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donc à ces dispositions primitives qu'il faudrait tout rapporter. » Voilà le but de l’éducateur.
La méthode habituellement suivie en est tout l'opposé. « Comment me prouverez-vous que ces mauvais penchants, dont vous prétendez guérir l'enfant, ne lui viennent pas de vos soins mal entendus bien plus que de la nature? » (livre Il). Lorsqu'on emmaillote le nouveau-né, on commet sur sa nature physique une première atteinte ; c'est une mutilation déjà et l’image de toute l’éducation dont ilsera désormais l’objet. Ecoutant la voix de la nature, la mère allaitera son enfant. Elle lui donnera des vêtements amples pour qu’il jouisse de la liberté de ses mouvements. Et comme l’excès de soins, amollissant le corps, le rend débile, elle devra lui apprendre à supporter les intempéries, le faire robuste en l’exerçant aux fatigues. Agir différemment serait s'opposer artificiellement aux exigences de la nature. Observez-là, en effet, « et suivez la route qu'elle vous trace. Elle exerce continuellement les enfants ; elle endurcit leur tempéramment par des épreuves de toute espèce ; elle leur apprend de bonne heure ce que c'est que peine et douleur » (livre ID). Par conséquent, « exercezles enfants aux atteintes qu'ils auront à supporter un Jour. Endurcissez leur corps aux intempéries des saisons, des climats, des éléments, à la faim, à la soif, à la fatigue. »
D'ailleurs, les excellents conseils, les vues saines pullulent chez Jean-Jacques: par exemple, sur le choix des nourrices, la douceur à l’égard de l’en-
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fant, la vigilance à l'empêcher de prendre des habitudes mauvaises, l’accoutumer à n'avoir peur de rien, ne pas souffrir qu'il commande « aux hommes, car 1l n’est pas leur maître, ni aux choses, car elles ne l’entendent point », mais au contraire « leur laisser plus faire par eux-mêmes et moins exiger d'autrui ».
À côté de cela, une méthode artificielle et arbitraire. Comme si le corps et l'intelligence ne grandissaient pas ensemble et n’exigeaient pas une culture parallèle, 1l prétend séparer ces deux éléments, et, pendant l'enfance, exercer exclusivement le premier. « Exercez son corps, ses organes, ses sens, ses forces; mais tenez son âme oisive aussi longtemps qu'il se pourra » (liv.[). Il ne faut en aucune façon parler à sa raison ; il faut se garder de lui apprendre les notions de devoir, de morale : « Connaître Île bien et le mal. sentir la raison des devoirs de l’homme, n’est pas en effet l'affaire d’un enfant... Toutes ses pensées s'arrêtent aux sensations : quede toutes parts il n’aperçoive autour de lui que le monde physique ».
Le rôle de l’éducateur est purement négatif : il n’enseigne pas la vertu et la vérité, 1l empêche qu'Emile apprenne le vice et l'erreur. Il doit veiller à ce que rien ne vienne du dehors entraver ou déformer le développement spontané de son élève : « Ne lui commandez jamais rien, quoi que ce soit au monde, absolument rien. Ne lui laissez pas même imaginer que vous prétendez avoir quelque autorité