Voir Documents annexes, tableau K
C’est dire que les ouvriers des villes et des campagnes n’exercent aujourd'hui à peu près aucune action électorale sur les députés et le gouvernement. Les petits propriétaires-prolétaires, qui ont une trop petite propriété pour pouvoir en vivre sans louer ailleurs leurs services, ont à peine plus d'influence : un grand nombre n’atteint pas aux conditions du cens ; en outre, le système électoral est conçu de manière à donner au gouvernement et aux forces sociales disposant du pouvoir les moyens d’action les plus effectifs et à rendre d'autant plus grand le pouvoir de l’argent; les anciennes circonscriptions n’ont pas été changées depuis soixante ans et un certain nombre constituent de véritables « bourgs pourris » ; les listes électorales sont dressées sans grand contrôle parles autorités locales t; le vote a lieu exclusivement au chef-lieu du comitat ou du district : c’est même un spectacle singulièrement pittoresque que celui des files de pavsans endimanchés et enrégimentés venant des quatre coins du district dans leurs voitures qui portent souvent sur une oriflamme les couleurs ou le nom de leur candidat préféré? ; mais quelle difficulté pour les moins fortunés ! et pour éviter les désordres, du reste très fréquents entre paysans de partis adverses, lès autorités locales prennent des mesures d’une portée non douteuse ; à une élection dans la campagne, à laquelle nous assistions, le président de l'élection fut obligé d’employer la troupe pour séparer les partis aux prises ; dans la longue rue du village, il fit construire deux barricades
1. Ces listes sont dressées par trois membres élus par le comité électoral central, et ce comité est lui-même nommé par le conseil munici- -pal de la ville ou le conseil général du comité: il y à bien un droit d'appel à là cour royale des décisions prises, mais la procédure le rend peu efficace. C’est ce mème comité qui nomme le président de l'élection, lequel dirige seul toutes les opérations électorales.
2. Cf. nos notes de voyage : une journée d'élection dans la campagne hongroise, Semaine politique el litléraire, 10 mai 1902.
entre lesquelles se trouvait le bureau de vote; les partisans de chacun des deux candidats devaient pénétrer d’un côté déterminé et gare à celui qui se trompait! huées et poings levés l’accueillaient ; les paysans pénétraient donc un à un dans l'enceinte réservée et votaient ; rien n’était plus correct; mais dans une autre circonscription les troupes empêchaient d’accéder au bureau et entouraient certains lieux sous prétexte d’empécher le désordre ; comme le vote peut être clos dès que personne ne s’est présenté pendant une heure, on devine ce qui peut se passer. Enfin, et c’est là le fait capital, le vote est oral : l'électeur, interrogé par le président de l'élection, en présence des délégués des candidats, formule son vote à haute voix. C’est le couronnement du système.
Grâce à lui, les 413 députés de Hongrie‘ représentent de fait les classes riches, surtout la noblesse terrienne, qui détient le pouvoir dans tous les comitats. Les adversaires du régime le traitent de régime de féodalité et d’oligarchie, de régime de classes, de régime des magnats, des évêques etde la ploutocratie *. Ce qui n’est pas contestable, c’est que les élections se faisaient sous l’ère libérale, sous l'influence directe de la petite noblesse, de la gentry, maitresse des emplois publics. Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition, les influences aristocratiques des magnats et religieuses du clergé catholique ont grandi. Aussi la Chambre est-elle dans sa très grande majorité dévouée aux intérêts et docile aux directions des classes dirigeantes de Hongrie.
Il est même très intéressant de remarquer que la composition de la Chambre se ressent fortement de ce fait jusque dans la personnalité des députés : on a calculé que tandis
1. Il y a, en outre, à la Chambre 1 député, de Fiume et 40 délégués de la diète de Croatie.