Cf. Documents annexes, tableaux JT
ce qu'on dit autour d’eux, par les nouvelles qu’on reçoit de ceux qui sont déjà là-bas, et ils vont tenter fortune dans un pays plus apte à les enrichir. Les uns reviennent assez vite, d’autres très longtemps après leur départ, d’autres font venir leur famille et s'expatrient pour toujours.
Il y a cependant dans ce grand mouvement d’émigration une sorte de fièvre, qui tombera peu à peu; il répond autant à un phénomène de psychologie collective qu’à une nécessité économique. Cette dernière, nous l’avons indiquée ; mais puisque beaucoup émigrent, qui n’y sont point acculés, c’est que ceux-ci sont mal satisfaits de l’ordre de choses actuel en Hongrie : les uns ont un sort trop précaire, les autres ne peuvent gagner assez d’argent et acquérir des terres. A tous le mirage américain luit devant les yeux, et l’on va au mirage.
Une infinité de raisons se greffent sur cette cause fondamentale de l'émigration : il est certain, par exemple, que la propagande socialiste y pousse, en développant les senments de mécontentement et en détruisant la résignation au sort ; il est certain, aussi, que la conduite de certains propriétaires à l'égard de leurs ouvriers ou domestiques y contribue comme la répulsion, en partie instinctive, en partie développée par les agrariens, du paysan magyar pour l'usine : si le paysan devenait plus volontiers ouvrier industriel, il émigrerait dans les villes au lieu d'aller au dehors, ce qui tout à la fois tarirait l'émigration et supprimerait la crise de la main-d'œuvre industrielle.
Enfin, il est un fait qui revêt, dansles conditions actuelles favorables à l’émigration, une importance réelle : c’est la propagande des agents de colonisation. Ces émigrants s’embarquent surtout à Brême, à Hambourg, à Anvers et à Fiume, depuis le service établi dans ce dernier port, en avril 1904, par la Compagnie Cunard, La Compagnie