‹ La question sociale et l'opinion du paysChapitre 4 sur 19 · A LYON · texte numérisé non relu

A LYON

Li/on, le 19 avril J 893.

L'enc^xlique pontificale n'est pas restée sans écho à L^'on ; il y existe tout un parti jeune, intelligent, qui représente, je crois, l'opinion de la bourgeoisie ; ce parti a accepté avec enthousiasme les enseignements et les conseils du Saint-Père. Depuis longtemps déjà il reconnaissait et aimait la République, la forme républicaine : aussi s'est-il lortemenl organisé et constitué pour lutter aux prochaines élections et faire triompher ses idées. Je veux parler du Comité républicain libéral du Rhône, dont le président est M. Servière ; ce Comité a déjà organisé à L\'on la conférence de M- Lam3^ qui a eu un réel succès. 11 rencontre, non pas de l'opposition, mais un peu de défiance de la part des anciens conservateurs cléricaux ; il est à souhaiter que cette défiance môme disparaisse.

M. Servière, avec qui j'ai longuement causé, est un petit homme, au front proéminent, aux lunettes d'or, à la moustache fine, a3'ant la parole très facile et l'intelligence très vive. Son programme ^e voici dans ses grandes lignes : avant tout, la liberté et le respect absolu de toutes les religions, l'exécution par l'Etal de l'esprit et pas seulement

de la lettre du Concordat ; plus de passions, plus de taquineries maladroites ! Il faut à notre siècle de lumière une tolérance poussée à l'extrême.

M. Servière marche donc d'accord avec la politique du Saint-Père ; et il n'accepte, comme lui, les lois scolaires qu'avec certaines modifications indispensables.

Il croit que le gouvernement futur devra principalement moraliser et apaiser ; le parti républicain libéral entend donc ne donner son appui qu'à des hommes d'une honnêteté irréprochable. Ceci dit, M. Servière ajoute que des réformes économiques très importantes s'imposent, lepa^^s réclame la guerre à la spéculation financière et commerciale sous toutes ses formes ; les lois financières ont besoin d'une véritable revision.

Il importe aussi de travailler efficacement à l'amélioration du sort des paysans; il faut supprimer les octrois, et, si c'est possible, arriver au service militaire obligatoire pendant deux ans seulement.

Mais un programme ne vaut que par les hommes chargés de le faire accepter aux Chambres et exécuter par l'Etat ; il faut des hommes nouveaux et honnêtes pour remplir le mandat de leurs concitoj^ens, des hommes connaissant pratiquement les affaires et sachant défendre les vrais intérêts du pays. Plus d'ambitieux, plus d'agitateurs stériles, de brouillons invétérés ! Ce sont donc des hommes honorés, respectés et de talent que

le comité républicain libéral s'efforcera de présenter aux suffrages des électeurs du Rhône.

Ce comité, divisé en comités de quartiers et comité central, a une forte organisation, il est prêt à la lutte et mûr pour le succès. Aux élections futures, sur un simple mot d'ordre, tous les adhérents iront aux urnes comme un seul homme !

C'est parfait, et le parti républicain libéral mérite nos encouragements et nos souhaits de réussite.

Le parti conservateur monarchique du Rhône a résolu de ne plus nommer de comité et de laisser faire le parti libéral ; il a sagement agi. Ainsi que nous le disait un homme éminent, très aimé à L3^on, M. le docteur E. Chappet, ancien membre du comité conservateur, vice-président de la Société de géographie, il faut aux élections futures éviter les querelles b^^zantines de partis pour faire arriver au Parlement des gens honnêtes et modérés. La France a soif de paix, de calme ; elle ne cramt rien tant que ce qui peut la menacer d'une révolution ou la mener à la guerre civile.

Etpuis, lepape aparlé, etil faut s'incliner devant ses conseils. S. S. Léon XIII est un grand politique, il voit plus loin et plus clair que ceux qui s'entêtent dans une politique d'opposition maladroite, dont le résultat serait de pousser le pays vers les radicaux.

« Moi, m'a dit le docteur Chappet, je ne change pas d'opinion, je ne me dis pas républicain ; je n'abandonne pas mes principes. Mais je sens la nécessité de me taire et de laisser faire les jeunes. Un vieux royaliste comme moi serait mal venu à vouloir défendre la forme républicaine. Mais qu'on nous donne une république sage et libérale, et nous voterons pour elle. »

On ne saurait parler avec plus de bon sens ; la situation est grave, et agir autrement en présence de l'état politique actuel du pa3^s serait absolument criminel. Il faut que les gens d'ordre et de bon sens s'unissent réellement sur le terrain libéral !

Et voulez-vous, pour Lyon, le mot de la fin ? Un modeste ccmut me le fournira. Comme jelui demandais, à la Croix-Rousse, ce qu'il comptait faire, ce qu'il pensait :

-— Monsieur, me dit-il, je ne suis pas un politique, moi ; je ne vois qu'une chose. Quand on veut être honnêtement gouverné, il n'estpas nécessaire de l'être par des radicaux, des royalistes ou des républicains; il suffit de l'être par d'honnêtes gens!

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