Documents annexes, tableaux, J, 20 et
naturellement ne sont pas des magvars, on voit qu’en 1905 le solde en quelque sorte de ce mouvement migratoire est favorable aux magyars : sur 100 partanis , soustraction opérée de ceux qui reviennent el de ceux qui arrivent, environ 44 sont magvyars et 56 non magyars.
Jusqu'à ce que la situation se modifie, l'émigration ne détermine done ni un recul de l'élément magyar, ni un recul de la population hongroise; c’est seulement un retard dans le progrès. La crainte d’un manque de main-d'œuvre agricole peut d’autre part être fondée pour certains lieux déterminés, mais dans l’ensemble de la Hongrie, des ouvriers aussi nombreux réclament du travail. Les magyars peuvent regretter le départ des 43.000 des leurs, dont le videsemble étre comblé par un afflux d'hommes de l’est, souvent par des juifs de Russie et de Pologne, qui tuient les pogroms : maintes fois à Budapest nous avons rencontré des juifs venant de Russie ou de Roumanie, que secouraient leurs correligionnaires, et qui tantôt restaient dans le pays, tantôt repartaient ailleurs, Budapest etla Hongrie semblant être pour eux la première étape vers l'Occident. Mais comme les autres nationalités perdent des éléments plus nombreux encore, cette émigration ne fait que maintenir le même équilibre entre les éléments nationaux.
Dès lors, on en vient à se demander si cette émigration n’est pas, dans ses effets, nécessaire et bienfaisante : entendons-nous bien à cet égard ; il est trop facile de faire le bilan de ce que perd la Hongrie au départ de ses enfants : chaque individu qui s’expatrie est un capital qui va travailler ailleurs ; c’est aussi un consommateur de moins pour les produeteurs du pays ; d’une façon absolue, c'est donc un amoindrissement de forces pour la Hongrie; il n’est pas douteux que si tous ces bras s’employaient dans l'agriculture et l’industrie nationales, ce serait un grand
profit pour l’économie hongroise. Mais il ne suffit pas de considérer le problème sous cet aspect, en quelque sorte théorique et absolu. Si l’on se place dans le milieu économique actuel, si l’on tient compte de la contexture sociale présente, des appétits des uns, des résistances des autres, l’'émigration apparaît comme un phénomène fatal ; sa nécessité est la mesure même de son utilité. Le jour où les Hongrois trouveront chez eux à s’employer moyennant une rétribution assez élevée, où ils pourront devenir propriétaires, où ils auront abandonné leurs préventions à l’égard du travail mdustriel, où en somme il y aura quelque chose de changé dans les conditions économiques du pays et dans les dispositions de ses habitants, ce jour-là l’émigra-. üon ne serait plus nécessaire; si artificiellement elle subsistait, elle serait nuisible. Mais jusqu'à ce que la crise sociale ait disparu, elle l’atténue, joue le rôle de soupape, et d’une manière relative a donc des effets bienfaisants.
Malgré, par exemple, la faible densité de la population hongroise, ne serait-ce pas son augmentation si rapide, qui serait une des causes de l’acuité du malaise social actuel? Songez que l’agriculture hongroise ne s’est pas considérablement développée dans le dernier quart du xix° siècle, que la richesse agricole n’est pas beaucoup plus grande en 1905 qu’en 4880 ; que même, par l'emploi des machines, les propriétaires ont plutôt un moindre besoin de bras ; or, le royaume de Hongrie comptait 15.100.000 habitants en 1880, 19.250.000 en 1900, sans doute 20 millions aujourd’hui. Si la richesse du pays n’a pas crû en proportion de cette augmentation, n’est-ce pas là une des origines de la crise? L'industrie commence seulement à se développer et l'homme de la campagne ne s’y est pas encore adapté. Dès lors, l’émigration apparaît comme une décon-
gestion du pays : il était surpeuplé, étant donné sa richesse; la répartition des terres et la répulsion du paysan pour le travail de l'usine.
D'un autre côté, l’émigration n’aura-t-elle pas une heureuse influence sur la crise; en procurant aux populations pauvres des campagnes une richesse qu’elles sont incapables de trouver en Hongrie. Les sommes gagnées par les émigrants en Amérique et envoyées ou rapportées au pays natal ont une importance économique certaine : ce sont elles qui permettent certains achats de terres faits à des prix élevés dans les comitats pauvres des Karpathes par des anciens expatriés; ce sont elles qui fournissent des capitaux encore minimes, mais énormes pour ces populations misérables. D’après un travail fait en 1907 par le ministre des Finances d'Autriche, on peut évaluer à une centaine de millions au moins le gain net fait en 1906 par le capital hongrois, par suite des envois ou des apports” d'argent, en en soustrayant les sommes NES du pays par les émigrants".
L'émigration procure donc d’incontestables avantages . Sociaux à la Hongrie, Il est vrai qu’elle lui fait perdre définitivement un grand nombre de ses enfants ; mais n'est-ce pas nécessaire dans une certaine mesure avec le mécontentement social actuel ? Il semble bien que ce mouvement corresponde à une période de crise autant psychologique qu'économique ; il est donc probable qu’il sera atténué quand la richesse de la Hongrie croîtra par suite du développement industriel, quand aussi le mirage américain aura perdu de son attirance première. Le commissaire de police Franz Markitau, d’'Oderberg, a fait paraître les résultats d’une enquête faite en 1907 auprès des rapatriés