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Sans doute dans ce conflit, la question mag'yare, la lutte des magyars contre les nationalités a son importance avec le suffrage universel, ces allemands, roumains, slovaques, ruthènes, serbes, etc., de Hongrie prendraient, surtout dans l’avenir, une influence dans le parlement qu’ils n'ont point aujourd'hui; c’est ce problème qui a été surtout montré à l’étranger sous toutes ses faces, pour justifier la résistance de la Coalition des partis nationalistes magyars. Il serait faux de soutenir que ce côté de la question est sans intérêt ; mais cet intérêt est un intérêt plus futur que présent, la plupart de ces nationalités étant affaiblies, désorganisées et incultes, et la race magyare n’aurait pas grande peine à assurer sa suprématie par. quelques mesures légales. |
Le côté social de la réforme était au contraire singulièrement angoissant pour les classes dirigeantes : le suffrage universel établi sans elles et contre elles, par un gouvernement luttant contre leur influence, c'était peut-être la fin de leur hégémonie. Cette crainte a sans doute été le facteur le plus efficace de la réconciliation entre le roi et la noblesse, peu désireuse d’une pareille tentative. Sans doute dans le pacte conclu entre eux se trouve la promesse d’établir le suffrage universel ; le projet est resté à l’étude trois ans ; le ministre de l'Intérieur, le comte Andrassy, a travaillé le problème avec une volonté arrêtée. Il est intéressant de saisir les procédés par lesquels les classes dirigeantes de Hongrie espèrent réussir à expurger le suffrage universel des dangers sociaux el nationaux qu’il récèle à leur égard; une feuille socialiste, qui les accusait par avance de vouloir le « falsifier », en énonçait ainsi le principe qu’elle prétendait admis: « N’accorder le droit de vote qu'à ceux qui ne menacent aueun de leurs privilèges ». Mais quelques limitations qui puissent être apportées au suf-
frage universel, il n’en reste pas moins que l'extension inévitable du droit actuel de suffrage va procurer aux classes ouvrières une influence électorale et politique aujourd'hui presque inexistante. ;
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Peut-être l'observateur superficiel s’étonnerait-il que nous qualifiions d’inévitable cette extension. Il serait, en effet, possible d’ajourner l’avènement du suffrage universel et le gouvernement hongrois est assez fort pour vaincre une agitation ouvrière qui prétendrait l’exiger par la violence. Qu’un tel ajournement, s’il était désiré, révèle des politiques avisés, ayant de l’avenir dans l'esprit, c'est une autre question. Mais nous croyons ne pas nous tromper en pensant que le pouvoir serait capable de maintenir pour le présent le sfatu quo.
Pourquoi n’adopte-t-il pas ce parti ? pourquoi la réconciliation passée entre la couronne et la Coalition ne s’estelle pas faite aux dépens des promesses de réforme électorale? D’une part, comme l'écrit le comte de Mailath, « tout homme en Hongrie reconnaît que le système de suffrage employé jusqu'ici chez nous est suranné ». Tant qu'aucun projet gouverneméntal n’était présenté, il était facile de se confier à la force d'inertie. Du jour au contraire où un ministère promettait au pays cette réforme, il était plus malaisé, sinon de la différer, du moins de la combattre. Les partis politiques au pouvoir ressentaient d'autant plus cette difficulté qu'ils craignaient l’impopularité et qu'ils avaient inscrit sur leur programme, au temps
où ils étaient dans l'opposition, la refonte de la législation électorale.
Pendant les trente années de règne du régime libéral, ses chefs et surtout Koloman de Tisza repoussaient toute modification au régime dont ils profitaient. Leurs adversaires adoptèrent dès lors comme plate-forme la revision des lois électorales. Quand M. Koloman de Szell essaya, en politique habile et avisé, de régénérer le parti libéral, de s’allier avec le comte Apponyi et son « parti national », cette fusion s’accompagna d’une transaction : si le suffrage universel était encore énergiquement {repoussé par M. de Szell, qui le considérait comme un « saut dans l’abîime », du moins était-il disposé à une réforme électorale progressive. Mais avec le retour des errements d’antan et la reprise des luttes ardentes entre lés libéraux conduits alors par M. Étienne de Tisza et les partis d'opposition coalisés, ces derniers essayèrent de gagner à leur cause tous les éléments sociaux du pays : à côté des revendications nationales, ils inscrivirent sur leur drapeau une réforme profonde et un élargissement important du droit électoral.
La Coalition, triomphante aux élections de janvier 1905, aurait pu laisser dormir dans la poussière des programmes cette revendication ; mais comment le faire en présence des événements qui suivirent et des conditions posées par la couronne ?
La crise politique ouverte par le renversement du régime libéral hongrois laissa le roi fort incertain sur les moyens à employer pour maintenir ce qui lui tenait à cœur : l'unité de l’armée commune. La Coalition ne voulant pas renoncer à ses revendications nationales militaires, la couronne sans balancer fit appel à un gouvernement absoluüste : le comte Tisza n’ayant pas voulu garder le pouvoir contre la majorité du parlement, c’est un serviteur dévoué, ancien ministre des honveds, maréchal obéissant au chef
suprême de l’armée, c’est le baron Fejervary qui fut placé à la tête du ministère. Mais l'esprit agissant fut un ancien préfet, promu ministre de l'Intérieur, M. Joseph Kristoffy. L'histoire ne dit pas encore qui opéra la trouvaille de donner à Vienne celte arme merveilleuse, que constituait la promesse du suffrage universel. En tous cas, le ministre de l'Intérieur exposa son plan au roi et il n’est pas douteux que celui-ci y vit la parade la plus énergique portée aux réclamations nationalistes de la coalition. M. Kristotfy s’assura donc l'appui des éléments prolétaires organisés, des socialistes, communiqua à une députation ouvrière son intention et déposa un projet de loi qui accordait le droit de suffrage à tout citoyen hongrois sachant lire et écrire.
On sait la répercussion immense qu’eut cette initiative dans l’histoire intérieure de la monarchie habsbourgeoise. On ne fait pas au suffrage universel sa part; celui-ci déborda aussitôt, si l’on peut dire, de Hongrie en Autriche. Ce que le souverain accordait à eelle-là, il ne pouvait le refuser à celle-ci. Et c’est ainsi que l'Autriche reçut par contre-coup et la première ce cadeau de son empereur.
En Hongrie les chefs de la coalition se concertèrent : aussitôt ils aperçurent le danger d’une réforme opérée contre leur influence sociale et sans leur participation. Ce pouvait être la débâcle. Avec beaucoup d’esprit politique et de décision, ils se résolurent à traiter et la paix fut faite avec le souverain. Dans cet acte, pouvait-on faire table rase du projet de suffrage universel ? ce n’était pas l'intérêt de la couronne. Celle-ci devait se ménager l’avenir, pour cela ne pas abandonner et livrer ses alliés d'hier, dès lors stipuler pour eux des avantages. Le traité de paix entre la couronne et la coalition devait done contenir une clause relative à la réforme électorale, On sait aujourd’hui qu’en effet cette clause existe,
Le fameux pacte de 1906 était resté secret dans son texte jusqu’en décembre 1908 ; sans doute, la plupart des députés savaient à peu près son contenu; sans doute aussi, le discours du trône par lequel le roi ouvrit la session du parlement en 1906 et les déclarations du ministreprésident après la constitution du ministère de coalition en avril 1906 avaient indiqué la teneur de quelques-unes des clauses de cette entente ; le journal du comte Étienne Tisza, le Az Ujsäg, dans son numéro du 1° octobre 1908, en avait publié quelques phrases relatives à la question militaire ; M. Kristoffy, le ministre de l'Intérieur d'antan, quelques autres relatives à la réforme électorale ; mais c’est dans la séance de la Chambre du 41 décembre 1908 que le texte authentique fut connu dans son entier, grâce à une indiscrétion de M. Polonyi. M. Polonvi était un des politiciens influents du parti de l'indépendance ; d’une famille récemment magyarisée, il s'était fait remarquer par son « nationalisme » tapageur, une certaine faconde et un entregent indéniable ; le comité exécutif et les chefs de la coalition le chargèrent de deux missions auprès du président du conseil, général Fejervary, au moment où celui-ci servait d’intermédiaire entre le roi et le futur ministre. Grâce à ces petits services, M. Polonyi fut placé dans le nouveau gouvernement au ministère de la justice. Mais, un jour, de fâcheuses accusations furent lancées contre lui; il se défendit, mais ne porta pas dans l'âme de ses collègues une conviction assez profonde et on le pria de donner sa démission. C’est un souvenir qui ne s’oublie pas ; aussi, quand il jugea que la publication du « pacte » secret, dont il avait eu connaissance, pourrait ajouter aux difficultés, qui pressaient le gouvernement de la Coalition, pris entre les promesses de la çampagne électorale et les exigences du roi, M. Polonyi n’hésita pas : il interpella le ministère,
l’accusa d’avoir trahi le programme du parti de l’indépendance, de ne servir que les intérêts du parti constitu-
üonnel et, pour le prouver, il lut et commenta le fameux | pacte ‘.
Ce pacte n’est rien de moins que l'acceptation par les chefs du parti de l'indépendance d’un programme voulu par la couronne, on peut dire imposé par elle, d’un programme de renoncement à toutes les idées essentielles du parti de l'indépendance. Ce renoncement, pour être temporaire, n'en est pas moins presque absolu et le parti de 1848 est entré au gouvernement en adoptant, provisoirement sans doute, mais cependant en adoptant dans la pratique le programme des anciens libéraux.
L'obligation d'introduire la réforme du suffrage y est inscrite comme le premier devoir de la Coalition et l'étendue même de cette réforme y est indiquée : elle doit être aussi large dans sa base que celle du projet Kristoffy.
On voit aussitôt les deux interprétations qui ont été données : le projet Kristoffy admettait le suffrage égal pour tous les citoyens sachant lire et écrire. Les démocrates, les socialistes et les députés des nationalités de Hongrie réclament une réforme au moins aussi étendue. L'ancien ministre Kristoffy, aujourd’hui à la tête du parti « progressiste », soutient que telle est bien la promesse qui a été faite. Dans un discours, il rappelle que le pacte ne parle pas du nombre des électeurs, mais de l'étendue du droit de suffrage et il conte certains détails des négociations préalables au pacte : en mars 1906, M. de Méray-Horvath vint le trouver ; celui-ci servait d’intermédiaire entre les chefs de la Coalition et le gouvernement absolutiste dans ces pourparlers secrets ; c’est une figure curieuse de noble