‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 8 sur 48 · RE 0 NS · texte numérisé non relu

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duite », «une pitié stérile ». Dans les pièces, tragiques ou comiques, on donne toujours « l’ascendant aux femmes sur les hommes », et la conséquence est « d'étendre l'empire du sexe, de rendre des femmes etdes jeunes filles les précepteurs du publie, et de leur donner sur les spectateurs le mème pouvoir qu'elles ont sur leurs amants. Pensez-vous que cet ordre soit sans inconvénient, el qu'en augmentant avec tant de soin l’ascendant des femmes, les hommes en seront mieux gouvernés ? » De même, on y donne toujours la supériorité « aux jeunes gens sur les vieillards, et c’est un autre renversement des rapports naturels, qui n'est pas moins répréhensible ».

Si l’on considère, non plus les effets du théâtre sur le public, mais sur les professionnels, le jugement ne sera pas plus favorable : « Je vois, en général, que l’état de comédien est un état de licence et de mauvaises mœurs ; que les hommes y sont hvrés au désordre ; que les femmes v mènent une vie scandaleuse ; que les uns et les autres, avares et prodigues tout à la fois, toujours accablés de dettes et toujours versant l'argent à pleines mains, sont aussi peu retenus sur leurs dissipations que peu scrupuleux sur les moyens d’y parvenir. » Et cela découle de l’art même qu'ils professent : « Qu'est-ce quele talent du comédien? L'art de se contrefaire,de revêtir un autre caractère que le sien, de paraître différent de ce qu’on est, de se passionner de sang froid, de dire autre chose que ce qu’on pense, aussi

naturellement que si on le pensait réellement, et d'oublier enfin sa propre place à force de prendre celle d'autrui. »

Le spectacle est donc essentiellement corrupteur, pour celui qui le donne et pour celui qui le voit. Toutefois, Rousseau admet le théâtre, à la condition qu'il soit en plein air et inspiré de l'esprit républicain, comme dans la Grèce Antique. Ici, reparaît l'influence de l'éducation classique. Déclamant contre la civilisation de son temps, reconnaissant qu'il est impossible de ressusciter l’homme primitif, heureux, libre et bon, il prend un parti intermédiaire et vante, soit les peuples sauvages, soit les païens de la Grèce et de Rome. Il esquisse alors un programme de fêtes et solennités publiques inspirées de l'antiquité et que réalisera la Révolution française : exercices physiques, revues, danses publiques et solennelles, théories de jeunes filles et de vieillards.

Notre civilisation est doncéminemment malsaine. Nous respirons cette atmosphère de vices, et, alors que notre nature recèle en ses flancs féconds la promessse du froment le plus pur, la société stérilise sous l’ivraie ces riches espérances. Un homme ne saurait être laissé à lui-même dès sa naissance, car «les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature et ne mettraient rien à la place. » (Emile, lv. 1). L'homme, tel que nous le voyons, avec « son ineptie, son orgueil, et tous ses vices, fait déplorer

la misère et la perversité humaines. » Mais cette conclusion est fausse, car un tel homme est un produit artificiel, un être factice, une âme déformée : « c'est là l’homme de nos fantaisies ; celui de la nature est fait autrement. » Par conséquent, une éducation est nécessaire et dont l’unique objet soit de développer la nature spontanée de l’enfant, en écartant de lui les influences désastreuses du dehors. Il faudra l’isoler de ses semblables, et il faudra que son précepteur, s’enfermant dans un rôle négatif, se préoccupe uniquement de favoriser l’éclosion des inclinations natives de son élève. Le bat de l’éducation, « c’est celui même de la nature. » Qu'est-ce que la nature ? « Nous naïissons sensibles, et, dès notre naissance, nous sommes affectés de diverses manières par les objets qui nous environnent. Sitôt que nous avons, pour ainsi dire, la conscience de nos sensations, nous sommes disposés à rechercher ou à fuir les objets qui les reproduisent, d’abord selon qu’elles nous sont agréables ou déplaisantes, puis selon la convenance ou disconvenance que nous trouvons entre nous et ces objets, et enfin selon les jugements que nousen portons sur l’idée de bonheur ou de perfection que la raison nous donne. Ces dispositions s'étendent et s’affermissent à mesure que nous devenons plus sensibles et plus éclairés ; mais, contraintes par nos habitudes, elles s’altèrent plus ou moins par nos opinions. Avant cette altération, elles sont ce que j'appelle en nous la nature. C'est

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