Nèpszava, 23 septembre 1906, p
qu'il ne s’y trouve ni ouvriers, ni industriels, on y compte une cinquantaine d’aristocrates (comtes ou barons), 160 grands propriétaires environ, une trentaine de prètres ou de pasteurs et plus de 100 avocats.
Si l’on songe que dans la seconde Chambre, ou Chambre des seigneurs, la grande majorité des membres sont de grands propriétaires, des évêques ou de hauts dignitaires”, on voit que tous les organes du pouvoir sont hors de l'influence des prolétaires et des petits paysans et obéissent au contraire aux impulsions et aux intérêts des autres classes sociales.
Avec le suffrage universel réel, la situation serait exactement l'inverse; les classes prolétariennes auraient peutêtre la majorité parmi les électeurs, comptant un peu plus de 50 p. 100 d’entre eux d’après certaines évaluations? et l'incontestable prééminence actuelle de la noblesse serait jetée à bas : crise sociale autant que politique, tel serait le résultat certain de ce bouleversement. Aussi comprend-on : l’effroi des classes dirigeantes quand, lors de la lutte entre le roi et le parlement hongrois, le ministère absolutiste et anti- parlementaire du général Fejervary, soldat dévoué au trône, lança la promesse du suffrage universel : c'était vouloir former l'alliance du roi et du prolétariat contre la noblesse nationaliste, adversaire commun, dont le roi combattait les revendications nationales et le prolétariat la politique et l'influence sociale.
1. D'après M. Lefèbvre-Pontalis, la Chambre des seigneurs comptait en 1897 les catégories suivantes : 70 membres héréditaires ou magnats payant 6.000 couronnes d'impôt foncier (on sait que, depuis 1885, tous les magnats n’ont plus le droit de siéger et que la Chambre ne s'appelle plus Chambre des magnats) ; 128 membres de droit, grands dignitaires, évêques, etc.; un maximum. de 50 membres à vie nommes par le roi: enfin, 2 membres délégués par la diète de Croatie et théoriquement les
membres de la famille impériale. (Les Élections en Hongrie, Revue poli tique et parlementaire, juillet 1897, p. 55.)