s’y opposer ? Nullement : « post annos pubertatis quilibet ingenuus libertatem habet quanlum ad ea aquæ pertinent ad dispositionem sui status » 8. Th. d'Aq:-Lls, -H®, gr -OLXXXEX, a 67 BEA concile de Trente, malgré les instances du pouvoir séculier, s’est refusé à proclamer l’invalidité des mariages contractés contre le consentement des parents,
L'expérience montre la sagesse de cette disposition. Le sentiment de la responsabilité mürit le ca-
1. Le mariage civil, au contraire, est un acte d'autorité : les intéressés s’effacent devant le représentant de l’Eiai : ils ne se marient pas, c’est l'Etat qui les marie et le déclare. Tout à l'opposé, ce sont les fidèles qui se marient eux-
mêmes ; le rôle de l’Eglise se borne à assister à leur contral sacramentel:et à le bénir. :
ractère. Les jeunes gens seront d’autant plus prudents dans leurs décisionsqu'ils sauront en assumer définitivement les conséquences. D'ailleurs l’opposition familiale aux volontés amoureuses à multiplié les drames du désespoir : quotidiennement nous en lisons des exemples. En voici quelques-uns pris au hasard: la fille d'un commerçant parisien, Mile Marguerite Bion, âgée de 20 ans, voulait épouser un M. V... âgé de 24 ans, fils d’un autre commerçant du quartier ; le père de Mile Bion, ne trouvant pas le jeune homme assez riche, refusa à plusieurs reprises Son consentement ; la jeune fille s'est tuée d’un coup de révolver au cœur (V. Le Petit Journal, 14 avril 1897). « Le sieur Charles Gillot, âgé de 22 ans, originaire de Rochefort, s’est jeté sous l’express arrivant de Pontarlier, non loin de la gare de Châtelay (ligne Dôle-Salins ; il était 11 h. du soir, la nuit était très sombre et le mécanicien ne pouvait le voir. Une heure plus tard, le chef de gare, faisant sa tournée habituelle, trouvait le malheureux sur la voie, les deux jambes et la main droite coupées ; 1l respirait encore, mais rendait le dernier soupir en arrivant à l'hôpital de Dôle où on l’avait transporté. Ge suicide est attribué à des chagrins d'amour ; ses parents refusaient de consentir à son union avec une jeune fille qu’il adorait » (Echo de Paris, 17 avril 1897). « On a trouvé en Seine, hier soir, les cadavres liés ensemble de deux jeunes gens, Alphonse Choiselat, 2% ans, et Mathilde Delprat, 26 ans, qui, désespérés du refus
des parents de les laisser se marier, ont préféré mourir » (id., 5 mars 1897). Je sais une jeune fille devenue folle à la suite du refus formel de son père de la donner en mariage autrement que sans dot; plusieurs partis avantageux s'étaient présentés, mais le postulant se retirait toujours lorsqu'il apprenait la condition imposée.
Notre régime économique retarde aussi l’époque de la conclusion du mariage, et propage le célibat. Or le mariage, et surtout le mariage fécond, exerce sur les individus l’action la plus heureuse.
Inflence sur la moralité : le mariage suscite l’esprit de travail, de prévoyance, d'ordre et d’économie, le courage, le sentiment du devoiret de la responsabilité, développe les sentiments affectueux ; la maternité est une sauvegarde pour la femme, souvent elle la préserve de déplorables défaillances. « La criminalité des gens mariés est inférieure à celle des célibataires, et même à celle des veufs, malgré les impuissances de la sénilité... Ainsi, la criminalité des célibataires étant 100, celle des époux n'est aujourd'hui que de 49,25 pour les crimes contre les personnes; elle descend encore au-dessous s’il s’agit de crimes contre la propriété » (Dict. encycl. des sc. méd., 2 série, t. V, art. Mariage, par le D' Bertillon, p. 36).
Influence sur l’état mental : ici la statistique, ne faisant pas de distinction d'âge, « tend à augmenter fallacieusement le tribut d’aliénation propre aux gens mariés, puisque, pour la généralité des
hommes, le danger de l’aliénation a son maximum entre 30 et 40 ans, qui est aussi l’âge d’élection du mariage. » Néanmoins, «par 10.000 habitants de chaque sexe et de chaque catégorie d’état civil, on trouve : chez les célibataires mâles, 3,95 aliénés ; 2,17 chez les hommes mariés ; et 3 chez les veufs : de même, par 10.000 femmes, on trouve 8,4 folles chez les filles ; 1,9 chez les épouses : et 3,13 chez les veuves. Si on prend les deux sexes ensemble, les trois rapports précédents deviennent : 3,68 chezles célibataires, 2,02 chez les époux, et 3,1 pour les veufs et veuves. Ainsi, la préservation que l’associalion conjugale exerce contre la folie est si puissante qu’elle réduit le danger à près de moitié (environ dans le rapport de 0,55), quoique l’âge d’élection pour la folie soit précisément l’âge probable des époux » (id., p. 38).
Influence sur la mortalité et la durée de vie moyenne et probable : « partout ce sont les gens mariés qui offrent la moindre mortalité, et généralement les veufs (étudiés à chaque âge) qui ont la plus considérable. On voit par exemple que, sur 1.000 hommes de 40 à 45 ans, il ya, en France : 9,55 décès s’il s’agit des hommes mariés, mais 16 pour les célibataires, et 18,89 pour les veufs. De même à l’âge suivant (45 à 50), on trouve : 11,47 décès d’époux, 19,6 de vieux garçons, et 22,2 de veufs » (id., p. 44).
Influence sur le suicide : € Ur million d'hommes non mariés fournit, par an, 273 suicides; un même
nombre de veufs en compte jusqu’à 628, tandis qu'un million d’époux n’en a que 246. » (id., p. 50.)
Sile mariage est bienfaisant, à quel âge convient-il de le conclure ? Voici l'opinion d’un moraliste : « Il y a avantage moral à ce que le mariage ait lieu de bonne heure, péril à ce qu'il soit différé. » (Marion, De la solidarité morale, 159). Voici celle d’un médecin : « On peut voir, au moins au point de vue de la santé, que dès l’âge de majorité le mariage paraît plus favorable que le célibat. Que si, de 21 ou 22 ans à 25, nos jeunes époux ne donnent que 100 décès annuels, quand un même nombre de célibataires en fournissent 150, et 163 dans la période quinquennale suivante (25 à 30 ans), il est donc évident qu’au seul point de vue de l’hygiène et de la santé publiques (pour ne parler que de ce qui est prouvé ici) l’hygiéniste et le législateur doiventencourager les mariages de nos jeunes hommes, et cela dès les premières années qui suivent leur majorité. Nous réaliserions ainsi une économie qui peut s'élever au tiers du tribut annuel que ces jeunes célibataires (de 21 à 30 ans) payent à la mort, économie qui, pour ces seuls âges, ne s’élèverait pas à moins de T à 8 mille victimes annuelles de dissipations malsaines. Si l’on ajoute à cette épargne sur la mort une autre économie, celle des maladies que supposent les 7 à 8 mille décès, que de deuils, que de souffrances remplacées par les fêtes nuptiales! que de dissipations, de temps perdu, remplacés par les fortifiantes joies du jeune
foyer; car c’est très certainement en endiguant, en réglant, modérant le cours tumultueux des passions de la première virilité, que le mariage devient un si puissant élément de santé et de vitalité. » (Diction. encycl. des soc. médic. art. mariage, par le D" Bertillon, 2° série, V, 54).
Enfin, notre régime économique, à un troisième point de vue, avilit et pervertitle mariage en le subordonnant aux questions d’intérêt. On épouse comme l’on fait une affaire. Que de fois et avec quelle raison ne l’a-t-on pas dit : de telles unions sont des actes de prostitution (1). Cet état d'âme a multiplié les agences matrimoniales, les marchands de titres et de dots. Voici par exemple une annonce du Figaro (1).
Mariages RENSEIGNEMENTS UTILES GRANDS MARIAGES
Sociciror AMÉRICAIN DÉSIRE ENTRER EN RELATIONS AVEC NOBLESSE ET DIPLOMATIE. — ÉCRIRE A SON COR- RESPONDANT A BRUXELLES : Boite 145.
De tels mariages sont de nature à préparer la décadence de la race : « Voyons donc si l'humanité a
4. « C'estse vendre, qu'on le sache bien, que d’épouser nn riche de préférence à un pauvre, que de chercher dans un mari les avantages de son rang plutôt que lui-même. Certes, celle qu’une telle convoitise conduit au mariage, mérite d’être payée plutôt qu’aimée; car il est clair que c’est à la fortune qu’elle est attachée, non à la personne, et qu’elle n’eût demandé que l’occasion, le cas échéant, de se prostituer à un plus riche. » (Lettres complètes d’Abélard et d’Héloise). ù
2, Cité par La Libre Parole, 13 janvier 1897.
aujourd’hui les mêmes ressources que les animaux que nous venons de citer, pour aller sans cesse se surpassant elle-même par l'élection de ses meilleurs, ou seulement pour se préserver de toute dégénérescence. Je ne le crois pas. Sans doute, les jeunes désirent encore trouver dans leurs fiancés les qualités éminentes qui sont les attributs de leur sexe respectif, et ce goût est, nous l'avons vu, le germe de tout progrès organique. Mais, en fait, sont-ce toujours les qualités intrinsèques des personnes qui décident des unions ? Non;les qualités extrinsèques de fortune, de position sociale, de nom, ont usurpé les premières places, et malheureusement elles ne garantissent que rarement, soit la valeur morale, soit les qualités intellectuelles ou physiques des jeunes époux. Dès lors disparaît ou s’affaiblit singulièrement cette barrière puissante que l'élection des mieux doués mettait à la dégradation des espèces. On a souvent cherché la cause de l’abâtardissement des hautes familles, et je la crois là tout entière. Plus on est élevé en fortune et en dignité, moins on se choisit, car moins on a de choix ; ce n’est plus la personne qui est élue, mais la position, chose tout extérieure, qui ne promet aucune qualité aux enfants. » (Dictionn. ency. des sc. médic. art. mariage, par le D' Bertillon, 2° série, V, 80).
Ces unions, auxquelles l'intérêt seul préside, alors qu'elles devraient être formées par l’amour (1), se