‹ La question sociale est-elle une question morale? [microform]Chapitre 28 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Donc, les générations, dansla suite des temps, ou, dans le môme moment, la multitude des individus,

forment un corps, un tout compact. Une part de

notre responsabilité est endossée par les actions d'autrui. D'un autre côté, les actions de chacun font masse et exercent leur poussée sur tous les autres. L'individu trouve, dans son milieu, le complice actif et permanent de ses intentions bonnes ou mauvaises : ou bien un adjuvant à sa réforme intérieure, oa bien un obstacle formel à l'accomplissement de ses plus fermes résolutions. Encore un coup, si la foule est une société inorganisée, la société une foule organisée, toute foule, toute association constitue un composé doué de caractères propres, autres que ceux des éléments groupés. Certes, le composé ne peut être déterminé que par la qualité des composants. Mais la combinaison des caractères composants produit une résultante qui diffère de chacon d'eiïx; l'amalgame constitue un produit non identique adx unités ; les proportions dans lesquelles interviennent celles-ci, les actions et réactions mutuelles qu'elles engendrent,provoquent l'apparition d^un tout original. Et comme la résultante réagit

sur les composants, influe sur leurs idées et leurs

actes, si cette résultante n'est pas modifiée par une

action s'exerçant sur elle spécialement elle demeurera susceptible d'entraver cette réforme intérieure des âmes. Donc,il est nécessaire que la société soit

réformée dans la mesure oti elle crée ces obstacles. Si la société n'est pas réformée, la volonté de l'homme de se réformer lui-môme restera un ferme propos trop de fois impuissant. A cet égard il est vrai de

(lire que la question morale est une question sociale (1).

4. Sans doute, les obstacles que la société oppose à notre relèvement sont souvent purement matériels. Ceux-là, la société est capable de les éliminer d'elle-même. Mais ils sont aussi intellectuels et moraux. El d'ailleurs, même les barrières purement matérielles ne tombent que sous la pression des idées etdes sentiments. Donc, le principal agent réformateur doit être une puissance intellectuelle et morale.

Quelle sera cette puissance ?

Ce ne peut être le corps social. Sujet de la réforme, il ne

saurait, à un degré suffisant, remplir le rôle de promoteur impartial et sûr.

Ce ne peuvent être exclusivement les individus Pour deux motifs: le corps social étant leur produit, s'il est mauvais, c'est qu'ils le sont ; d'autre part, le corps social, plus puissant que chacun d'eux, influe sur tous, fait trop souvent fléchir leur volonté et,partiellemeni au moins, les conduit dans

la voie qu'il leur trace.

Cette puissance réformatrice ne saurait donc appartenir à la société laïque. Mais il faut qu'elle soit une société, non un

homme, car un faisceau d'hommes est plus puissant qu'un seul, et la réforme d'un groupe dépasse les forces d'un individu, d'abord parce qu'il oppose à un individu une masse d'individus, ensuite parce qu'un seul homme meurt alors que le groupe persiste et possède la permanence attentive d'un

réformateur éternel.

La réforme d'une collectivité ne peut émaner que d'une au-

tre colleclivilé supérieure h la première par ses origines, son pouvoir, sa vertu. Celte réforme, étant inlellecluelle et morale, doit avoir pour organe une collectivité intellectuelle et morale. Donc, la réforme delà société civile, en tant que société, ne peut venir que d'une société religieuse, d'origine transcendante, organe de la morale, gardienne de ses lois et tutrice

de l'univers. De là, la nécessité pratique et théorique de Tin-

fluence intellectuelle et morale incessante de l'Eglise sur la

société laïque.

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