‹ La question sociale est-elle une question morale? [microform]Chapitre 26 sur 32 · Sins doute, en chacun de nous dort une obscure · texte numérisé non relu

Sins doute, en chacun de nous dort une obscure

aptitude musicale ou malhénaatique, mais celle aptitude ne s'éveille, ne s'avive, ne s'aiguise que chez quelquesuns, spécialisés dans celle discipline, grâce à la division de travail admiso et praliquée dans la société i (Izoulel, Cité moderne, 89).

358 — persée est stérile, autant une activité concentrée est

féconde. Mais cette spécialisation, qui enrichit chaque individu et exacerbe ses facultés, n'est possible que parla réunion de ces individus se partageant les divers moments d'un travail commun. Seule, la société, permettant cette spécialisation des facultés et leur coordination, rend possible la richesse mentale de chacun de nous et l'efficacité féconde de nos

entreprises. Seule aussi, la vie sociale fait sortir des

linnbes du possible la raison humaine. Nous parlons parce que nous pensons. Mais c'est aussi, dans une

certaine mesure, parce que nous pouvons parler que nous pouvons penser. La pensée, sans le langage qui l'exprime, la précise et la développe, reste une lueur vacillante, incertaine, fumeuse, prête à s'éteindre ; elle s'engourdit dans un sommeil voisin de

la mort. On l'a constaté : ceux que les hasards de la tempête condamnèrent à vivre de longues années absolument isolés de leurs semblables, s'affaissèrent dans un hébétement profond ; ils avaient sauveteur corps de la mer, mais leur raison faisait naufrage. Le régime cellulaire des prisons, s'il se prolonge au

delà de certaines limites, prédispose à l'imbécillité, à la folie ; ce résultat s'impose au bout d'un certain nombre moyen d'années dans les prisons belges où ce système est appliqué avec une rigueur extrême. Le langage est l'excitant de l'intelhgence, le coup de fouet continuel qui l'éveHle, la stimule, la fait bondir. Or le langage n'est possible que dans la société. La société est donc en ce sens mère de la raison in-

dividuelle. Certes, la société est notre œuvre commune. C'est nous qui en sommes les industrieux créateurs ; elle n'est que l'expression de nos rapports multiples. Mais ces relations ont pour effet de produire cet organisme social dont l'action en retour multiplie à rinfîni en chacun de nous la puissance mentale. L'épanouissementde notre personnalité devient ainsi l'œuvre communed'une multitudede collaborateurs.

Et nous sommes tout à la fois les agents et les bénéficiaires de cette collaboration. Donc, socialement

parlant, nous sommes tous solidaires les uns des

autres.

Or, la société du genre humain est indépendante du temps et de l'espace. De même notre solidarité.

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