‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 11 sur 122 · Léopold, La silualion du pays en Hongrie, p · texte numérisé non relu

Léopold, La silualion du pays en Hongrie, p

sort, car ils sont assurés du lendemain, n’ont pas de goûts de bien-être développés, ont conseryé la tradition du respeet dû au seigneur et acceptent par habitude la condition où ils vivent. Dans les campagnes les mœurs féodales ont subsisté et, ce qui est le plus important, le sentiment de l'ancien serf pour le maître. Le propriétaire reste sur ses terres un véritable petit roi, avec son autorité, sa discipline et son prestige : les signes du respect lui sont prodigués par ses sujets. Il m'est arrivé maintes fois et même dans des propriétés situées tout auprès de Budapest de voir des gens du lieu se glisser à moitié courbés et prendre la main, ou à défaut la robe de la femme d’un magnat, pour la baiser. La leur refuser est une punition, un signe de mécontentement. Un tel état d'esprit favorise la résignation à son sort.

Mais on constate qu’il commence à disparaître : aux grandes grèves de 1897, les domestiques agricoles n’ont pas pris part; la loi de 1898 ne s’occupe pas d'eux; au contraire, dans celles de 1907, pour la première fois des domestiques se sont joints aux journaliers; aussi a-t-on inscrit, dans la nouvelle loi sur les domestiques agricoles de 1907, de fortes sanctions pénales contre les violations du contrat de travail par les serviteurs de la campagne. Si leur état d'esprit se modifie, la lutte sociale est prochaine “entre eux et leurs maitres.

Les travaux des champs, surtout ceux des moissons, réclament à certaines époques une main-d'œuvre abondante. C’est une nécessité absolue pour le propriétaire de trouver à ce moment précis à sa disposition un nombre considérable de journaliers pour enlever sa récolte, battre son blé, cueillir ses raisins, etc... Cette main-d'œuvre, il lui est impossible de se Ja procurer autrement, puisqu'il ne loue à l’année que quelques domestiques et ne peut pas

G. LOUIS JARAY. k

faire d'échange avec des propriétaires voisins. De cette nécessité, de la répartition des terres en Hongrie et des autres causes dont nous avons parlé, est née cette classe errante de quelque 1.500.000 ouvriers agricoles.

Leur condition est plus précaire que celle des domestiques agricoles et leur cœur plus empli de mécontentement, Ces hordes de chemineaux vont à travers le pays, avec les femmes, les enfants, les vieillards et cherchent du travail. L'hiver, ils n’en trouvent point ou très peu et quatre ou cinq mois vivent souvent sur le crédit que les petits commerçants, souvent des usuriers juifs, leur consentent. Au printemps et à l'automne, ils réussissent à s’employer; et en été les propriétaires ont besoin de leurs bras; en juin, Juillet et août, ils arrivent en 1905 à gagner 2 francs à 2 fr. 50 par jour comme moyenne mensuelle (les jours sans travail comptés) lorsqu'ils ne sont pas nourris, les femmes L fr. 20 à 1 fr. 50 et les enfants 80 centimes à 1 fr. 10. Mais bon an mal an, un journalier agricole ne gagne guère plus de 300 couronnes', en se croisant les bras à certaines époques et en travaillant seize heures par jour à d’autres”. Si sa femme et ses enfants y ‘ajoutent quelques maigres salaires, qu'est-ce cela pour faire vivre et nourrir une famille! Encore ses salaires ont-ils haussé d’un quart environ depuis les grèves terribles d'il y a une dizaine d'années, et du reste ont-ils encore tendance à hausser.

D'après les données recueillies en 1907 par le ministère de l'Agriculture, le revenu moyen des journaliers se serait relevé jusqu’à 400 ou 430 couronnes.

Page 1