‹ La question sociale est-elle une question morale? [microform]Chapitre 12 sur 32 · V. l'exposé de son argumentation sur le déterminisme · texte numérisé non relu

V. l'exposé de son argumentation sur le déterminisme

et la liberté, dans M. Gardair, Les Passions et la Volonté,

hommes, Teniier développement, le complet perfectionnement de l'être, sa plénitude. Chacun place cet épanouissement parfait du moi en diverses choses, la volupté, la richesse, le pouvoir ; mais,

quelque conception qu'il s'en fasse, c'est cela qu'il poursuit. Or, quel est l'objet réel où Thomme doit

vraiment chercher et peut seulement trouver son complet perfectionnement, son bonheur? C'est l'objet de la meilleure opération de sa meilleure faculté, qui est l'intelligence (1). Or, l'acte suprême de notre intelligence est celui par lequel elle atteint son objet supérieur, qui est l'Absolu. Dieu est ainsi la fin dernière de notre vouloir (2). La volonté subit donc cette inclination fondamentale vers l'Absolu. Mais, de cette inclination fondamentale nécessaire, de ce

déterminisme de la volonté. Saint Thomas conclut à la liberté de celle-ci. Si en effet la volonté se dirige

fatalement vers le Bien absolu, elle demeure par

cela même libre à l'égard des biens relatifs qu'elle ne voit pas se relier à ce Bien absolu. De telle sorte que « la liberté, dans l'homme, est la conséquence même de la nécessité » (Gardair,L^s Passions et la Volonté ,p .3^1) . La nécessité est indispensableà la liberté et réciproquement, comme l'immobilité au mouve-

i . € Si beatitudo hominis est operatio, opo rtet quod sit optima operatio hominis. Optima autem operatio hominis est qiiœ est optimœ potentiœ respectu optimi objecti; optima autem potentia est intellect

tus • (S. Th. d'Aq . Symm. TheoL, I-Il, q. III, a. 5).

2. « Ultimus hominis finis est bonum increatum, scilicet Deus, qui solus sua infinita bonitate, potest voluntatem hominis perfecte implere» (îrf.,MI, q. III, a. !)•

m^nt et réciproquement. Le contraire explique son contraire. La nature de notre volonté comporte une inclination nécessaire qui engendre une inclination libre. «La capacité intime de la volonté pour le bien

absolu et parfait lui permet d'en accepter quelque

image imparfaite, mais ne lui permet pas d'en être satisfaite complètement, et, par suite, lui laisse le pouvoir de s'en détourner j) (id., 372).

Ainsi, la synthèse entre le déterminisme et la liberté, nous la trouvons en nous plaçant au point de vue exclusivement phénoménal, en nous plaçant si-

multanémentau point de vue phénoménal et nouménal, en nous plaçant au point de vue exclusivement métaphysique. Le métaphysique est le seul réel, et, métaphysiquement, nous sommes libres. Le déterminisme n'a de réalité suprasensible que dans le rapport de l'homme à Dieu. Mais d'hommes à

hommes, ou des hommes aux choses, le déterminisme n'est plus qu'une apparence sensible, une illusion de phénomènes envisagés par l'analyse sous les catégories d'espace et de temps.

Comment donc expliquer (1) l'irresponsabilité du délire ou de la folie ? et que notre volonté, notre liberté est plus ou moins grande, plus ou moins forte,

plus OU moins efficace, suivant les circonstances et

suivant les individus ? Si nous étions doués de cette liberté supraphénoménale, elle n'aurait pas de

i. Par le rejet de ceLle difûcuUé, la deuxième objection justement adressée à Kant perd, dans notre théorie, toute portée»

Martin 14

degré, parbnl, il n'y aurait pas de mesure dans la responsabilité morale et l'on ne rencontrerait pas

des individus plus volontaires, plus énergiques que d'autres.— l.a solution est la suivante : notre pensée se meut dans le monde phénoménal ; or, les conditions sensibles mises à son exercice la contraignent à se percevoir à travers l'analyse, le temps, l'espace, et l'apparent déterministe qui en décowle. Dès lors, et c'est ici que la théorie conciliatrice de M. Fouillée trouve sa place, nous agissons librement parce que nous avons conscience de notre liberté ; par conséquent notre liberté est d'autant plus forte que cette conscience l'est elle-même; cela explique la diversité des volontés individuelles ; et aussi que la

liberté s'évanouit dans le délire, s'affaiblit ou disparait dans le sommeil, puisque le délire s'accompagne d'inconscience,etlesommeil,soitdeconscience faible,

soit d'inconscience totale.De plus, les actions personnelles, abstraites les unes des autres et considérées analytiquement par la réflexion, s'influencent artificiellement : d'où les obstacles apportés à la volonté

par rhabitude ou par la violence des désirs.

L'homme est donc doué de liberté. Mais, étant à la fois personne et nature, il éprouve des aspirations divergentes dont celle-ci et celle-là sont le foyer, L'àme, étant intelligente, cherche le vrai, et, étant volonté, veut le bien. Mais le corps entrave cette ascension vers Dieu qui est le bien et la vérité par

essence. Entre ces inclinations opposées, le choix s'impose, et la liberté est l'instrument par lequel le

choix s'effectue. L'âme « tient par la dignité de son essence et de ses facultés la tête de la nature ; mais la concupiscence peut se révolter contre elle. Son devoir est d'en triompher, et Dieu l'aide, à cet effet, de Tefficace de ses secours naturels. Quant au corps, il obéit à la loi des composés qui, de leur nature, tendent à se dissoudre sous l'action des forces

désassimilatrices, d'où la passibilité et la mort. » (Le

P. Monsabré, Conférences de Notre-Dame, ^S^ contév.i Carême de 1877. p. 183).

Plaçons-nous à l'origine spécifique, et supposons l'homme simplement doté de facultés naturelles. Il est bon, puisqu'il n'a encore commis aucun mal, et

sa nature est bonne, car « elle répond à sa destination » (Naville, Le problème du mal, 170). C'est un état d'innocence, mais non pas encore de perfection,

car (( son esprit est une puissance et sa loi est de se réaliser par son propre acte, de se faire et de se parfaire » (Naville, id, 173). Dans quel sens se dirigera-t-il librement ? Un choix s'impose :

l'homme évidemment entre dans le plan général de

l'univers; comme ses désirs le sollicitent en des sens opposés, il y a lieu à option entre ces appels contradictoires ; les actes qui le font cadrer harmonieusement avec l'évolution des choses expriment la loi morale proposée à l'acceptation spontanée de sa volonté ; si au contraire « la volonté créée veut se

constituer à Tégard de la loi dans l'état de pleine

indépendance, c'est-à-dire veut devenir sa propre

loi,... ses actes, quels qu'ils soient, seront des

ft^.

actes de désordre, puisque ce seront des actes accomplis en contravention de la loi qui est l'ordre par essence » {id, 180). Si Thonime veut constamment le Bien parfait, si, à mainte reprise, il triomphe des sollicitations mauvaises, il accomplira la

loi par habitude ; cela deviendra pour lui une nécessité de nature ; il aimera la loi morale, et l'objet de son amour sera aussi celui de sa volonté. Le mal reste alors, positis ponendis , « une possibilité métaphysique, mais il devient moralement impossible... A partir de la liberté de choix, la volonté, par cela même qu'elle choisit, peut ainsi faire un un choix qui devient définitif, et la lutte cesse dans le triomphe... Partir du mal simplement possible, c'est-à-dire de l'état d'innocence, et, par l'effort de Têtre libre qui résiste au mal possible, anéantir (1) cette possibilité même pour arriver à l'état

de perfection, ou de sainteté, caractérisé par le fait que la liberté s'est donnée au bien : tel devait être le déploiementde la vertu. Si la volonté faità chaque moment ce qu'elle doit faire, elle obtient enfin un triomphe définitif sur la possibilité du mal. Le mal n'a pas paru ; le mal est devenu moralement impossible, sanS avoir jamais été détruit, parce qu'il n'a jamais été réalisé p {id. 176).

L'homme, doué simplement de ses facultés normales, aurait donc été bon. Certes il eût connu la concupiscence. Mais l'effort persistant de sa volonté aurait été capable d'en triompher. En renouvelant une

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