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morale énonce : le même résultat, maximum de
production avec minimum de dépense, serait donc conforme aussi à la justice. Par conséquent on peut dire que « l'économie politique et la morale s'accordent en ce que rien n'est utile que ce qui est juste » (246). C'est là une idée chère à M. de Molinari. 11 en retait la démonstration à mainte reprise.
« Le principe de la loi morale réside dans l'intérêt général et permanent de l'espèce » (de Molinari. La Morale écenomique, introduct., p. X). Or, « les
sociétés sont régies par la loi naturelle de la concurrence, et cette loi, qui élimine les faibles et lesincapables au profit des forts et des capables, en plaçant tontes les forces et tous les matériaux utilisables, dont notre globe a le dépôt, entre les mains les plus aptes à les utiliser, est conforme à l'intérêt général de l'espèce, en ce qu'elle peut seule lui procurer un maximum d'expansion dans l'espace et de durée dans
le temps » (id., YIII). Donc, cette loi naturelle est au plus liant point l'expression de la loi morale ellemême.
Toute société a un code de morale. Ce codeapour objet de satisfaire au besoin de conservation et d'augmentation de la société. « Or, la conservation et l'augmentation de toute société dépendent des forces dont elle dispose. Son intérêt consiste donc à
acquérir et à posséder la somme la plus considérable de forces. 11 suitde laque tous les actes individuels ou collectifs qui contribuent à la conservation et à l'accroissement desforcesde la société sont moraux,
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que Ions ceux qui contribuent au contraire à leur destruction ou à leur diminution sont immoraux. L'intérêt ou l'utilité de la société, tel est le fondement de Sci morale » {La Morale économique , p. 1-2).
Actuellement, la société ne pratique pas complètement cette morale de l'intérêt collectif. Telle est la source des maux économiques dont elle souffre. Elle
en sera délivrée le jour où la loi naturelle de concurrence produira ses pleins effets par la disparition des entraves qui y sont encore apportées, « la fiscalité, les monopoles et la guerre » (irf., 392) ; la fiscalité, c'est-à-dire les octrois et les douanes, les impôts inspirés parla hained'une classe; les monopoles concédés par l'État et les villes ; enfin la guerre. On substituera à ces entraves : la répression des tentatives de guerre, comme aujourd'hui des tentatives de vol et brigandage ; l'absolue liberté du commerce
et de rindustrie; enfin, une répartition d'impôts
basée sur le principe de l'assurance, i( chacun payant directement, comme s'il s'agissait d'une assurance
contre l'incendie, le montant de l'assurance de sa vie, de sa liberté et de sa propriété » (391).
Donc, une concurrence plus vive encore. Ace moment, régnera « l'ordre moral » (391-39S). La morale
sociale sera réalisée. Sans doute, ce ne sera pas
ré|:anouissement universel de toutes les vertus individuelles ; (( les individus capables du self-govern-
ment auront beau améliorer la conduite de leurs affaires et de leur vie, ils ne parviendront jamais à exercer avec une correction irréprochable leurs
droits et leurs devoirs : leurs vices el leurs défaillances ne cesseront point d'être nuisibles à eux-mêmes et à autrui » (394). Mais c'est le sortdes choses humaines de n'atteindre jamais qu'une perfection relative. Qu'ont donc à faire « les amis du progrès pour accélérer l'établissement de Tordre nouveau ? » (409). Tout simplement cesser de considérer l'État comme une chose à conquérir et exploiter, et ne compter que sur eux-mêmes : voilà pour le côté
politique et économique. Voici maintenant pour le côté moral : « Faire une enquête sur les produits de l'incapacité et des vices du sel f-govern ment, la paresse, l'ivrognerie, l'exploitation des ignorantsetdes faibles, et, en montrant ainsi ce qui est nuisible, faire pénétrer dans les consciences la notion de ce qui est immoral dans le gouvernement des sociétés et des individus. Cette démonstration faite, cette éducation des consciences accomplies » (410), chacun, concevant ce qu'il doit faire, ne manquera pas d'agir en conséquence. La connaissance de ce qui est Utile suffira pour tarir le désir de mal faire. Ajoutons-y la crainte des tribunaux ayant pour mission de réprimer les actes mauvais. Voilà qui peut suffire à purifier le cœur humain. Pangloss n^eût pas mieux
dit.
Et M. Yves Guyot n'a pas parlé plus mal.
Dans une brochure publiée sous ce titre suggestif
« La morale de la concurrence », il s'attache à démontrer tout d'abord que, ni les religions, ni les métaphysiques n'ont pu fournir de morale efficace. « Au
lieu de croire qu'on peut forger le ressort moral
avec des mots vides, des conceptions subjectives, je soutiens qu'il a pris place dans la civilisation moderne depuis un siècle et demi à peu près. Bien plus. Il agit tous les jours avec une remarquable puissance, si méconnu qu'il soit » (p. 7). La première prescription morale, la plus fondamentale, est celle
qui commande de faire du bien à autrui. Posonsnous donc cette question : c( Y a-t-il, dans nos civilisations actuelles, une majorité de gens dont la profession consiste à faire du bien à autrui ; qui engagent toute leur activité, leur vie, leur force, leur intelligence à cet altruisme; pour qui cet altruisme est obligatoire, car il est doublé d'une sanction efficace? y> (p. H). Evidemment : tout « producteur ne produit pas pour lui, il produit pour les autres (i) » (p. 12). C'est de « Taltruisme professionnel »
(chap. III), que chaque producteur est contraint, par son propre intérêt, d'observer. « Il ne peut faire de bénéfices qu'à la condition de donner le plus de satisfaction possible » (p. 14) à ses semblables. «Bien
plus. Il ne trouvera pas mauvais qu'un concurrent
essaye de faire mieux que lui ; et il s'efforcera de le