Cité dans La Hongrie conlemporaine, p
rapports : à celte époque, l'augmentation de la population mâle, la division excessive des petits héritages par partage successoral avait accru le nombre des ouvriers agricoles ou des paysans incapables de vivre de leur propriété et qui même avaient dû s’en défaire ; la crise agricole de 1880 et Les fléaux qui à cette époque assaillirent la Hongrie contribuèrent encore à créer de nombreux prolétaires; la diminution du revenu agricole, l'augmentation des impôts, le coût plus élevé de la vie furent autant de phénomènes économiques agissant dans le même sens. Par bonheur, surtout dans la grande plaine hongroise, celte population ouvrière fut occupée aux grands travaux publics que lon commença alors en Hongrie comme dans tous les États : c'est vers 1880 que de vastes programmes de travaux publics naissent de partout; en Hongrie, on construisit surtout des voies ferrées, des routes et des canaux. Mais vers 1890, ces entreprises se ralentirent. En même temps, les machines agricoles furent introduites, la population rurale croissait en nombre; et enfin, en présence de la crise agricole, en présence aussi de la rareté relative de la main-d'œuvre pendant la période des. grands travaux publics, la culture extensive s'était de plus en plus répandue ; le grand propriétaire ne faisait pas de cultures industrielles, il s'occupait peu des produits de la ferme, il délaissait les cultures maraïchères, mais il produisait du blé, des céréales, dont la culture nécessitait peu de soins, peu de bras, permettait l'emploi des machines et était avantageuse pour lui. Aussi, quand la main-d'œuvre reflua vers les occupations agricoles, l'offre de travail dépassa de beaucoup la demande, les salaires diminuèrent; le chomage s’accrut, d'autant plus que même les ouvriers oceupés ne l’étaient plus que pendant quelques mois. Excès de main-d'œuvre, forte dépression des salaires, accroissement
du coût de la vie, mécontentement de cette population, telles furent les circonstances qui favorisèrent l'agitation produite par les idées nouvelles, qui pénétraient là comme partout, et par les premiers adeptes du socialisme marxiste et surtout du communisme agraire national.
Les agitateurs trouvèrent le terrain d'autant mieux préparé, que rien ne venait pallier la triste condition des ouvriers agricoles. Eux-mêmes ne faisaient, ni n’avaient fait aucun effort en ce sens; ils laissaient couler les jours, insouciants du lendemain, ne songeant à aucune épargne, refusant même parfois de travailler, s'ils avaient gagné assez l'été précédent pour vivre durant l'hiver. Car si ces journaliers ont une grande force de travail, ils en ont peu le goût ; souvent, ils aspirent simplement à gagner avec facilité un salaire assez élevé pour pouvoir se reposer pendant l'hiver; aussi, quand viennent les salaires misé- ‘rables, &’est le souci de la vie et de la nourriture quotidienne qui soulève les appréhensions de ces ouvriers. Quant au gouvernement libéral de l’époque, il ne s'était occupé de rien, avait délaissé ouvriers et paysans de l'Alfüld, connus pour leurs sentiments hostiles au pouvoir.
Un mécontentement latent s'infiltra donc dans cette classe sociale à partir de 1880 environ, quand des salaires stationnaires ne suffirent plus à la cherté croissante de la vie. De 1880 à 1890, ces sentiments de malaise grandirent peu à peu. Ils permirent la création d'associations d'ouvriers agricoles, dont la première se forma en 1891 à Oroshàza et fut suivie de beaucoup d’autres qui parsemèrent l'Alfüld. La révolte agraire de 1897 ne fut donc pas une explosion de colère imprévisible, mais au contraire le résultat d’un travail sourd, poursuivi plusieurs années, Dans les réunions tenues par ces associations, on apprit aux journaliers à diriger leur haine vers un objectif précis : leur
mécontentement s’exhalait dans des phrases comme celle-ci, que cite le rapport de la police d'État en 1897 : « Entre un pâtre de pores et un due, il n’y a aucune différence, si ce n’est qu'un duc ne fait rien et que par contre le pâtre de pores travaille de l'aube à la nuit à la sueur de son front’. »
Un autre orateur populaire rappelle la parole du grand poète national hongrois Petôfi : seul celui qui a un pays natal à des droits, et il les commentait ainsi : « Le peuple n’a aucun droit en Hongrie, il n’a done ni pays natal, ni patrie, ni devoirs nationaux », On commence à lancer des brochures de propagande; on chante la Marseillaise des travailleurs ; le poète socialiste et paysan Csizmadia publie ses premiers chants révolutionnaires ; les premières escarmouches eurent lieu à partir de 1891 : à Battonya, le : 21 juin 1891, à Békésesaba et à Hédmezôü-Väsärhely, où une répression sanglante étouffa, le 15 mars 1894, une protestation populaire contre l'hymne national hongrois.
Au premier choc, ces sentiments d’irritation devaient prendre feu. Ils furent attisés et dirigés par un meneur de pelite envergure du reste, qui apparaît comme le préparateur du fait qui altira l'attention de tous sur la crise sociale latente : la première grève agraire de Hongrie, celle des moissonneurs de 1897. Étienne Vàrkonyi était un fils de paysan, qui s'enrichit dans le commeree des chevaux ; ambitieux, il essaya de se faire une place dans le parti social-démocrate naissant, qui s’essayait alors à jouer un rôle dans les campagnes. IL n’y réussit pas assez complètement à son gré, le quitta en 1896 et fonda son parti, dit « socialiste indépendant ». Une feuille révolutionnaire, Le paysan (A füldmüvelô), fut sa première arme de pro-